Cloche et sirène (Mairie de Mont-Saint-Sulpice)

Les Cloches dans l’Yonne : Cloches municipales, cloches républicaines ?

Dans le département de l’Yonne, la conquête républicaine du monde rural sous la Troisième République commençante est en particulier figurée et visualisée par la construction de nombreuses mairies à campanile, à clocheton garni d’une cloche, que le bâtiment soit mairie ou mairie-école.

Certes leur construction a commencé avant 1870, sous la monarchie de Juillet ou le Second Empire, et il s’agit le plus souvent d’une cloche accompagnant une horloge, en ces temps de modernisation des communes et de développement du pouvoir municipal. Mais la prolifération des horloges, cloches et campaniles municipaux  dans les communes rurales date bien de la Troisième République.

Ajoutons que c’est sous cette république à tendance anticléricale forte que toute mairie à clocheton est désormais volontiers ressentie, tant par les partisans que par les adversaires de ce régime, comme une réponse ou un défi à l’église de la commune, un « temps municipal » s’ajoutant à celui donné par l’église ou le remplaçant.

Alors que les cloches des églises sont le plus généralement cachées dans leur clocher, invisibles derrière murs, toiture et abat-sons, cloches que l’on entend sans les voir, celles des mairies sont le plus souvent parfaitement visibles dans leur clocheton largement ajouré ; elles proclament ainsi leur présence autant visuellement que, occasionnellement, par leurs  sonneries : la vue, tout comme l’ouïe, est servie.

Nous les avons observées personnellement sur trente et trois mairies : celles d’Aubigny, Bouilly (cloche surmontée d’une girouette), Cerisiers, Cézy, Chailley, Charbuy, Charny (ancienne mairie édifiée au dessus de la halle de 1834, avec cloche et campanile surmontant la toiture), Commissey, Coulanges-sur-Yonne, Courlon-sur-Yonne, Courson-les-Carrières (trois cloches dans le campanile de 1909), Cruzy-le-Châtel, Cussy-les-Forges, Cuy, Dyé, Gisy-les-Nobles (trois cloches), Jaulges, La Celle-Saint-Cyr, Les Sièges, Levis, Lézinnes, Mailly-le-Château, Migennes, Mont-Saint-Sulpice, Ouanne, Prégilbert, Saint-Agnan, Saint-Florentin, Sens, Sormery, Soucy, Toucy (trois cloches superposées dans un étonnant campanile néogothique à deux étages, perché peu esthétiquement au dessus d’un fronton néoclassique), et Vézannes. À ce jour, nous avons repéré, dénombré des cloches, avec ou sans campanile, dans cent communes du département, c’est-à-dire dans une  commune sur cinq environ, et il en existe sans doute quelques autres encore[1]. Cette multiplication des cloches de mairies ne serait-elle pas un peu comme une réponse à la  fringale de cloches des églises des décennies antérieures, du Premier au Second Empire, la réponse du berger à la bergère, du maire au curé, du conseil municipal au conseil de fabrique. Pas toujours, mais parfois ; ajoutons que, dans les nombreuses mairies-écoles, la cloche est un élément important pour le fonctionnement et le prestige, la visibilité de l’école publique, la « laïque ».

Nous avons mené une enquête de terrain, in situ et dans la documentation disponible ; en outre plusieurs maires nous ont apporté un appui précieux, en répondant à notre questionnaire.

Tout campanile orné de sa cloche laïque, réalisé ou rêvé, rappelle, de près ou de très loin, celui de l’Hôtel de Ville de Paris (en fait à Paris, le campanile est pourvu de deux étages de cloches), le modèle, incendié en mai 1871 sous la Commune mais dont on se souvient et qui est vite reconstruit à l’identique ou presque, de 1874 à 82, en style néo-Renaissance, la Renaissance symbolisant ici le progrès de l’esprit après les « siècles obscurs du Moyen Âge ».

Bien évidemment, la cloche municipale est installée et inaugurée par les autorités civiles sans baptême religieux ni bénédiction mais souvent avec d’éloquents discours.

