Z18

Le drapeau tricolore, hier et aujourdh’ui

Le Drapeau tricolore, hier, aujourd’hui

12243527_10207734680232364_2664050338505494122_n

Marianne pleure sur fond de tricolore endeuillé

c_bertrand_gauy_afp_photoParis, Place de la République, après le 13 novembre 2015 : La Liberté guidant le peuple, mais  ailée comme une Marseillaise

 (photo Bertrand Gauy-AFP)

 

 

Il ne s’agit encore que de l’esquisse d’un futur ouvrage à publier en 2017 sur le même thème.

 

« The Tricolour » disent les Anglais quand ils parlent du drapeau français, mais bien des pays ont un drapeau  à  trois couleurs disposées en bandes verticales, « à la française » – Italie, Belgique, Roumanie, Irlande, Mexique, etc. –  ou horizontales – Venezuela, Colombie, Equateur, Allemagne, République espagnole de 1931, Russie s’inspirant du tricolore horizontal des Provinces Unies (futurs Pays Bas), etc. – qu’ils appellent aussi le « tricolore ».

Z30jpg

Z 47


République  espagnole (1931)               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Belgique (1831)

Le thème du drapeau tricolore français est trop vaste pour être balayé ici en son entier.

Limitons-nous donc à quelques aspects, anciens ou récents.

 

                                                                     

I –Un emblème sacra

« L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. » : c’est ce qu’on lit dans le titre premier, article 2, de la constitution de la IVRépublique (1946), formulation reprise par celle de  la V(1958). Aujourd’hui comme alors, le drapeau est, dans la représentation d’un pays, l’emblème par excellence. On le voit déployé à foison dans les tableaux représentant la fête nationale (Claude Monet 30 juin 1878 Rue Montorgueil et Rue Saint-Denis ; Van Gogh La fête du 14 juillet à Paris, 1886 ; Raoul Dufy en 1906 au Havre et encore bien d’autres).

La Fanfare, Dufy

La Fanfare, DufyDufy, 1906, 14 Juillet au Havre           

1906-raoul-dufy-le-14-juillet-au-havre- (1)

Le drapeau tricolore est hissé, salué, vénéré plus particulièrement dans l’armée et chez les anciens combattants. Sans être spécifiquement militaire, loin de là, le drapeau est considéré par l’armée à la fois comme un symbole d’elle-même et comme celui de son union avec la nation, d’où son importance, sa valorisation par des traditions militaires qui s’épanouissent depuis le XIXe siècle et qui lui attribuent une place principale. Ce rôle se manifeste à travers des rituels quasi liturgiques : présentation au drapeau pour ceux qui étaient appelés « sous les drapeaux », « les drapeaux » signifiant alors l’armée, salut au drapeau, veillée du drapeau, serment au drapeau qui est serment au régiment et/ou à la patrie, levée et descente quotidiennes des « couleurs », remise de leurs nouveaux drapeaux aux régiments reconstitués (cérémonie du 14 juillet 1880 par exemple), autant de « liturgies martiales », de cérémonies militaires à forte charge émotionnelle, entourées d’une aura de sacré. Il faut ajouter la valeur considérable attachée aux « trophées » pris à l’ennemi et à l’exposition et la conservation de ceux-ci (Hôtel des Invalides et autres sites militaires).Drapeaux pris à l'ennemi

C’est d’ailleurs le symbole que l’ennemi ou l’adversaire cherche à capturer ou à brûlerA Dijon, une rue du Drapeau célèbre l’unique drapeau capturé sur les Prussiens – par un fils de Garibaldi – dans la guerre de 1870-71.

 

Z11

« Baiser au drapeau », juillet 1918, par le Gal Gouraud                                 

 

 

 

 

Les poètes patriotiques sont toujours actifs dans ce mouvement de sacralisation du drapeau : en 1820 c’est le chansonnier Béranger avec Le Vieux Drapeau – en l’occurrence le tricolore de la Révolution et l’Empire qui avait été remplacé sous la Restauration par un drapeau blanc semé de fleurs de lys :

J’ai mon drapeau dans ma chaumière.

 Quand secouerai-je la poussière

Qui ternit ses nobles couleurs ? »

(Pierre Jean de Béranger, 1820)

 

A la fin du XIXe siècle, c’est le poète nationaliste Paul Déroulède qui intitule Le Drapeau le journal de la Ligue des Patriotes qu’il a créée en 1882. Son poème Le Clairon, de 1873, a fait  plus tard l’objet d’un pastiche fameux intitulé Le Salut du drapeau  dans lequel le porte-drapeau, plutôt que de livrer son étendard à l’ennemi l’avale (A la manière de…, 1913, par  Paul Reboux et Charles Müller) :

Le Salut du drapeau :

 Il mangea le bleu, le blanc, puis le rouge ;
Son cœur est trop haut pour un haut-le-cœur !
Puis, après la soie, il mangea la hampe;
Ce fut le plus dur, le plus valeureux

On l’avait taillée en chêne d’Étampe

 Il murmurait : France !… Et mangeait, quand même ! » z220

Cette parodie, qui se moque non pas du drapeau lui-même mais du soldat porte-drapeau, est acceptée dans la France de la Belle Epoque qui apprécie l’autodérision et le rire. Dans l’ironique Dictionnaire des idées reçues (publié en 1911 à titre posthume), Gustave Flaubert écrivait : « Drapeau national – Sa vue fait battre le cœur ».

Les annales patriotiques, civiles ou militaires, livrent bien plutôt des exemples proches des vers de Béranger ou Déroulède, exaltant le drapeau.

