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LES BELLES FILLES DE JOIGNY, et autres chansons légères

Le kiosque Doutre-Roussel

Le kiosque Doutre-Roussel

En août 2015, au Bric-à-brac de Mézilles, nous avons acquis  un exemplaire manuscrit ou plutôt ronéoté des Belles Filles de Joigny. Cette « bluette »  est bien connue dans la cité de Joigny où elle était volontiers chantée dans les noces et banquets depuis la fin des années 1920.

Les Belles Filles de Joigny, et de l'Yonne

                 Les Belles Filles de Joigny, et de l’Yonne

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                   A une terrasse de café, parisienne ou jovinienne ?  

Elle se chante  sur l’air de Chacun son truc, charleston  illustré par Maurice Chevalier à la fin des années 1920 et qui  fut un grand succès souvent imité, sur l’air d’un charleston venu des Etats Unis avec les G I de la Grande Guerre…  En fait Chacun son truc était l’adaptation française d’un charleston composé en 1925 par Walter Donaldson sous le titre Yes sir, that’s my baby, repris donc par Maurice Chevalier avant de trouver sa plaisante version  jovinienne… C’est ce qu’a découvert depuis Auxerre Claude Delasselle, que nous remercions pour cette information.

On retrouve aisément sur internet les paroles  de l’adaptation  parisienne que voici :

Chacun Son Truc

 1ercouplet

Aiguillonné par l’amour
Je m’suis donné y a huit jours
Et moi quand j’me donne c’est pour toujours
La femme que j’ai dégotée
N’est peut-être pas une beauté
Mais c’qui m’plaît, c’est son autorité

1er refrain

C’est elle qui ordonne
C’est elle qu’est patronne
C’est moi qu’elle fait marcher.
C’est elle qui se r’pose
C’est elle qui m’dépose
C’est moi qui cire le plancher.
Quand j’la suis sans broncher
Aux Galeries ou au Bon Marché
C’est elle qui commande
C’est elle qui marchande
Et moi, j’ai l’droit d’les lâcher

 2ème couplet

Apte à tous les exercices,
Elle sait l’anglais comme une miss
Et comme Lenglen, elle joue au tennis
Elle sait conduire une moto
Elle sait s’tenir en auto
Et faut la voir dans ma Torpédo

2 èmerefrain

C’est elle qui pilote
C’est elle qui capote
C’est moi qui vais su’ l’gazon
C’est elle qui gaze
C’est elle qu’écrase
C’est moi qui f’rai d’la prison.
Si l’on fait une station
Chez l’bistrot pour la collation
C’est elle qui picole
C’est lui qui rigole

3ème couplet

Quand je n’suis pas en smoking
Elle va toute seule au dancing
Il paraît que ça n’a rien d’shocking.
Mais ce qui m’paraît moins bien
C’est que quand elle revient
A la maison l’surlend’main matin

3 èmerefrain

C’est elle qui m’outrage
C’est elle qu’est en rage
C’est moi qui m’fais bien moucher
C’est elle qui rouspète
C’est elle qui m’embête
C’est moi qu’ai les yeux pochés.
Et quand elle va guincher
Son danseur prend des airs penchés
C’est elle qui l’bécote
C’est lui qui la p’lote
Et moi je peux m’l’accrocher.
(En savoir plus sur http://www.paroles-musique.com/paroles-Maurice_Chevalier-Chacun_Son_Truc-lyrics,p73568#LIcTmrt0XSe2iTDq.99).

 

ns les années vingt

Charleston’s camembert, fabriqué en Touraine dans les années vingt (une image construite « en abyme, » sur le principe de celle de la Vache qui rit, de la même époque)

Mais  deux autres chansons, créées sur le même air, la première parisienne, la seconde jovinienne, figuraient en recto-verso sur la feuille acquise à la brocante de Mézilles. Voici donc bien des détournements, des adaptations comme il s’en est toujours pratiqué dans le domaine de la chanson (sous la Révolution, plus de deux cents « contra facta », c’est-à-dire détournements, de la Marseillaise par exemple)

La première chanson, intitulée En Plus P’tit, sous-titre  « charleston sur l’air de Chacun son truc » (donc du Yes sir, that’s my baby), est imprimée , sans indication de lieu ni d’éditeur :

 

 

 