Soulignons aussi, et paradoxalement,  que cette cloche de mairie reprend aussi la tradition médiévale et d’Ancien Régime de la cloche de la tour civile, du beffroi municipal, laïque, qui depuis fin XIIe-début XIIIe  répondait à celles de l’église : émancipation des communes qui se dégagent de l’emprise du seigneur, laïque ou ecclésiastique. Ce beffroi, en général à cloche et horloge, était bien un symbole des libertés municipales, symbole hautement visible, éloquent, sonore. La cloche municipale a par ailleurs donné naissance à l’expression de « noblesse de cloche » qui qualifiait, sous l’Ancien Régime, les anoblis par charges municipales.

Le beffroi d’Auxerre, appelé tour de l’Horloge, est un bon exemple des beffrois municipaux, laïques, dans les pays de l’Yonne, avec sa grande horloge surmontée d’un campanile maintes fois remanié (la dernière fois en 1891-92) mais symbolisant toujours les libertés communales face au comte et à l’évêque.

Fin XIXe, cette cloche et son campanile participent, dans le registre visuel et sonore, à la républicanisation de l’espace, à côté des mairies elles-mêmes, des statues de Marianne ou de  « grands hommes » locaux ou nationaux, de fontaines décorées et d’autres monuments en espace public ou constructions nouvelles comme les « palais scolaires », ces écoles de belle taille à l’architecture éloquente, et des bâtiments publics tels que les bureaux de poste, les gares, les caisses d’épargne, les lavoirs qui illustraient désormais le lien unissant la République au Progrès ; à côté encore des inscriptions peintes ou en relief portant la devise républicaine ou le monogramme RF ; enfin à côté des nouvelles appellations bien républicaines données, au moins en ville, aux artères et places (de la République, du 14 Juillet, du 4 Septembre, Gambetta, Victor-Hugo, Carnot, Pasteur…). Tous ces éléments du paysage sont une prise de possession, un marquage du territoire de la commune par le pouvoir municipal laïque, comme par la République.

La cloche logée sur le toit de la mairie, avec ses sonneries purement civiles, vient concurrencer et défier  symboliquement celle (ou celles) du clocher de l’église et si, pour l’Église, toute cloche est consacrée, celle de la mairie, profane, est d’une certaine façon profanatrice. Cette cloche a cependant parfois l’avantage d’atténuer les conflits pouvant  opposer le maire au curé dans l’utilisation civile des cloches de l’église. Ainsi le maire peut-il faire tinter sa cloche, municipale, par exemple pour scander les heures à l’horloge de la mairie, ou pour le 14 Juillet, pour les diverses festivités locales ou nationales, voire lors des élections ou encore, ce qui est bien plus conflictuel, pour les mariages ou enterrements uniquement civils. Il s’agit cependant surtout de cloches d’horloge ou d’école, de faible poids, sans « baptême » ni inscription, bien moins sonores que les cloches des églises, ces dernières étant toujours utilisées par le maire en cas de catastrophe, pour sonner le tocsin (incendies, inondations, tempêtes, invasions étrangères, brigands…), ou pour fêter un événement national heureux, une grande célébration, une victoire…
Les exemples ne manquent pas, que nous allons égrener en chapelet.

À Bussy-le-Repos aurait du être construite une mairie modèle. La mairie idéale, la mairie que rêve de s’offrir toute commune rurale, n’est-elle pas ce bâtiment à campanile abritant une horloge et une cloche ? On dispose comme illustration, sinon pour preuve, du projet dessiné en 1881 pour la municipalité de Bussy-le-Repos, afin de remplacer la maison particulière acquise en 1861 et désormais trop étroite et vétuste. Les plans de cet ambitieux projet, conservés dans les archives municipales, présentent une façade de mairie ornée d’un clocheton Renaissance, façade très parlante à cloche et horloge. Hélas ! Le budget municipal, trop maigre, ne permet que la réalisation d’un bâtiment plus modeste, plus sobre, sans campanile et orné seulement, sur le haut de sa  façade en pignon, du monogramme RF et de deux grandes céramiques émaillées à gerbe de blé et coquelicot encadrant l’inscription « Mairie de Bussy-le-Repos »[2]. Si dans l’Yonne, environ une mairie sur huit dispose d’une cloche et d’un clocheton, la proportion est bien plus forte dans les rêves des édiles républicains.