 IMG_3049 

Salle des drapeaux, au château de Vincennes, pour les drapeaux de régiments dissous

Soulignons que la Grande Guerre fit grande consommation d’images du drapeau. tricolore, comme toute guerre mais ici plus encore, avec l’union sacrée dans la défense d’un pays envahi. Ce drapeau était, à côté de Marianne, du coq, de Jeanne d’Arc ou du poilu en uniforme, une des images les plus utilisées pour symboliser, représenter la France dans l’intense propagande patriotique qui, mieux menée sans doute que chez l’adversaire, contribua à faire tenir le pays, civils et soldats, et à amener la victoire.

 

Cocarde 1920 mw 25Drapeau 1915 mw008Cartes postales patriotiques de la Grande Guerre sur le tricolore, cocarde et drapeau

Certes à  la sacralisation, voire au fétichisme du drapeau, non pas pendant la guerre mais avant et après,, peuvent répondre l’outrage au drapeau, l’injure, le sacrilège, la profanation du drapeau national par antimilitarisme ou par pacifisme, avec quelques affaires marquantes, oubliées ou non, qu’il nous faudra présenter.

 

Peinture : Christ du Sacré-Choeur, église de Verneuil-sur-Avre, Eure, par George Desvallières 1919

Peinture : Christ du Sacré-Cœur, église de Verneuil-sur-Avre, Eure, par Georges Desvallières                    

 

 

Z8La Marne, une « Victoire » en  tricolore

Ajoutons que le drapeau, tout comme l’hymne national, est enseigné, expliqué dans les écoles, enseignement revivifié ou restauré dès 1985 par le ministre Jean-Pierre Chevènement et poursuivi depuis dans les écoles publiques qui arborent le drapeau depuis 2012 (parfois en berne, pour Paris, pour Bruxelles) ; la reprise récente de l’instruction civique et morale va dans la même direction en développant l’apprentissage des valeurs et emblèmes de la République.Z 45

Abordons deux exemples de « profanation » du drapeau, anciens mais, pour le second, récemment revivifié :

Le 20 juillet 1901, c’est le séisme provoqué par le slogan du « drapeau dans le fumier ». Un article signé « Un Sans Patrie » et publié dans Le Travailleur socialiste de l’Yonne avait appelé le colonel du régiment d’infanterie installé à Auxerre à « planter dans tout le fumier de la caserne le drapeau du régiment » à l’occasion de l’anniversaire de Wagram ; l’auteur de cet article, Gustave Hervé professeur agrégé d’histoire enseignant au lycée de Sens, fut révoqué, chassé définitivement de la fonction publique à l’issue d’une procédure retentissante (« Plutôt l’insurrection que la guerre ! ». l’antimilitarisme dans l’Yonne avant  1914,  Colloque ADIAMOS 89, Auxerre, 2005). Le propagandiste antipatriote Gustave Hervé, qui signait souvent désormais « agrégé de l’université révoqué », se rallia plus tard à l’union sacrée dans la Grande Guerre et modifia drastiquement sa posture, changeant  le titre de son journal, La Guerre Sociale devenant en janvier 1916  La Victoire ; il lança en 1934 le slogan « C’est Pétain qu’il nous faut !« , dont il fit l’année suivante le titre d’un petit livre très diffusé. Mais sous l’Occupation, après novembre 1942, il abandonne le pétainisme et entre dans la Résistance ; il meurt en octobre 1944 après avoir suivi un parcours bien sinueux, tout en aller-retour mais terminé en beauté…

Autre affaire, celle suscitée par la publication du poème Le Drapeau de Jean Zay dans les années trente, en fait publication-pirate d’une violente et juvénile charge pacifiste écrite à 19 ans au sortir de la Grande Guerre, quand beaucoup d’anciens combattants disaient eux aussi « Plus jamais ça !« . Le poème commence par « Ils sont quinze cent mille qui sont morts pour cette saloperie-là : Quinze cent mille dans mon pays... » Il s’agissait d’abord d’une déploration du nombre énorme de victimes de la Grande Guerre. Pourtant ce qu’on peut appeler un groupe de pression a encore dit récemment, à partir de février 2014, que le poème de ce futur député radical d’Orléans (1932) puis ministre (janvier 1936 -septembre 1939), en particulier de l’Education nationale, et alors poète amateur et étudiant en droit, était une faute à jamais impardonnable en tant qu’outrage au drapeau…

