L’église Saint-Léon (1924-1945), Paris XVe – Architecture et décoration

Vue par l'est (2015)                Flèche de Saint-Léon vue par l'ouest (2015)

Flèche de Saint-Léon     Flèche vue par l’ouest (2015)

vue par l’est (2015)

Depuis le dernier quart du XIXe, des fidèles habitant au sud du Champ de Mars, envoyés de Saint-Pierre du Gros Caillou (1823) à Saint -Jean-Baptiste de Grenelle (1877), souhaitent avoir une église paroissiale en propre.

Avec la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905, l’État ne finance plus la construction ni l’entretien de nouvelles églises, mais les autorités religieuses sont en revanche plus libres dans leurs choix. En 1909, elles décident d’ériger une église votive à Jeanne d’Arc (béatifiée la même année 1909, avant une canonisation en 1920) ; une riche famille pieuse offre un terrain, occupé auparavant par le Palais du Travail de l’Exposition universelle de 1900, édifice éphémère démoli en 1906. L’architecte, choisi sur concours en 1913 par le diocèse, est Émile Brunet (1872-1952), architecte des Monuments historiques qui a déjà travaillé à restaurer Notre-Dame et a construit, en néo-roman, la nouvelle église de Coulommiers en Seine-et-Marne ; c’est un élève du disciple préféré de Viollet-le-Duc, Anatole de Baudot. Celui-ci a construit Saint-Jean de Montmartre, néo-gothique (1894-1904), place des Abbesses, première église de France à structure de béton recouvert de briques et de céramiques ; le béton n’est pas alors considéré comme un « matériau noble » : refus du béton nu, du « nudisme » dit-on par dérision.

Nouvelle église de Coulomier, par Emile Brunet

Nouvelle église de Coulommiers, par Emile Brunet

É. Brunet propose en 1913 une église à « squelette » de béton armé revêtu de briques, d’aspect néo-roman ; le projet, arrêté par la guerre, est repris en 1923 : Brunet, qui a travaillé en 1919-23 à la reconstruction d’églises du Nord, propose alors de remplacer  le néo-roman par du néo-gothique (façade et clocher), enfin par du style contemporain, « art-déco » (Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels à Paris en 1925). Ce sera donc une  église épousant hardiment son temps, les formes de son temps.

Par ailleurs divers facteurs amènent à remplacer la vaste église votive dédiée à Jeanne d’Arc par une église paroissiale dédiée au pape Léon Ier le Grand (pape de 440 à 461, docteur de l’Église depuis 1754) : besoin d’une église accentué par l’essor urbain (lotissement des marges du Champ de Mars depuis 1904), mais la municipalité impose en 1924 une voie autour de l’église, ce qui réduit la superficie de celle-ci ; offre du financement de la nef par Mme Léon Thelier, veuve, avec vœu que l’église porte le nom du saint patron de son époux, vœu exaucé ; ce sera donc une église Saint-Léon.

Saint Léon à Saint-Léon par Louis Barillet (photo adebrich)

Saint Léon à Saint-Léon    par Louis Barillet      (photo Adebrich)

 

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Buste du cardinal Léon Amette à l’entrée de l’église Saint-Léon financée en partie par Mme Léon Thelier (porche, photo B. Richard)

Mgr Léon Amette, cardinal-archevêque de Paris était décédé en août 1920. Il  avait joué un rôle important en faveur de l’Union sacrée pendant la Grande Guerre, en faveur de la victoire française (même si le pape Benoit XV menait une politique favorisant la paix, une paix blanche sans vainqueur ni vaincu, bien différente), et avait largement œuvré à la réconciliation entre Français « cléricaux et anticléricaux’ et entre la République française et le Vatican (son décès fut qualifié par le président Poincaré de « grande perte pour la France »). En 1924, la municipalité de Paris baptise Place du Cardinal Amette la voie entourant la future église et aménage la place Dupleix sur le terrain vague – camp de manœuvres pour cavaliers devant la caserne Dupleix : un beau dégagement met en valeur l’église et facilite la célébration de cérémonies en extérieur -avec autorisation préalable à demander au maire du XVe arrondissement -, ce qui est rare pour les églises de l’époque, l’administration municipale, laïque et souvent radicale, ne favorisant que rarement la visibilité des bâtiments religieux.