À Ancy-le-Franc, on trouve le même phénomène de mairie rêvée. Après un incendie survenu en 1912 qui dévasta le local de la mairie, le projet sélectionné à l’issue d’un concours d’architecte pour la construction d’un nouveau bâtiment comportait un campanile avec une cloche. Une carte postale représentant ce projet avait même été éditée. Le projet sélectionné n’a jamais vu le jour, pour des raisons financières, et la commune a préféré acheter un bâtiment existant pour y abriter ses services. La commune voisine, celle d’Ancy-le-Libre, a bien quant à elle sa cloche, timbre de l’horloge municipale [3].

À Charbuy apparaît une accumulation de signes : sur la mairie-école (construite en 1852-55), une grande horloge très décorative et une cloche ; dans cette commune, une association de libres penseurs (fondée en 1884, « œuvre de préservation sociale contre le cléricalisme » selon ses statuts), et bien sûr dans le cimetière plusieurs tombes à motifs caractéristiques de la libre pensée[4] ; un Musée cantonal, instrument de diffusion culturelle et de propagande républicaine[5] ; pour l’inauguration des travaux d’agrandissement de la mairie-école, le 22 août 1909, présence du préfet, du sénateur radical Bienvenu-Martin, ancien ministre de l’instruction publique et des cultes, et du député radical Millaux ; l’église, en très mauvais état dès les débuts de la Troisième République à cause d’un affaissement des voûtes, est fermée pour raisons de sécurité en 1909 et les travaux nécessaires de restauration ne seront effectués qu’en 1934-35, aux frais des seuls fidèles et du curé : la municipalité, propriétaire en application de la loi de Séparation de 1905 signée par Bienvenu-Martin, refuse depuis 1909 de participer à la moindre dépense[6].

À Gy-l’Évêque, la première question posée a été, dès août 1875, celle de l’acquisition d’une cloche pour « réunir les enfants des écoles » (dans une mairie-école), cloche pour  laquelle un propriétaire-cultivateur avait proposé d’offrir 250 F ; mais le coût réel atteint 1040,50  F pour  la cloche (400 F, cloche de la maison Lecull et Daperon frères, d’Amiens) et la construction du beffroi qui doit l’abriter, au dessus de la mairie, selon les budgets de 1876. Courant 1878, les travaux sont achevés, la cloche installée. La même année vient s’ajouter le vote de l’acquisition et de l’installation, dans le même beffroi, d’une horloge publique, avec son mécanisme, son cadran, ses poids, afin de répondre aux vœux  exprimés à différentes reprises par la population : environ 1 300 F, les 300 F manquant au budget devant être inscrits à celui de 1879 au chapitre des dépenses extraordinaires. Ainsi fallut-il plusieurs années pour que cette petite commune puisse se doter de l’ensemble complet cloche-horloge sous beffroi permettant de sonner à la fois les heures pour tout le monde et les entrées et sorties de classe, voire les réunions du conseil municipal…[7]

À Lavau, comme dans certaines autres communes, la cloche porte un nom, ou plutôt un surnom : on l’appelle la Marlotte, car elle fut installée en juin 1891  par le maire M. Marlot (maire de 1890 à sa mort en 1899) ; c’est ici comme un défi narquois aux noms de baptême religieux des cloches d’église. Elle est placée dans le campanile construit au dessus de la mairie, en chêne et zinc,  pour elle-même et pour une horloge à quatre cadrans émaillés. Cette belle horloge, commandée à M. Arsène Crétin, horloger à Morbier, a fonctionné jusqu’en 1986 ; la Marlotte, de 50 kg, aurait  pendant presque un siècle sonné 13 500 000 coups selon les calculs précis effectués par  l’historien local[8]. En tout cas elle semble avoir été tout aussi respectée et vénérée sur place qu’une cloche d’église bénite.