Ce poème, « péché de jeunesse » pacifiste ou exercice de style et simple pastiche pour un groupe de jeunes lettrés, de toute façon non destiné à être diffusé hors de ce cercle d’amis, fut  publié plus tard par un journal conservateur d’Orléans, dans le but évident de nuire à son auteur, alors candidat à la députation. La publication fut aussitôt reprise à Paris par la droite extrême antirépublicaine (L’Action française puis Gringoire, Je suis partout, etc.), déchaînant la haine et suscitant un constant procès en sorcellerie, une campagne acharnée de dénigrement contre cet homme politique. Pourtant Jean Zay révéla très tôt son solide patriotisme ; il fut un  ardent et éloquent partisan depuis 1933 du réarmement français face au danger hitlérien qu’il dénonça constamment auprès des syndicats enseignants restés pacifistes puis face à l’opinion munichoise. Emprisonné en juillet 1940 pour avoir tenté de poursuivre le combat comme député et officier à partir du Maroc, il est jugé par un tribunal militaire aux ordres de Pétain en octobre 1940 et condamné, volontairement, à la même peine que le capitaine Dreyfus (dégradation militaire et déportation à vie, effectuée en France, à cause de l’Occupation). Enfin, après quatre années d’emprisonnement sous haute surveillance, il est assassiné sur ordre le 20 juin 1944 par les miliciens qui l’avaient, pour ce faire, extrait de sa prison de Riom, sous prétexte d’un transfert dans une autre prison. Le maréchal, recevant son épouse, feint l’ignorance et lui  parle d’un enlèvement par des résistants. Jean Zay est solennellement réhabilité à la Libération, cité à l’ordre de la Nation ; le jugement inique qui l’avait condamné, premier procès politique de la Justice militaire pétainiste, est évidemment cassé. Il avait été, après Léon Blum et au sein du gouvernement de Front populaire, le gouvernant le plus détesté par l’opposition : comment confier l’Education nationale, donc la jeunesse française, à un Juif qui avait, dans sa jeunesse insulté le drapeau national ? Comme en injuste retour des choses,  lorsqu’en 2014 il fait partie des personnalités choisies pour entrer au Panthéon, il subit post mortem une nouvelle et virulente campagne de dénonciation qui ne fut pas sans évoquer l’antérieure, avec rappel et nouvelle publication de ce poème qui déjà avait contribué à sa détestation dans les années trente comme à son assassinat de juin 44 : « Est-il acceptable de choisir un ancien ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-arts qui, à 20 ans [donc alors encore mineur, et en fait à 19 ans seulement] traita, dans un poème, le drapeau français de « torche-cul » ? On n’honore pas un insulteur du drapeau… » fut-il proclamé et largement diffusé dans des milieux proches de l’armée, avec lancement d’une pétition. Une lettre ouverte au président de la République fut publiée sur internet, demandant au chef d’Etat de revenir sur sa décision. Cette nouvelle affaire du drapeau de Jean Zay n’eut guère de suites, grâce aux mises au point éclairantes du  Secrétaire d’Etat chargé des Anciens combattants et de la Mémoire et à celles d’historiens respectés et hautement qualifiés tels que Mona Ozouf, Jean-Pierre Azéma, Jean-Noël Jeanneney ou Antoine Prost, le président du comité scientifique du Centenaire de la Grande Guerre.

Cette agitation permit surtout au public voulant s’informer de découvrir la personnalité si riche et inventive de Jean Zay, ne serait-ce qu’en lisant ses écrits de prison, Souvenirs et solitude (Belin, réédition en poche), écrits qui révèlent un homme politique doté d’une ampleur de réflexion comparable à celle de Pierre Mendès France ou du général de Gaulle par ses idées et projets qui déjà annoncent une réforme de la fonction publique, la création d’une formation uniforme et républicaine des futurs hauts fonctionnaires ou même une réforme de la constitution  pour plus d’efficacité qui s’apparente à la future Constitution de 1958, etc. (Olivier Loubes, Jean Zay, l’inconnu de la République, éditions Armand Colin 2012 et 2014 ; du même, Réarmer la République ! Jean Zay au Panthéon, éditions Demopolis, 2015). La mauvaise querelle lancée en 2014 contre l’entrée de Jean Zay au Panthéon illustre bien, en l’occurrence, les dérives où peuvent mener ce qu’on doit appeler le fétichisme du drapeau, un attachement au seul emblème dans l’oubli des valeurs représentées par cet emblème, celles d’une France devenue après 1870 un pays de liberté, une démocratie progressivement affirmée (sauf parenthèse peu honorable de Vichy).

Panthéon, les 4, plaquetteJean Zay en compagnie des trois autres « panthéonisés » de mai 2015

 

Le drapeau, comme les autres emblèmes de la République française, est protégé contre les outrages par une législation qui évolue. Le 23 janvier 2003 fut votée  une loi instituant un délit d’« outrage aux symboles de l’unité nationale [dont le drapeau et la Marseillaise] », outrage passible non pas de la peine de mort (infligée à Jean Zay en juin 1944), mais de six mois de prison et de quelques milliers d’euros d’amende ; en juillet 2010, un décret précise les sanctions. Cette législation est incluse dans le Code pénal (article 433-5 bis du Code pénal : « Constituant un outrage puni de 7 500 euros d’amende les agissements de toute nature qui portent atteinte au respect dû au drapeau tricolore ou à l’hymne national, tels qu’ils ont été définis à l’article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958. Lorsqu’il est commis en réunion, cet outrage est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. »)

 

Pavoiser aujourd’hui

II – Pavoiser aujourd’hui

Pavoiser aujourd’hui

Depuis les attentats de janvier et surtout de novembre 2015, pavoiser, arborer le drapeau tricolore, revêt une vigueur nouvelle, alors que depuis des décennies, le drapeau avait pratiquement disparu des façades des demeures privées, même pour le 14 Juillet, remplacé qu’il était par les guirlandes lumineuses et les Pères Noël Made in China des fêtes de fin d’année, en ville et surtout dans les villages de France. Ajoutons que de nombreux pays à travers le monde manifestèrent dès le lendemain des attentats leur solidarité avec la France en colorant de tricolore leurs monuments emblématiques, Christ du Corcovado à Rio de Janeiro, Porte de Brandebourg à Berlin, Mur des lamentations à Jérusalem (haut lieu religieux prenant les couleurs de la république laïque française !), etc.

IMG_3199

Après le 13 novembre 2015, des magasins improvisent un tricolore, rue Dupleix et rue du Commerce, à Paris 15e

Comment expliquer en France même ce retour du drapeau, mais aussi la relative discrétion de ce retour ?