1ère pierre : 15/10/24 ; 1ère messe : 15/10/25 ; la  paroisse est érigée  le 29/10/26, consécration solennelle par Mgr Suhard le 9 mars 1947 seulement.

Saint-Léon avant 1930, sans façade ni clocher

Avant 1930, sans façade, ni clocher, ni choeur, ni abside

Saint-Léon, ressemblait à un hangar avant la construction du clocher et de la façade

Quand Saint-Léon ressemblait plutôt à un hangar ou à un marché couvert en face du kiosque

Saint-Léon 22

Le clocher et la façade changent tout

(carte postale ancienne, autour de 1930)

Architecture :

Nef (1924-26) de 16 m de large, en béton, bas-côtés en communication ouverte avec nef et chœur grâce à la légèreté de minces piliers en béton (avec céramique), chœur à haute coupole carrée terminée en baldaquin, avec belles fenêtres fournissant un éclairage zénithal, abside (1929) en cul de four, façade (1932) à portes façon art-déco. Le béton, moins coûteux que la pierre, permet des formes hardies et légères (voûtes hautes et larges, de faible épaisseur, ouvertures pour vitraux, piliers de faible volume).

Le clocher (1932-33), signal bien visible (malgré la tour Eiffel proche), avec son coq à 54 m de hauteur, revêt la forme originale et pure d’un demi-fuseau galbé à 8 pans.

Émile Brunet alla à Amsterdam pour étudier les formes en cours et l’usage de la brique de parement, là-bas très en avance (École d’architecture d’Amsterdam avec Hendrik Petrus Berlage et Michel De Klerk). Il y  découvrit un long bâtiment surnommé « Le Navire » (« Het Schip ») à cause de ses formes horizontales évoquant un paquebot, œuvre de Michel De Klerk achevée vers 1916-1917, ornée en outre d’une flèche, haut signal de brique à cinq pans (l’aristocratie a ses donjons, les tours de ses châteaux, les classes laborieuses doivent elles aussi avoir leur habitat couronné d’un haut signal).

Le Navire 6

Le Navire, dont la flèche est  placée sur l’autre façade

Michel De Klerk

 Michel De Klerk

       Avant projet d'Het Schip DSC_3382           1-Flèche d'Het Schip 1

Premières esquisses de la flèche par De Klerk, puis sa réalisation à Amsterdam

    tr_mo_amsterdam_museum_het_schip_VHK_P_560X350_tcm601-138184            Le Navire 1                                      Vues de la flèche du « Navire »  (« Het Schip »)     

Saint-Léon Copenhague

Palace Hotel, Copenhague (1910, dessin De Klerk)

Stupa à Pagan

Stûpa à Pagan

 

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Flèche de Saint-Léon en demi-fuseau galbé, sources  d’inspiration variées, Europe du Nord et/ou Extrême-Orient via Amsterdam.

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Eglise d'Halfweg

Eglise d’Halfweg

Une église d'Amsterdam

Une église d’Amsterdam

Eglises hollandaises de même inspiration que « Het Schip », à clochers galbés

Ajoutons que l’œuvre de Michel De Klerk, dite le « Navire », abrite aujourd’hui le Musée de l’Ecole d’architecture d’Amsterdam, dans un quartier nord-ouest de la ville, quartier développé précisément au début du XXe siècle par divers architectes créateurs alors de formes nouvelles. Et précisons l’originalité de cet architecte néerlandais et de sa réussite fulgurante : vingt-cinquième enfant d’une famille juive pauvre d’Amsterdam (son père se remaria après le décès de sa première épouse, épuisée par vingt naissances), simple tailleur de crayons avant de devenir,   à force de travail et par son génie créateur, un des grands architectes de l’Ecole d’architecture d’Amsterdam admiré et visité par des confrères venus de toute l’Europe ; c’est son père qui adopta ce patronyme non hébraïque de De Klerk – Leclerc dirait-on en français – et qui donna à ce dernier fils le prénom français de Michel, mais son entourage l’appelait toujours Samuel.