En Plus P'tit

                                            En Plus P’tit

Ier couplet

Vous avez tous reconnu

Que nos femmes et leur vertu

Maint’nant raccourcis’nt de plus en plus

Leur taille et tous leurs atours

Diminuent de jour en jour

Jusqu’aux ch’veux qu’ell’s se font couper court

Refrain

Aujourd’hui la mode

C’est chouette et commode

La vie est en raccourci,

La coiffure des femmes

Jamais ne réclame

En plus p’tit,

En plus p’tit,

C’est pas grand chose,

Ca leur suffit,

Nos femmes sont gentilles,

Un rien les habille

Et c’est la mode aujourd’hui…

pour la suite, voir – et agrandissez – le texte donné plus haut

La seconde chanson, de la fin des années vingt et qui nous intéresse au premier chef, s’intitule Les Belles Filles de Joigny, elle aussi sur l’air de Chacun son truc ; c’est une création locale anonyme, de Joigny même et tout à la gloire des filles de cette cité et de celles de douze petites communes voisines. Le texte présenté ici fut simplement manuscrit, d’une écriture presque enfantine (et quelques belles fautes d’orthographe comme « la beautée », « la sociétée », les « qualitées », que nous corrigeons). Il fut ensuite  ronéoté pour être diffusé, on peut l’imaginer, auprès des amateurs, des chorales et des fanfares de Joigny  (La Lyre, Les Joyeux Maillotins, etc.) et des environs  (par exemple à Neuilly, sur-Ravillon, l’Avenir musical de Neuilly, créé et dirigé par Bibi la musique, fils d’un instituteur de la laïque).

Bibi la musique et son groupe, sur tonneaux de bourgogne

 Bibi la musique et son groupe qui tanguent,  juchés sur des tonneaux de vin… de Bourgogne (par René Farcy)


 Ajoutons que Joigny, ville de garnison, avec son quartier de cavalerie (parmi les colonels, entre autres, Louis Bonaparte plus jeune frère de Napoléon et futur roi de Hollande et Ferdinand duc d’Orléans, fils aîné du futur roi des Français Louis-Philippe) accueillit longtemps des filles et des chansons légères comme celle-ci, de 1886, dont le refrain est éloquent, « les filles de Joigny » rimant avec « Vous disent toujours Oui-Oui » :

Les Filles de Joigny, chanson gaillarde de 1886 :Les filles de Joigny

L’Echo de Joigny n° 22, 3e trim. 1977, transcription :

Les filles de Joigny, chanson gaillarde de 1886

  • Si vous passez par la Bourgogne
  • Faut vous arrêter à Joigny. Oui-Oui.
  • Car si l’on s’y rougit la trogne
  • On sait bien aimer aussi. Oui-Oui,
  • Les filles y sont avenantes,
  • Elles ont le cœur sur la main ;
  • Aussi lèvres souriantes
  • Ne vous disent jamais demain.

Refrain

  • Les filles que je préfère
  • Ne sont pas celles d’Auxerre,
  • Non pas celles d’Avallon
  • Qui répondent toujours non,
  • Ce sont les filles de Joigny
  • Qui, d’un petit air gentil,
  • Vous disent toujours : Oui-Oui.

II

  • Leur ville où coule une rivière,
  • Dans son vin n’a jamais mis d’eau. Oh ! Oh !
  • La beauté loin d’être fière,
  • Vous accueille en riant bien haut. Oh ! Oh !
  • Vous pouvez à l’hôtellerie,
  • Etre certain de rencontrer
  • Une bourguignonne fleurie
  • Qui n’a pas peur d’un petit baiser.

III

  • On dit, chose particulière,
  • Qu’on n’a jamais trouvé là, Ah ! Ah !
  • Pour couronner une rosière
  • De fille assez blanche pour ça, Ah ! Ah !
  • Mais c’est inutile en voyage :
  • Un sourire vaut cent fois mieux
  • Que l’oranger de la plus sage,
  • Quand il brille dans deux beaux yeux.

IV

  • Si le vin que l’on boit en ville
  • Vous flanque vite un petit plumet. Eh ! Eh !
  • On est sûr d’y trouver asile
  • Près d’un cœur aimable et discret, Eh ! Eh !
  • Elles ont la beauté tendre
  • Les filles de ce pays-là ;
  • Et tout voyageur peut prétendre
  • A rire, je ne vous dis que ça.

V

  • Ne croyez pas que je les vante
  • En leur consacrant ma chanson. Non, Non
  • Et que leur figure charmante
  • Soit au-dessus de leur renom. Non, Non
  • Pour rencontrer mine pareille
  • Vous pourriez courir vraiment
  • Depuis Lille jusqu’à Marseille
  • Joigny n’y fait pas d’assortiment.          Journal de Joigny                                                                                   2 janvier 1886

 (texte de la chanson et dessin de Bibi la musique aimablement fournis par Mme Agnès Fillot, de Neuilly, Yonne ; ce texte avait été publié dans le numéro 22 de L’Echo de Joigny, 3e trimestre 1977).