Certes lorsque les Français, gauches, droites et centres confondus, cherchent à réagir face à une attaque frontale, étrangère ou endogène mais radicalement ennemie des valeurs partagées, ils se retrouvent dans les trois emblèmes inscrits au titre premier de la Constitution française (IVe République et Ve), c’est-à-dire le drapeau tricolore (défini là comme « l’emblème national »), la Marseillaise et la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité ». Ce sont eux que l’on vit ou entendit d’abord dans les défilés et manifestations à travers le pays et plus particulièrement sur les lieux des attentats et Place de la République devenue point de ralliement physique et symbolique, monument double, d’une part aux valeurs démocratiques et républicaines, d’autre part à la mémoire des  victimes des attentats. Son  vaste espace, récemment remodelé, se prête à toute réunion ou manifestation (en avril 2016, opération « Nuit debout »). Dès le 14 novembre au matin et spontanément, apparurent des drapeaux aux fenêtres d’immeubles privés, mouvement spontané encouragé ensuite  – mais non créé – par le chef de l’Etat. Ce pavoisement privé, qui se poursuit en partie  aujourd’hui sur certaines façades, étonna doublement, par son existence même et par sa relative modestie. Certes la France n’est pas l’Amérique et n’a pas réagi aux attentats comme ce fut fait outre-Atlantique par une « débauche » de pavoisement des habitations. Certains dirent ou disent encore, pour ne pas arborer le drapeau national, « mais je ne suis pas Front National » et d’autres « mais je ne veux pas cautionner la politique de François Hollande». Ces explications symétriques nous semblent insuffisantes, de même que la difficulté à acquérir un drapeau dans les commerces, car on peut toujours improviser. Pour des raisons aussi complexes que variées le drapeau national perdit un temps partiellement son caractère d’emblème de tous : abus du tricolore par la droite extrême depuis les années trente ; un drapeau trop arboré, exhibé, en zone non occupée de 1940 à 44 par un maréchal Pétain drapé dans son « patriotisme » et sa « Révolution Nationale » ; un drapeau trop souvent brandi ensuite par un seul des deux camps de l’opinion publique française pendant les guerres coloniales depuis 1945 ; enfin un drapeau qui colore surabondamment les seules droite et droite extrême dans les campagnes électorales de la Ve République ; en un mot des « couleurs » comme accaparées par les uns (actuelles couleurs tricolores des « logos » des partis Les Républicains et Front National par exemple) et délaissées symétriquement par les autres.-logo- FN

 

 

 

LesRépublicains15logo.svgAjoutons que le déclin du pavoisement était un des éléments de la crise de l’identité nationale, dont les facteurs sont multiples : fin de l’empire colonial, intégration dans l’Europe, guerres perdues du XXe siècle, altération des paramètres classiques de la souveraineté tels que frontières, service militaire universel, monnaie nationale, affaiblissement de l’Etat pris entre l’Europe et la décentralisation des décisionnaires. Pour le grand historien et académicien Pierre Nora (Le Monde des 18 et 19 mars 2007) « le principal facteur de cette crise, c’est la paix   la paix qui s’installe à partir du retrait d’Algérie ». La guerre et donc la menace d’un ennemi avait été un facteur de cohésion. Voici revenu un ennemi, la guerre, la menace intérieure et extérieure et donc le drapeau, socle commun, emblème unitaire…

Le retour et la réappropriation générale du drapeau est à la fois la marque du retour malheureux à une situation de guerre et le signe heureux d’un certain consensus retrouvé autour de cet emblème national qui appartient à nouveau à tous et non plus à une fraction du peuple français.

Mais comment expliquer la modestie de ce retour, le nombre relativement faible des drapeaux arborés sur les façades en ville comme à la campagne. Les motifs n’en sont pas la faiblesse du patriotisme, le faible attachement des Français à leur pays. L’explication serait à chercher d’abord dans les traces laissées dans les mémoires par l’accaparement du drapeau effectué par une partie de la France seulement depuis les années trente, phénomène que nous venons d’évoquer. Cependant il faut aussi chercher dans un passé plus lointain, dans les mauvais souvenirs laissés par ce qu’on a appelé les « guerres franco-françaises ». Ces luttes opposant monarchie et république, Eglise et Etat déchirèrent notre pays de la Révolution de 1789 à la Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, séparation entérinée par l’Eglise catholique seulement dans l’immédiat après Grande Guerre.

C’est avec la loi de Séparation enfin acceptée que purent se réconcilier les deux France, France « fille aînée de l’Eglise » et France « pays des droits de l’homme ». Cette loi de 1905, par son article 28 toujours en vigueur, « interdit d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires [ce qui permet, grâce à un arrêt du Conseil d’Etat de juillet 1924, d’inclure les monuments aux morts, désormais définis comme monuments funéraires], ainsi que des musées ou expositions« . Chez un peuple longtemps déchiré par des querelles intestines et qui ne souhaite guère y retomber, cette interdiction posée par l’article 28 est une sauvegarde jugée utile et même indispensable pour éviter tout retour aux errements et conflits antérieurs. C’est une attitude de réserve qui est maintenue, réserve dans l’exposition – l’exhibition diront certains – des signes et emblèmes religieux, mais aussi, dans la pratique, réserve dans la manifestation et l’expression des convictions tant politiques que religieuses, avec rejet des conduites ostentatoires. On peut d’ailleurs estimer que le caractère sacré donné au drapeau national a contribué à inclure ce dernier parmi ces signes et emblèmes pour lesquels on s’impose une prudente réserve.