À Courson-les-Carrières, le conseil municipal, républicain, radical-socialiste, décide le 19 novembre 1906 de construire une mairie-école, en particulier pour étendre les écoles, pour filles et pour garçons,  hébergées jusque là dans le « château » (anciennement propriété des Chastellux, puissants seigneurs) un peu en ruines. L’opposition municipale regroupant une partie des habitants qui souhaitaient conserver « l’intégralité de leur unique monument communal » adresse en mai 1907 une pétition au préfet : « La démolition partielle du château, notamment de la tour carrée, ancienne porte à pont-levis, entrée primitive du château,  est un pur acte de vandalisme inutile que ne peut justifier aucun motif sérieux ». Mais les démolitions et transformations sont autorisées par la préfecture. La municipalité fait détruire l’aile nord du château, trop vétuste, « par mesure de prudence et de salubrité » (il y aurait des lézardes et de nombreux nids de rats…) à partir d’avril  1908 et lance la construction de la mairie-école appuyée sur la partie sauvegardée du château. Début septembre 1909, pour la traditionnelle fête patronale, tout est prêt. L’inauguration solennelle de l’école a lieu le dimanche 5 et celle de la mairie le mardi 7 septembre. La mairie a son campanile de trois cloches et une horloge. Ce sont déplacés les maires de  trois villages voisins ainsi que l’illustre député socialiste Zéphyrin Camélinat, natif de Mailly-la-Ville, village voisin, et surtout Albert Gallot, député radical-socialiste de l’arrondissement et directeur du journal radical  L’Yonne ; il est venu acompagné du rédacteur en chef de son journal qui rendra compte éloquemment de ces glorieux événements. Les trois cloches, bien en vue, sonnent les heures (avec la plus grosse, de soixante-quinze kg), les demis et les quarts d’heures. Un sens très particulier est donné à l’inauguration de cette mairie à campanile par l’inclusion d’une cérémonie spécifique, laïque et anticléricale : le baptême civil en mairie non pas des trois cloches mais de six enfants de deux familles dont les chefs étaient libres penseurs. Courson-les-Carrières est proche Châtel-Censoir et de Taingy, communes dotées chacune d’une très active association de libres penseurs fondées respectivement en 1882 et 1885. L’historien de cette commune, Jacques Roart, à qui nous devons ces développements, décrit bien la place faite à la libre pensée à cette occasion : « Un cortège précédé de la Joyeuse [la fanfare municipale] alla chercher les enfants à leur domicile, pour les accompagner à la mairie où le maire Olivier, ceint de son écharpe, les attendait. Après qu’il eût prononcé la formule d’usage, il fit un discours à la gloire des libres penseurs et la fanfare joua la Marseillaise. Un lunch préparé par l’hôtelier Gueuble fut servi dans la grande salle de la mairie, et on distribua des dragées. À la fin de la cérémonie, le cortège reconduisit les enfants, avec leurs parrains et marraines, à leurs domicile toujours au son des clairons et tambours de la Joyeuse »[9]. C’est là un témoignage du bel accueil, tout laïque et libre-penseur fait à cette mairie et à ses cloches. Déjà en novembre 1907, pour la pose de la première pierre, l’avocat parisien Émile Laurent, membre du comité exécutif du parti radical-socialiste avait prononcé un grand discours à la gloire des œuvres de la  République.

 À Blacy en revanche la cloche, qui date de 1913,  est installée plus sobrement, essentiellement à l’usage de l’école mitoyenne et sans déclaration anticléricale.

À Jaulges, c’est la cloche de l’horloge de la mairie qui rythme la vie du village, sonnant chaque jour tous les quarts d’heure tandis que les cloches de l’église ne sonnent que pour les offices religieux :le temps civil plus marqué, plus présent que le temps religieux.

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À Mont-Saint-Sulpice existe un orgueilleux campanile municipal de belles dimensions, avec une horloge et une cloche bien en vue depuis décembre 1880, aux débuts de « la République des républicains ». L’abbé Petit, curé du village depuis trente ans, s’interroge dans le registre paroissial, acceptant la nouveauté tout en écrivant sur un ton dubitatif : « Cette année on a inauguré l’hôtel de la république, la mairie, on dit qu’elle a couté 100 000 f, peut être moins. Elle est élevée à l’emplacement de 3 à 4 maisons. L’horloge paroissiale a trouvé une concurrente avec l’horloge de la république, elles s’accordent sûrement, l’une avec l’autre. Y a-t-il détournement ? »[10].