Le parti architectural d’Emile Brunet fut d’adopter un style de son époque, pour une construction religieuse voulue par une Eglise qui épouse son siècle et ne recours plus au pastiche,  à l’imitation du style religieux du Moyen Âge, le roman ou le gothique. Dès le début et au jour d’hui encore, certains paroissiens regrettent ce choix car ils demeurent attachés au passé médiéval, au pastiche d’art roman ou gothique, au moins pour l’architecture religieuse. En revanche le matériau de l’armature, en béton paré de brique, permet donc une grande visibilité, dans l’église, avec une nef large et haute et  des bas-côtés unis à la nef et au chœur grâce à la légèreté, le caractère presque gracile des colonnes de soutien : on a vraiment une « ecclésia », une assemblée unie, sans recoins sombres pour prière solitaire. Rappelons qu’Emile Brunet est aussi, dans les années trente, l’architecte du lycée Marie-Curie de Sceaux, bâtiment dans lequel il confia les mosaïques à Auguste Labouret, tout comme à Saint-Léon.

Le clocher de Saint-Léon dans le soir

Le clocher de Saint-Léon dans la pénombre du soir (photo B Richard)

Décoration :

Le grand  mérite d’Émile Brunet est d’avoir veillé à harmoniser décoration et architecture, pour les formes et pour les couleurs, et d’avoir choisi les décorateurs parmi les maîtres reconnus dans ce qu’on appelle depuis 1925 le style art-déco : Raymond Subes, ferronnerie ; Louis Barillet, principaux vitraux ; Auguste Labouret, mosaïques et vitraux hauts de la nef ; Henri Bouchard, sculpture. Tous ces acteurs de la décoration avaient participer à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels de Paris, en 1925, exposition qui donna son nom à l’art déco, axé sur la simplification et la pureté géométrique des formes, après le style contourné, sinueux et inspiré de la flore, de la botanique (et de la femme-fleur) qu’était l’art nouveau, dit parfois péjorativement le « style nouille » (celui des stations de métro d’Hector Guimard, aux formes végétales).

Emile Brunet en outre participa lui-même à la décoration en  dessinant certains  éléments, bien assortis au reste : lustres en fer martelé, cuivre et verre cathédrale épais du chœur, autel en marbre jaune de Sienne, chaire en marbre de Sienne et fer martelé (enlevée après Vatican II et disparue), sièges du chœur, raides et géométriques, confessionnaux en bois blond, bénitiers et cuve baptismale recouverts de mosaïque. La grande homogénéité stylistique de l’ensemble participe à l’intérêt de cette église, témoin d’une époque où précisément l’Eglise, libre bâtisseuse du fait de la loi de séparation des Eglises de l’Etat (décembre 1905), est maîtresse des ses constructions et en même temps où, comme déjà dit, elle épouse son siècle au lieu de lui tourner le dos, elle adopte le style en vogue dans la société de son temps, le style art déco que l’on retrouve dans la zone avec Saint-Antoine de Padoue, boulevard Lefebvre ou Saint-Christophe de Javel, rue de la Convention, deux églises en briques rouges sur armature de béton (comme encore à Sainte-Odile dans le 17e arrondissement et à Saint-Jean de Montmartre dans le 18e (mais celle-ci en style néo-gothique).

 – La brique :

Matériau de parement fréquent dans les églises parisiennes du premier tiers du XXe siècle ; c’est aussi un matériau pauvre, bon marché, souvent réservé à l’habitat populaire car beaucoup moins cher que la pierre de taille. A Saint-Léon cependant, paroisse assez riche, on anoblit la brique grâce à  une belle variété de couleurs bien harmonisées (surtout la brique de Caen, jaune clair, car argile mêlée de silice et de calcaire, en intérieur et extérieur, alternant avec la brique orange de Dizy (Seine-et-Marne) et une brique rosée pour les voûtes).  En outre apparaît un jeu de carreaux de céramiques dorées (nef, piliers) ou bleues (en extérieur, sur les côtés), un appareillage de la brique dessinant des formes géométriques en extérieur, et comme un travail de vannerie, de paniers d’osier, dans la nef ou une recherche originale d’ondulations et saillies en épis de maïs dans les tribunes du chœur. On voit certes là tout l’apport reçu par l’architecte Brunet de son  voyage au pays de la brique et de l’innovation  architecturale, les Pays-Bas. 