Il s’agit là, pour le moins, un des facteurs permettant de comprendre l’attitude de réserve, de discrétion, manifestée dans le pavoisement des façades privées en lieu public après les attentats de 2015. Voilà une discrétion et une pudeur surprenantes chez un peuple en partie latin et qu’on aurait donc attendu plus expressif, plus démonstratif dans ses réactions politiques. Problèmes de culture ? Dans le même ordre d’idée, n’est-il pas malséant et indélicat en France de demander à quelqu’un pour quel parti il vote, s’il est croyant, s’il est pratiquant ou encore combien il gagne, sauf quand la demande vient d’un parent ou ami très proche !

Ajoutons que dès avant les attentats de 2015, le tricolore était revenu, en 2012-2013, sous la forme du Made in France relancé fin 2012 par Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, avec une  progression continue depuis lors. On voit désormais le « label » tricolore, sous des formes variées, sur maints produits, depuis des œufs garantis « pondus en France » jusqu’à des publicités tricolores de plombiers garantissant ainsi qu’ils ne sont pas polonais ! Dans ce domaine du marketing industriel et commercial, ni discrétion, ni accès de pudeur.slip français

 

 

Mais bien plus que la publicité commerciale, c’est l’instrumentalisation politique qui porta tort au drapeau en l’éloignant des valeurs démocratiques qu’il avait représentées à son origine, et nous y revenons par des exemples caractéristiques

IMG_2507
Propagande politique de 2016 utilisant le drapeau de La Liberté guidant le peuple de Delacroix (1831)

Le Maréchal remet aux Chantiers « leur » drapeau, photo dans Supplément à Vaillance, L’hebdomadaire d’une France plus belle, juillet 1941.  Dans le stade de Vichy fin juin 1941, devant plus de 2000 jeunes en uniforme vert des Chantiers de la Jeunesse, le maréchal Pétain remet au général de la Porte du Teil, commissaire général,  le drapeau tricolore à francisque de ces Chantiers (formation des jeunes dans l’esprit de la « Révolution Nationale » du maréchal). La veille au soir, les jeunes chantent « L’Hymne au Maréchal » : « Glorieux soldat de notre France, accueillez l’hommage de nos cœurs. Vainqueur de Verdun, Pur symbole de vaillance, que Dieu vous garde et protège, et protège nos étendards ».Z 60 Les cérémonies d’hommage au drapeau tricolore- et au chef de l’Etat – se multiplient de 1940 à 1944 dans la zone non-occupée, d’ailleurs occupée elle aussi à partir du 11 novembre 1942, après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord.

 Z 73        

 

 

Drapeaux des Chantiers de la Jeunesse remis par le maréchal

 

 

 

 

 

 

Clovis armé de la francisque pétainisteClovis armée la francisque pétainiste, un tricolore bien anachronique (propagande extrémiste)

 

D’une façon générale, la débauche de tricolore dans une France vaincue et même soumise (les Allemands appelaient l’amiral Darlan l’amiral Courbette et n’avaient pas de respect pour la France implorant la collaboration), de 1940 à 1944, a desservi le drapeau national pour la suite.

 

III- L’origine des couleurs du drapeau

 

Z25

Etendards parisiens, été 1789 : le tricolore domine        

 

 

 

 01-022460UniteetindivisibilitedelaRepublique-RMNpourCarnavalet3         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1793 les couleurs sans ordre

 

Z 53Une forme encore à définir

 

 

 

 

 

 

 

L’origine des couleurs est à la fois connue, enseignée dès l’école primaire, et pourtant incertaine et controversée. Le 17 juillet 1789, le roi Louis XVI vient à l’hôtel de ville de Paris, accueilli par le général La Fayette et le maire Bailly dont il vient confirmer les nouvelles fonctions. C’est alors qu’aurait été créée la cocarde tricolore, d’où dérivera le drapeau. A la cocarde bleu et rouge de la Garde nationale parisienne dirigée par La Fayette (le bleu et le rouge sont attestés sur les armoiries de Paris, sous la nef et la devise, au moins depuis le XVsiècle). Ce jour-là, soit La Fayette (selon ses Mémoires), soit le maire Bailly (selon d’autres sources), voire le roi lui-même, aurait ajouté le blanc, couleur du roi ou – de son représentant aux armées –  créant ainsi le tricolore.

Timbre aux couleurs de paris, vers 1950

Timbre aux couleurs de Paris, vers 1950

Certes les couleurs de l’arc-en-ciel ne sont pas assez nombreuses pour que chacune puisse se limiter à figurer une seule chose. Mais c’est cette union des trois couleurs qui est frappante, dans l’immédiat et par sa pérennité ultérieure. Séparées et non pas conjointes, les mêmes couleurs avaient déjà été utilisées par les rois de France dès le Moyen Âge.

 

Z 54

L’oriflamme de Saint-Denis (vignette, réclame commerciale au dos)

Rouge de l’oriflamme royale déposée dans l’abbaye de Saint-Denis, couleur liturgique des martyrs, donc de saint Denis, premier évêque de Paris. Bleu, couleur de la Vierge Marie choisie pour protectrice par les  rois de France depuis le XIIe siècle. Blanc, couleur de l’archange saint Michel, patron  adopté au plus tard au XIVsiècle par le roi Charles V. Mais le blanc devint aussi, pendant les guerres de Religion du XVIe siècle, la couleur adoptée par les protestants français, les huguenots, qui affirmaient et célébraient ainsi la pureté évangélique de leur foi chrétienne ; Henri de Navarre s’en pare toujours quand, devenu le catholique roi de France et de Navarre, il est à la guerre (avec son « panache blanc » ou la « cornette blanche » de son enseigne). Il le conserve donc puis le transmet à son héritier Louis XIII ; ce blanc, désormais fortement lié à la monarchie française des Bourbon, sera la couleur des royalistes et de la contre-révolution sous la Révolution et au-delà… sauf que Louis XVIII y ajouta un semis de fleurs de lys qui n’existait pas chez Henri IV ni chez ses quatre premiers successeurs.