Chailley, mairie de 1867, clocheton et horloge à<partir de 1910

Chailley, mairie de 1867, clocheton et horloge 1910

 

Quelques mairies de l’Yonne à haut campanile (ici Chailley, Courson, Sormery)  

Quelques mairies de l’Yonne à haut campanile (ici Chailley, Courson, Sormery)

À Bœurs-en-Othe, une cloche républicaine bien conflictuelle

C’est l’inscription de « République Française » et de ses atours qui pose problème à  Bœurs-en-Othe, avec une histoire qui occupe une place de choix dans la riche rubrique des cloches républicaines de l’Yonne. C’est l’histoire étonnante, et instructive, de la nouvelle cloche prévue pour l’église de cette  commune des marges de la Forêt d’Othe, commune dans laquelle la libre pensée se taille une grande place à la fin du XIXe siècle. Compte tenu des éléments du dossier dont nous disposons, il y a rupture complète entre d’une part le maire et son conseil municipal, d’autre part le curé et le conseil de fabrique. Les termes inscrits dans le registre des délibérations du conseil municipal sont éloquents sur cette rupture : 22 avril 1899,  « il [le curé] ment » ; 7 juin 1900, « il est absolument impossible de s’entendre avec le Conseil de fabrique   sur cette affaire »[11].

En avril 1899, quand cette rupture semble consommée, le conflit porte sur l’inscription à porter sur la nouvelle cloche et sur le financement de celle-ci : soit le budget de la commune prendra à sa charge la refonte de la cloche de l’église, et qu’en tel cas elle imposera sur la cloche une inscription purement laïque et républicaine, soit cette réfection sera à la seule charge du conseil de fabrique, qui en tel cas souhaite faire apposer l’inscription religieuse traditionnelle (noms des parrain et marraine, etc.) devant accompagner le baptême de la cloche.

Le conflit n’est pas né de la seule refonte de cette cloche, cassée début 1899. Déjà en 1874, le maire de ce village, Cyrille Guerrey (maire républicain depuis 1871), en plein époque d’ordre moral, avait été dénoncé au préfet par l’archevêché de Sens pour avoir honoré de sa présence un enterrement civil, un « enfouissement » dit la lettre, et pour avoir ceint son écharpe tricolore à cette occasion. Les gendarmes enquêteurs, bienveillants ou même complices, innocentent le maire en affirmant que celui-ci se trouvait tout à fait par hasard dans le cimetière à ce moment[12]. En fait pourquoi l’attitude de ce  maire républicain ? A-t-elle des racines dans les périodes antérieures ? En tout état de cause, la municipalité inaugure en 1889, pour le Centenaire, une belle mairie-école à campanile imposant et ostentatoire, cloche et horloge juste en face de l’église du village, œuvre de l’architecte Poulain, de Joigny.

En 1899, selon les statuts déposés à la préfecture de l’Yonne, « il est formé  à Boeurs-en-Othe une Société dite de Libre Pensée entre les citoyens qui adhèrent aux présents statuts ; l’association portera le titre de  » l’Union de Bœurs-en-Othe ». Le siège de la société sera à la Mairie » (article 1). « L’Union de Bœurs-en-Othe, institution essentiellement anti-cléricale, a pour principe la liberté absolue de conscience… » (art. 2). La devise de cette société est « Liberté, Égalité, Solidarité » ; les statuts de l’Union de Bœurs-en-Othe usent souvent de termes particulièrement vifs. L’article 4 est ainsi rédigé : « Le libre penseur a pour devoir en toutes circonstances de combattre le charlatanisme des religions… ». Ces statuts exigent que ses membres ne fassent pas baptiser leurs enfants et ne fassent fréquenter à ceux-ci que l’école laïque, avec radiation de droit en cas d’infraction à ces obligations. Ils sont bien  détaillés à propos des enterrements : « La société assure en cas de décès à chacun de ses membres un convoi uniforme [en opposition aux pratiques ecclésiastiques qui prévoient plusieurs classes d’enterrement, plus ou moins onéreuses]. Une couronne d’un prix uniforme pour tous les membres sera offerte au nom de la société […] Tous les sociétaires devront assister aux funérailles ; en cas d’empêchement, le sociétaire doit prévenir le Président ou se faire excuser. Tout sociétaire qui ne se conformera aux conditions mentionnées ci-dessus sera passible d’une amende de 2 francs  » (art. 31 et 33)[13] .

