ambassade-chili

Sur une mission culturelle qui fait de la culture

Au Chili de Pinochet d’après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 et quand se sont achevées, vers fin décembre 1973, les principales actions de sauvegarde des réfugiés dans l’Ambassade et dans la Résidence de l’Ambassadeur Pierre de Menthon, vint le temps de l’ordinaire : Comment faire fonctionner un service culturel et de coopération technique quand très peu de Français acceptent de venir dans le Chili post-11 septembre ?

Avec ses nouveaux collaborateurs qui arrivèrent pendant l’été 1974, les Baudet pour l’enseignement du français dans l’Education publique chilienne, Roger Doutre-Roussel attaché de coopération technique arrivant de Mexico, moi-même nouvel attaché culturel venant de l’université parisienne, avec également quelques professeurs français déjà en poste au Chili comme Eric Dombre, de l’Institut chiléno-français de culture de Santiago, Marc Sabbah et René Dubois, professeurs au lycée de l’Alliance française, le conseiller culturel Roland Husson organisa une active présence culturelle française.

Par exemple quelques jours après mon arrivée, j’eus, en tant qu’historien,  à prononcer dans un grand cinéma de la capitale une conférence en espagnol expliquant les circonstances de la libération de Paris avant la projection du film « Paris brûle-t-il ? » parce que, en août 1974, le service culturel de l’Ambassade de France organisait, par des conférences, une exposition et un film, la commémoration de la libération de Paris (d’août 1944). Ensuite ce fut pour moi – sans capacités philosophiques ni théologiques spécifiques mais choisi comme catholique – une communication, à l’Université catholique de Santiago, pour l’ouverture  d’un séminaire de philosophie consacré au père jésuite Pierre Teilhard de Chardin, parce qu’aucun philosophe ni théologien n’avait accepté de venir de France.

Ainsi chacun d’entre nous « paie de sa personne », dans divers secteurs, pour présenter des aspects de la culture française. Politique active de substitution et de représentation organisée par le conseiller culturel. Sans parler du puissant effet protecteur joué par le patronage de l’Ambassade de France sur les expositions, les pièces de théâtre ; ni du rôle moteur joué par le même conseiller auprès de ses collègues des différents pays d’Europe pour refuser la censure des cinémathèques des Ambassades ; ou encore, dans le cas des lycées de l’Alliance française, le combat réussi pour faire accepter un statut d’« établissements expérimentaux » permettant que leurs directeurs français soient maintenus en place malgré une loi (loi du XIXe siècle remise en vigueur en 1975) qui imposait que la direction de tout établissement d’enseignement public ou privé ne soit confiée qu’à des citoyens chiliens…

Contacts maintenus avec artistes et intellectuels du pays qui “pensaient mal”, invitations en Europe de ces Chiliens qui cherchaient de l’air frais, présence physique dans divers événements culturels, c’est une active politique de présence culturelle qui s’organisa sous la tutelle du conseiller culturel. Le jeu fut difficile : aller au-delà de l’accepté sans aller jusqu’à la rupture et, du côté de la France, obtenir la venue de personnalités culturelles de qualité ou obtenir que des auteurs autorisent la représentation de leurs pièces de théâtre dans le « Chili de Pinochet » par des compagnies non compromises avec les nouvelles autorités chiliennes. Et encore d’autres choses qu’il vaut mieux ne pas révéler…

C’est ce que fit durant quelques années l’équipe dirigée par Roland Husson et à partir de 1976 par son successeur Michel Raymond, protection et action culturelle directe.

 Bernard Richard, attaché culturel de l’Ambassade de France au Chili de 1974 à 1977.

Saint-Sulpice et Voltaire : le bronze pendant l’Occupation, 1940-44

Article suivant »

Un  Chili ou deux ?