Chassé par Louis XVIII en 1814, le tricolore revient pendant les éphémères Cent Jours mais surtout fin juillet 1830, quand la France « retrouve ses couleurs » (selon l’expression qu’aurait employée le 29 juillet 1830 Louis-Philippe d’Orléans, le futur roi des Français). Retour définitif : en effet on sait que, grâce à l’éloquence de Lamartine, le tricolore l’emporte sur le drapeau rouge qui tentait certains des acteurs de la Révolution de février 1848 ; on a dit aussi que la demande de rétablissement du drapeau blanc contribua à l’échec de la tentative de restauration monarchique en 1871-1873 en faveur du comte de Chambord, petit-fils de Charles X et  partisan obstiné du retour du « drapeau de ses pères » (autre « affaire du drapeau » dans laquelle le drapeau blanc symbolise le refus des libertés démocratiques issues de la Révolution française et  figurées par le tricolore).

Revenons à la cocarde d’origine et au drapeau qui en procède. La cocarde tricolore, si l’on suit son origine « canonique », serait née le 17 juillet 1789, à l’Hôtel de ville de Paris ; elle fut ensuite décrétée « cocarde nationale » le 10 juin 1790 par l’Assemblée constituante, lors de la préparation de la Fête de la Fédération et les trois couleurs sont décrétées « couleurs nationales ». Par décret de la Convention du 15 février 1794 / 27 pluviôse an II, il fut décidé que le « pavillon de marine » – drapeau arboré sur les navires – serait composé de trois bandes verticales aux trois couleurs, d’égales dimensions, le bleu près de la hampe, le rouge flottant au vent, ceci pour qu’on le distingue plus facilement en mer du pavillon tricolore horizontal qu’arborait la marine néerlandaise depuis le XVIIe siècle.

La version faisant de la cocarde tricolore une création parisienne datée du 17 juillet 1789, en faveur de Louis XVI, est  adoptée par le « roman national », mais elle reste controversée car elle n’est guère documentée. Selon Michel Pastoureau (Les emblèmes de la France, éditions Bonneton, Paris, 1998), le grand historien actuel des couleurs et de l’héraldique, l’incertitude reste grande et une autre hypothèse est plausible. Il est en effet assuré que les acteurs ou partisans français de l’Indépendance américaine arboraient déjà volontiers, à la fin des années 1770 et dans les années 1780, des cocardes et rubans  aux mêmes trois couleurs – sans règle précise dans la disposition de ces couleurs – car le drapeau des insurgés américains avait déjà ces mêmes couleurs, reprises elles-mêmes, avec un dessin tout différent (semis d’étoiles et bandes horizontales), des couleurs de l’« Union Jack », le drapeau  du Royaume uni d’Angleterre et d’Ecosse depuis 1603. Ce qui permet à Michel Pastoureau d’affirmer que « si Jacques Stuart, roi d’Ecosse [drapeau bleu à croix blanche en x de Saint-André] n’était pas monté sur le trône d’Angleterre [drapeau blanc à croix rouge de Saint-Georges] au début du XVIIe siècle, le drapeau français, né deux siècles plus tard, ne serait peut-être pas bleu blanc rouge… » Mais osera-t-on défendre cette hypothèse devant des contempteurs de la « perfide Albion » et des admirateurs fervents de Jeanne d’Arc ? Nous ne trancherons pas plus que ne le fait notre guide érudit. (Ajoutons que saint Georges, dans son combat, fut sauvagement griffé par le dragon et qu’alors sa tunique blanche, ensanglantée, se colora d’une croix rouge-sang).

 

IV- Le rôle joué par la bande centrale, blanche, du drapeau national

 

Une des caractéristiques de notre emblème national est d’avoir en son milieu un rectangle blanc, espace propice pour recevoir des ornements complémentaires, inscriptions et insignes. L’Union Jack des Britanniques n’a pas  ce même atout, avec ses multiples croix rayant toute inscription.

Sous la Révolution et l’Empire, avant que la forme et la disposition des trois planches de couleur soient fixées, le centre était souvent formé d’un carré blanc disposé en diagonale, comme un losange, et les deux autres couleurs étaient réparties entre les triangles ainsi délimitées aux quatre angles du drapeau. Le carré central, vaste, permettait en particulier aux régiments d’y multiplier devises, numéros, noms de batailles et emblèmes divers.

Plus tard, quand la forme définitive que nous connaissons est adoptée, par tous vers 1810 et reprise en 1830, avec la Monarchie de Juillet, la plage blanche reste souvent utilisée pour diverses inscriptions, comme la devise « Honneur, Patrie », créée alors pour l’armée. La Seconde République, dès février 1848, y brode souvent la devise «  Liberté-Egalité-Fraternité » qui vient d’être officialisée, ou bien un bonnet phrygien, rouge. Interdisant l’usage de la devise républicaine, sur le drapeau comme sur les façades des bâtiments publics, Napoléon III place parfois sur le drapeau tricolore la devise « Ordre et Liberté », reprise de son oncle, ou son « chiffre » N ou encore les aigles impériales, répétées en cuivre ou laiton au sommet de la hampe pour remplacer le coq ou le fer de lance. Avec la Troisième République qui, à la différence des monarchies, n’a pas d’armoiries officielles, c’est le chiffre, le monogramme R F qui y figure parfois.