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Mosaïques colorées de la façade

Les mosaïques :

                                      Par Auguste Labouret (1871-1964), réputé pour la mosaïque et surtout pour le vitrail en dalles de verre dans des œuvres civiles (gare de Saint-Quentin, salle de bains royale au Ministère des affaires étrangère, quai d’Orsay, créée  pour recevoir Georges VI…) et religieuses (dans le 17e arrondissement Saint-Ferdinand des Terne, le maître-autel de Sainte Odile, l’immense basilique de Sainte Anne de Beaupré au Québec). La mosaïque est en vogue depuis la décoration intérieure du Sacré-Cœur de Montmartre, dès 1901. A Saint-Léon, d’abord celles de la façade, avec le pape saint Léon, des anges, des motifs décoratifs et symboliques (1934-35). Mosaïques intérieures à partir de 1941 (plutôt par l’équipe de Labouret, sous le contrôle un de ses collaborateurs, Chaudières, lui-même étant occupé au Québec par sa basilique à décoration intérieure de mosaïque). Scènes mariales didactiques sur le cul de four de l’abside -chapelle de la Vierge- (Évangélistes, Couronnement de la Vierge avec rehauts de tesselles dorées, Nativité, Rencontre au Golgotha, etc.). Les apôtres au dessus des portes, avec noms écrits en français et pas en latin – on épouse le siècle. Scènes narratives de la vie de saint Léon pour l’arc triomphal d’entrée du chœur (dont le pape arrêtant Attila à Mantoue en 452, les lanières de jambes des Huns évoquant la croix gammée – par leurs couleurs – rouge, noir et blanc et  par leur forme :

Détail de l’arc triomphal autour d’Attila

Détail de l'arc triomphal autour d'Attila

Détail de l’arc triomphal autour d’Attila

A ce propos, on a parlé récemment de l’Hérode représenté avec les traits et la moustache d’Hitler dans l’église paroissiale de Montgeron sur un vitrail inauguré en juillet 1941 ; parlons aussi de l’élu aux traits de Pétain à la droite du Christ du Jugement dernier dans un vitrail de Louis Barillet vers 1941 ou 42, à l’église Saint-Antoine de Padoue, Paris 14e ;il est d’ailleurs fréquent que les vitraux jouent sur l’actualité ; à Saint-Ferdinand des Ternes saint Ferdinand a les traits du duc Ferdinand d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe mort en accident de calèche en 1842 et saint Philippe ceux du roi Louis-Philippe, roi des Français qui vient de perdre ce fils Ferdinand.

Raphael : saint Léon face à Attila, Saint-Pierre de Rome

Raphael : saint Léon face à Attila, Saint-Pierre de Rome

A Saint-Pierre de Rome, Raphaël : le pape Léon à la rencontre d’Attila, source d’inspiration d’une scène de la mosaïque de l’arc triomphal  de Saint-Léon réalisé par Auguste Labouret                                 

  Les ferronneries :

Par Raymond Subes (1891-1970), le plus grand créateur de l’époque pour la ferronnerie d’art (meubles, rampes et balustrades dans de grands hôtels – hôtel Lutétia, des  paquebots – le Normandie, des hôtels de ville…) ; il allie le fer martelé et le cuivre. Barrières des autels (avec épis de blé et grappes de raisin pour le pain et le vin de l’eucharistie) et ambons (avec symboles des évangélistes, en tôles de cuivre découpées) qui sont ainsi presque transparents ce qui facilite la vue des officiants du chœur.

Fers forgés aussi, mais pas de Subes, dans les grilles des confessionnaux, les lustres de la nef (disparus et remplacés récemment), les garde-corps des tribunes (avec anges musiciens). Problèmes en 1940-44 : à cause de la forte pénurie de cuivre, livré aux Allemands pour leur industrie d’armement par le gouvernement de Vichy qui le  réquisitionne ou le taxe lourdement – « l’impôt métal », l’usage de ce métal pour des œuvres nouvelles est interdit ou soumis à des autorisations rarement accordées ; Pour surmonter ce problème, le curé prétend que les pièces de cuivre sont  anciennes, pieux mensonge,  en les laissant quelques mois en extérieur, dans la cour de la Maison des œuvres, soumises  aux intempéries et donc  un peu patinées ou vert-de-grisées.