Ajoutons que récemment, le chanteur-compositeur jovinien Jacky

Florent a écrit une musique qui permet de chanter ces Filles de Joigny.

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Mais Joigny, c’est aussi la cité du Bourgogne Côte Saint-Jacques qui,

en cépage pinot gris, de couleur orangée et appelé alors le « vin des

roses » fut l’un des vins préférés  de Louis XIV, dit-on localement.

Comme l’affirma le docteur Rogier dans un papier publié dans L’Echo

 de Joigny n° 5 du premier trimestre 1971 (Louis XIV et le vin de

 Joigny, 1704). Selon cet article, c’est un vigneron-marchand de

Joigny appelé Pavillon qui, en 1704, aurait gagné l’estime du roi-

soleil,désormais buveur de vin de la Côte Saint-Jacques.

  • Un soit à Joigny, en forme de bouteille de côte-Saint-Jacques Joigny le soir, comme une bouteille de Bourgogne Côte-Saint-Jacques

A Joigny, on sait tirer parti des chansons. Ainsi l »entreprise Doutre-Roussel Frères, « Distillerie jovinienne et vins en gros »,  installée de longue date rue Dominique Granet à Joigny, fait-elle sa « réclame » sur le fameux refrain de l’Auxerrois  Cadet-Roussel :

                       « Ah! Ah ! Ah ! oui vraiment,

                        un pt’tit Roussel c’est excellent « 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le kiosque Doutre-Roussel

                                   Kiosque Doutre-Roussel Frères (DRF),                                                                                  pour la Fête vénitienne de 1906 sur l’Yonne à Joigny                                                  (carte postale  ancienne  Henri Hamelin re-photographiée en                                    2014 par Gérard OTT)

Et voici notre chanson-titre, transcrite puis en version manuscrite :

Les belles filles de Joigny

Toujours sur l’air du charleston  « chacun son truc » chanté par Maurice Chevalier. lui-même issu de « Yes sir, that’s my baby », de l’Américain Walter Donaldson (1925)

1er couplet :

  • Nous sommes venus pour chanter
  • De votre pays la beauté
  • Et des petites communes d’à côté
  • A Joigny toutes les femmes sont
  • D’jolis bébés polissons
  • Clamant toutes l’amour et les chansons

1er refrain :

  • A Joigny elles sont belles
  • A Brion toutes fidèles
  • A Looze, elles sont toutes jolies
  • A Cézy bien mignonnes
  • A Bassou polissonnes
  • A la Celle-St Cyr c’est le paradis…
  • Qu’ce soit l’hiver… ou bien l’été…
  • On entend l’soir… l’bruit des baisers
  • Dans l’Yonne toutes les filles
  • Sont les plus gentilles
  • C’est un plaisir d’les aimer !…

2ème couplet :

  • Je vois dans la société
  • En train de nous écouter
  • Une petite jeune fille qu’a l’air fâché
  • Ah voilà j’entends c’qu’elle dit
  • Vous oubliez mon pays !…
  • Eh bien non !… car écoutez ceci !

2ème refrain :

  • A Neuilly très coquettes
  • A Champlay toutes bien faites
  • A Cheny elles savent bien danser
  • A Brienon pas revêches
  • A St Julien toutes fraîches
  • A Villevallier n’savent pas refuser
  • Et quand elles dansent une java
  • Un charleston ou n’importe quoi !…
  • Dans l’Yonne toutes les filles
  • Sont les plus gentilles
  • C’est un plaisir d’les aimer !…

3ème couplet :

  • Nous venons de vous vanter
  • Des hommes toutes les qualités
  • Ainsi que des femmes la beauté
  • Maintenant pour vous faire tous rire
  • Des belles-mères nous allons dire
  • Tenez ! je les vois déjà sourire ?…

3ème refrain :

  • A St Aubin elles sont douces
  • A Senan n’font pas d’mousse
  • A St Florentin elles n’disent jamais rien
  • A Seignelay toutes gentilles
  • A Migennes de bonnes filles
  • A Laroche elles aiment le bon vin
  • Qu’il soit vin blanc ? rouge ? ou bien noir ?…
  • Les p’tites belles-mères aiment le pinard
  • Belles-mères comme vos filles
  • Vous êtes toutes gentilles
  • C’est un plaisir d’vous aimer !
Les Belles Filles de Joigny, et de l'Yonne

               Les Belles Filles de Joigny, et de l’Yonne

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