 

L’ornementation choisie pour le blanc du drapeau posa parfois des problèmes. Par exemple dès 1915 Claire Ferchaud, une « illuminée » du bocage vendéen, affirma que le Christ lui apparaissait souvent ; elle lança, avec l’appui de certains ecclésiastiques de la région mais aussi d’une revue jésuite lyonnaise, une campagne pour imposer l’apposition du signe du Sacré-Cœur (cœur, croix et couronne d’épines) sur la plage blanche du drapeau national. (Claire Ferchaud. La Jeanne d’Arc de la Grande Guerre, par Jean-Yves Le Naour, éditions Hachette-littérature, 2006)  Elle déclarait que, selon ce que lui dictait le Christ, seule cette modification du drapeau donnerait la victoire aux armes françaises. Elle fut vivement combattue en particulier par le Cardinal Léon Amette, archevêque de Paris et sincère partisan de l’union sacrée et de la réconciliation de l’Eglise de France et de la République.

Z18                          « Arrête ! Le cœur de Jésus est là ! »,                                                   .« Sauvegarde du Soldat », miracle ou magie ?

 Des centaines de milliers d’images, d’insignes, de médailles, de drapeaux ornés du Sacré-Cœur furent diffusés, malgré la position de la majorité de la hiérarchie catholique, malgré aussi une circulaire du Ministère de l’intérieur qui, dès juillet 1915, ordonnait de pourchasser cette atteinte à l’intégrité du drapeau tricolore de la République française.Z 147            « Arrête ! le Coeur de Jésus est là ! » (pouvoir magique ?)

Le mouvement s’éteignit de lui-même dans le courant de l’année 1917, après avoir néanmoins soulevé bien des espoirs et illusions,  compte tenu de l’impasse créée par l’égalité des forces des belligérants.

Z20 « Mon cœur veut être peint sur les étendards de la France, pour la rendre victorieuse de tous ses ennemis » et sur le drapeau : »Cœur de Jésus, Sauvez la France ! »

Une fois la guerre gagnée,  la France obtient un « mandat de la Société des Nations »  pour administrer, entre autres territoires, le Liban enlevé à l’Empire ottoman, détruit. Le Liban reçoit alors un drapeau, sous la forme du drapeau tricolore français orné cependant, au centre de sa plage blanche, d’un cèdre, arbre emblématique du pays. Ce drapeau tricolore sera officiel de 1920 à 1943, puis le pays l’abandonnera. On retrouve non pas les couleurs mais la disposition verticale de celles-ci dans bien des drapeaux de l’Afrique francophone subsaharienne, Sénégal, Mali, Rwanda par le truchement du tricolore vertical belge, etc.Drapeau du Liban mandat français

Le tricolore français au cèdre du Liban

Autre  moment où le drapeau français fut modifié, par un ornement placé dans le blanc, ce fut bien sûr l’époque où France Libre de Londres et Etat Français de Vichy avaient le même drapeau tricolore et devaient se distinguer. Dès juillet 1940 le vice-amiral Muselier fait ajouter au pavillon naval de la France Libre une croix de Lorraine, croix qui se diffuse bientôt sur le blanc de tous les drapeaux de la France Libre, avec l’accord du général de Gaulle. Parallèlement, en octobre de la même année, est créée la « francisque gallique », hache à deux tranchants tricolores et dont le manche revêt la forme d’un bâton étoilé de maréchal… et elle figure bientôt sur certains des drapeaux et fanions de l’« Etat français » de Vichy.

 

petain11940 – 1944,  imagerie de la  France à la francisque

 

Z 52

Croix de Lorraine liée à la province perdue et surtout à Jeanne d’Arc en 14-18, avant d’être l’insigne de la France Libre depuis fin juillet 1940

Deux « bandes postales » similaires et tricolores, de 1942 et de 1971, et pourtant !timbres Pétain vivant de Gaulle décédé

Pétain en chef d’Etat, de son vivant, contrairement à la tradition républicaine, et de Gaulle après son décès seulement, images de deux France antagoniques

Ces deux motifs, presque officialisés, chacun dans un camp, figurent aussi sur des timbres postaux et des pièces de monnaie. Après la Libération, la croix de Lorraine se maintient quelque temps sur le drapeau tricolore, sans pourtant avoir fait l’objet d’une officialisation par loi, décret ou circulaire ministérielle. Elle devient ensuite un simple emblème politique lié non plus à l’Etat mais au souvenir de la Résistance ou comme insigne de divers mouvements politiques gaullistes.

   z 56

Croix de Lorraine en  tricolore politique, partisan, vers 1947-48

On trouverait aisément d’autres implantations non officielles d’emblèmes  ajoutés  dans le blanc du drapeau, comme les deux pieds noirs figurant dans les années 1960-1970 sur le drapeau arboré par l’Anfanoma, association regroupant des rapatriés d’Afrique du Nord, ou comme la petite famille père-mère-fils-fille mise en guirlande sur des bannières de la Manif pour tous des années 2012-2013. C’est encore l’étoile jaune marquée Juif qui décore le blanc des drapeaux des mouvements de déportés juifs à chaque commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’(16 et 17 juillet 1942, plus de douze mille personnes raflées par la police française, au nom d’une souveraineté française devant s’exercer sur les deux zones…)