 – Les vitraux :

Par Louis Barillet (1880-1948) à partir de 1928. L’artiste a déjà décoré des villas de Robert Mallet-Stevens (en particulier rue du docteur Blanche dans le 16e et impasse Vergennes qui débouche sur la rue de Vaugirard ; a décoré aussi  le pavillon de la ville de Paris à l’exposition des « art-déco » de 1925 et la villa Noailles à Hyères, dans le Var). Catholique pratiquant, il appartient à l’association (catholique) des Artisans de l’autel, mais travaille plutôt pour des commandes civiles. C’est un des maîtres-verriers ayant rénové l’art du vitrail dans les années vingt et trente.

La nef avec deux séries de vitraux

Deux séries de vitraux : bas, Barillet (années 30), haut, Labouret (années 40)

Saint Paul

Vitraux de Louis Barillet

Saint Paul, par L. Barillet

Saint Paul, par Louis Barillet

 

Saint Jean par L. Barillet

Saint Jean par L. Barillet

Harmonie des tons avec bleu jaune et ocre, formes fortement géométrisées

Il réalise des vitraux en « verre blanc américain », à reliefs variés, verres épais et de petit format. Belle série de dix ensembles de trois vitraux des bas-côtés, en blanc, jaune et bleu, avec deux figures (saint Paul et saint Jean) et des motifs géométriques accompagnés de symboles des sacrements (bas-côté gauche), de symboles inspirés des Évangiles et des instruments de la Passion (droite).  A côtés de cet ensemble bien harmonisé aux formes et couleurs de l’église, il réalise dans l’abside trois vitraux étroits (lancettes) pour la chapelle de la Vierge, néo-médiévaux, en bleu et rouge comme dans les cathédrales de Chartres ou Bourges (Mystères du Rosaire) ; ils sont mal assortis avec les couleurs des  mosaïques et avec les tons dominants de l’église ; leur but était  de masquer les rayons du soleil matinal et, pour répondre aux critiques de certains paroissiens nostalgiques, donner une touche médiévale à la chapelle de la Vierge, un lieu moins éclairé pour prières solitaires, individuelles.

Les vitraux hauts de la nef sont de l’atelier d’Auguste Labouret, l’auteur des mosaïques ; réalisés sous l’Occupation, époque de pénurie de matériau de qualité et de graves difficultés financières sources, ils sont cerclés de béton et pas de plomb, ils sont de verres peu épais ; mais, réalisés sous l’occupation allemande, ils représentent uniquement des saints français (manifestation de patriotisme dans un Etat soumis à l’occupant) ; ils  n’ont pas la qualité artistique de ceux de Louis Barillet et le curé-constructeur disait qu’un de ses successeurs, dans une France plus riche, pourrait un jour les changer…..

 – La statuaire :

En particulier par Henri Bouchard (1875-1960), prix de Rome qui a participé à l’Exposition de Arts décoratifs de 1925 ; il est l’auteur de la Vierge à l’Enfant, dans une mandorle, placée dans le cul-de-four de l’abside en 1931. Il réalisera en particulier la façade sculptée en haut-relief à  Saint-Pierre de Chaillot, avenue d’Iéna et l’Apollon de sept mètres de haut (cuivre martelé) de l’esplanade des Droits de l’homme au Trocadéro (Exposition universelle de 1937). La paroisse lui a en outre commandé en 1937 le chemin de croix (selon modèle déjà réalisé en d’autres lieux, dans plusieurs formats et matières), en pierre calcaire de Quilly ; sculpté directement dans les chapiteaux des bas-côtés, il est très stylisé et pur, centré sur les visages et les mains, mais peu éclairé. Sa carrière s’arrête à la Libération parce qu’il avait accepté d’assumer de grandes responsabilités corporatives dans l’Etat français de Vichy et avait effectué un voyage en Allemagne, à Weimar, en octobre-novembre 1941 à l’invitation d’Otto Abetz, ambassadeur allemand à Paris, et de Goebbels, chef de la propagande nazie, ceci avec plusieurs écrivains français collaborationnistes (Drieu La Rochelle, Brazillach, Abel Bonnard, Jacques Chardonne, etc.) ; à son retour, il avait fait des déclarations favorables au régime nazi qui furent publiées. Cependant la « Piscine » de Roubaix, musée de la sculpture « art-déco », a accueilli et reconstitue actuellement son atelier d’artiste avec plus d’un millier de maquettes en plâtre de ses œuvres, avec ouverture au public prévue en  2015 ; c’est la présentation unique d’un atelier d’artiste des années « art-déco », seul exemple en France d’un atelier complet de cette époque stylistique fort appréciée.