                                    
Z21En 2013, cérémonie pour la rafle du Vel’ d’Hiv’ et La Manif pour Tous (LMPT) aux tricolores ornés : Etoile jaune/ Famille-Patrie968920_642644805765670_394774427_n

Le drapeau « mariannisé »liberte-egalite-fraternite
« Marque de l’Etat », 1999, « drapeau » de la cohabitation Chirac-Jospin

Doit-on classer dans cette même catégorie d’utilisation de la bande blanche centrale le « logo » tout à fait officiellement adopté, et avec succès, par la plupart des départements ministériels et services officiels de l’Etat,, « logo » qu’on appelle officiellement la « marque de l’Etat français ? Certes son usage se limite surtout aux entêtes de lettres, formulaires et documents administratifs, donc dans un format réduit qui n’est pas celui d’un drapeau (sauf panneaux informant de travaux cofinancés par l’Etat). Dans le jargon familier des fonctionnaires et des publicitaires, on appelle aujourd’hui « Marianne », ou « la Marianne » cette marque, cet « identifiant visuel » qui, pour l’essentiel, prend la forme d’un drapeau tricolore dont la plage blanche aurait été « mariannisée », aurait épousé le profil d’une tête de Marianne, une Marianne alerte, épurée, élégante, intemporelle  et aux cheveux en mouvement, tout à la fois actuelle et intemporelle. Cette « Marianne »« humanise l’Etat,  se réjouit son maître d’œuvre, le haut fonctionnaire Bernard Candiard, responsable auparavant de la communication du ministère de l’économie  et des finances (voir Bleu Blanc Pub. Trente ans de communication gouvernementale en France, par Jean-Marc Benoit et Jessica Scale, éditions du Cherche-Midi, 2008) « Identifiant visuel » de l’Etat, ce « logo » dit « Marianne » vient compléter, sur la documentation imprimée, le sceau dit aussi « la Marianne » qu’apposent toujours certains fonctionnaires d’autorité sur leur courrier officiel pour authentifier leur signature, sceau qui quant à lui est celui de la IIde République, datant donc de 1848 mais toujours valide, image que l’on retrouve, souvent stylisée, sur les panonceaux de notaires et huissiers, officiers ministériels. Ajoutons que Pierre Bonte, humoriste et éminent « mariannologue », consulté, déclara qu’il appréciait peu cette « marque de l’Etat », ce drapeau « mariannisé » lui rappelant par trop sa feuille d’impôt – effectivement revêtue de cette marque, tout comme le sont les contraventions, amendes pour excès de vitesse, etc.

Pour le gouvernement de la France libérée après le débarquement de juin 44 et avant des élections générales libres, les autorités américaines avaient prévu une administration militaire anglo-américaine, l’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories) avec par exemple une monnaie, des billets de banque sur lesquels figureraient le drapeau tricolore et la devise républicaine, symboles fictifs de la « souveraineté » d’un pays qui resterait soumis au contrôle des nouveaux  vainqueurs. Ce projet fut heureusement abandonné grâce au refus du gouvernement provisoire présidé par le général de Gaulle. Cependant des pièces de monnaie et des billets de banque au drapeau tricolore avaient été émis ; on en retrouve encore chez des antiquaires et brocanteurs…

Billet de l'Amgot

Un billet « français » de l’AMGOT, imprimé en fait aux Etats-Unis

Cet exemple, comme ceux concernant le régime de Vichy, démontre, si besoin est,  que le présence du drapeau national ne suffit pas toujours à assurer ni à garantir l’indépendance, la souveraineté d’un pays.

 

 

 V  Quelques drapeaux tricolores en situations variées.

 

Fédération Française de FootballFédération Française de Football, drapeau tricolore depuis novembre 2015, en hommage aux victimes.

Panthéon de gaulle et sa croix Colline de Colombey…

  Z14  Libération-Nord 1942-44     

 Z17Le Monde, après le 13 novembre 2015, dessin de Serguei

 

 

 

 

 

Le tricolore argument de vente : réclame ou étiquette des années trente, vin et fromage

L'Île-de-France sur fond tricolore

L’Île-de-France sur fond tricolore

z 57

 

 Byrrh 5

             Z7

Propagande politique au bonnet phrygien, cocarde tricolore

 

Joffre; le meilleur (camembert)camembert patriotique de 14-18, évidemment en tricolore       

 

Z19Drapeau du Sacré-Cœur de Montmartre

Found_182048_1666418

 Une Marseillaise bordée de  tricolore

 (Ministère de l’intérieur, service des naturalisations)

 

Tricolores français et belgeZ 37

Pour compléter les quelques aspects esquissés ici, le lecteur peut recourir à l’article de Raoul Girardet, « Les trois couleurs. Ni blanc, ni rouge », dans Les Lieux de mémoire, I, La République, sous la direction de Pierre Nora, Gallimard, 1984 ainsi qu’au chapitre V, « Le drapeau  tricolore et ses principaux rivaux, le blanc et le rouge » de notre ouvrage réédité en 2015 en édition de poche, Les emblèmes de la République, CNRS Editions, collection Biblis n° 119 (et site www.bernard-richard-histoire.com).

Bernard RICHARD

                    

Langue française..
Un peu d’humour hors saison  : 
 « langue française »

LES BELLES FILLES DE JOIGNY, et autres chansons légères

Article suivant »

Entre Suisses et Français fin XIXe siècle