D’autres statues de l’église Saint-Léon sont acquises peu à peu, grâce à des dons et aussi, de 1940 à 1944, à des subventions de l’État français de Vichy (par la direction des Beaux-arts dirigée alors par le conservateur de musée Louis Hautecoeur), subventions réalisée en dérogation de la loi de Séparation des Églises et de l’Etat de 1905 ; le cadeau de Vichy est accepté car alors on manque de tout et les dons de paroissiens se font rares ; il s’agit du  Christ du Sacré-Cœur, du saint Joseph charpentier  avec l’Enfant Jésus, de Notre-Dame de Lourdes, de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, de saint Antoine de Padoue. Toutes ces statues, de Bouchard ou de sculpteurs peu ou moins connus, ont une belle unité de style, dans l’esprit art-déco de rigoureuse stylisation et raideur des formes.

 – Le mobilier en bois :

En chêne massif blond ; l’architecte Émile Brunet en a dessiné certains, afin d’homogénéiser l’ensemble : sièges du chœur, bancs  et  confessionnaux, bénitiers…

 – Les orgues :

Elles ont été acquises d’occasion à Dôle auprès du directeur de l’entreprise Cavallié-Coll (mais ce ne sont pas des orgues du grand facteur d’orgues Cavaillé-Coll) ; elles ne sont pas dans le style art-déco du reste de l’église et  en outre masquent un intéressant vitrail géométrique de Louis Barillet. C’est, avec les vitraux de style gothique de l’abside,  une des « fautes » de goût, un des rares défauts d’harmonisation de l’édifice, par ailleurs remarquable par son unité stylistique, qu’on apprécie ou non le style choisi par l’architecte.

 – Les cloches :

Payées par les fidèles, les 5 cloches sont bénites le 22 janvier 1933, avant l’achèvement complet du clocher, et ce jour sont distribués 3500 sachets de dragées. Parmi les parrains ou marraines, les jeunes filles du cercle Saint-Léon, les élèves de l’aumônerie et les scouts, les enfants des catéchismes et quelques notables. Une de ces cloches s’appelle Léone Jeanne (de saint Léon et sainte Jeanne d’Arc)

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Afin de financer la construction, quand la belle donation de Mme Léon Thelier s’avère insuffisante, le curé en charge de la paroisse en 1926, tout en s’adressant ponctuellement aux fidèles pour financer un objet déterminé, crée ce qu’on appelle toujours les Journées d’amitié de Saint-Léon, importante vente de charité se déroulant chaque année, actuellement sur quatre jours de février.

Pour les Journées d'amitié de Saint-Léon, 2015

Pour les Journées d’amitié de Saint-Léon, 2015

En résumé voici un monument dont l’intérêt tient d’abord à sa parfaite fonctionnalité, à son adaptation à l’accueil d’assemblées de fidèles, ensuite à sa grande unité de style, dans le style de son époque qui, en fait, n’a pas vieilli, le style « art-déco », même si l’abondance de la mosaïque et la présence d’une coupole en couverture du chœur lui donne aussi une certaine allure byzantine.


Bernard Richard d’après L’église Saint-Léon, sa construction et ses aménagements de Françoise Hamon, Le Lien, n° hors-série de mars 2000 (information essentielle) et  l’Historique de la construction de Saint-Léon par le chanoine Louis Maury, curé de Saint-Léon de 1929 à 1963, 1960 ; en outre Églises parisiennes du XXe siècle, dir. de Simon Texier, Action artistique de la ville de Paris, 1996.

Flèche de « Het Schip » (« Le Navire »), 1917, par Michel de Klerk, Amsterdam

Flèche de « Het Schip » (« Le Navire »), 1917, par Michel De Klerk, Amsterdam

Saint-Léon Copenhague     Stupa à Pagan

Palace Hotel à Copenhague,  Stupa, Pagan, Birmanie

dessin M. De K

Vue par l'est (2015)

La flèche vue par l’est (2015)

 

Vue par l’est (2015)

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