Non seulement le maire de 1899, Arsène Fandard, est membre de cette société de Libre Pensée, aux côtés de vingt-trois autres membres, mais, comme nous l’avons vu, le siège de la société est installé à la mairie[14]. Le parti adverse  pourrait parler de collusion.

L’année même de la création de cette association de libres penseurs, le conflit éclate ente le maire, libre penseur, et le curé, entre le conseil municipal et le conseil de fabrique, à propos d’une des trois cloches de l’église, fêlée et à refondre. Le sous-préfet de Joigny, en date du 9 avril 1899, transmet au maire une demande du conseil de fabrique de la paroisse relative à la refonte de cette cloche de l’église, cloche descendue et entreposée depuis quelque temps dans la mairie à l’initiative du conseil municipal. Celui-ci, dans les considérants de la décision qu’il prend du 22 avril 1899 à l’occasion d’une séance extraordinaire, dénonce le curé en termes très vifs :

« Considérant

Que Mr Rey, bineur [curé de deux paroisses voisines, dont celle de Bœurs] de la Commune de Bœurs et secrétaire du Conseil de fabrique, a outrepassé ses droits en descendant une cloche et en traitant avec un fondeur, sans en avoir au préalable reçu l’autorisation de Mr le Maire,

Qu’il ment [nous soulignons] en disant avoir convenu avec Mr Adenin, adjoint, des conditions et du prix de refonte de la dite cloche,

Que Mr le Maire a bien agi en ordonnant le transfert de la cloche fêlée de l’église à la Mairie

Que d’ailleurs il y était autorisé par le Conseil Municipal,

Que Mr le curé Rey et le Conseil de fabrique n’ont absolument rien à voir dans cette question, les cloches étant la propriété de la Commune,

Que le Conseil municipal ne tolèrera jamais l’ingérence des fonctionnaires de l’autorité ecclésiastique dans les questions communales sous quelque prétexte que ce soit ».

La cloche est donc présentée par le conseil municipal comme « propriété de la Commune » et relevant de la seule compétence de celle-ci, ce qui n’est pas conforme, pour son utilisation,  aux usages généralement reconnus par le Concordat de 1801 et par la loi municipale en vigueur, loi d’avril 1884. Le statut des cloches fixé par les articles 100 et 101 de cette loi prévoit en effet  que les affaires relatives aux cloches doivent faire l’objet d’un règlement concerté entre curé et maire parce que « les cloches des églises sont spécialement affectées aux cérémonies du culte » et que « les sonneries religieuses comme les sonneries civiles [font] l’objet d’un règlement concerté entre l’évêque et le préfet ».

La décision pris par le conseil municipal ce même 22 avril 1899 fait preuve de forts sentiments d’hostilité à l’encontre du curé :

«  Le Conseil municipal refuse catégoriquement par 8 voix contre 2 et 1 abstention le concours de Mr le curé Rey bineur de Bœurs ainsi que celui du Conseil de fabrique pour la  refonte de la cloche
        Décide en outre que la Cloche portera l’inscription suivante :
        République Française – Liberté, Égalité, Fraternité.
Je me nomme la Bourguignonne, j’ai été fondue en 1899 par le Conseil municipal de la Commune de Bœurs  
».

Suivent les signatures des dix conseillers présents, y compris celles d’Arsène Fandard, maire [maire républicain, depuis 1876 et jusqu’en juillet 1901] et de Zozime (sic) Adenin, adjoint au maire. La situation ainsi créée est explosive et entraîne un recours du conseil de fabrique de l’église de Bœurs auprès du sous-préfet de Joigny pour proposer une inscription différente et tenter de faire revenir la municipalité sur ses inscriptions « républicaines » et non pas religieuse. Le patronyme du maire, Fandard, apparaît déjà à Bœurs sous l’Ancien Régime (par exemple au XVIIIe, un marchand, un recteur des petites écoles en 1747, un recteur des écoles en 1779 puis 1793) ; un Jean Fandard, officier public, est élu maire le 20décembre 1793, un Gabriel Fandard adjoint au maire en l’an V (sept.1797-sept.1798), le même, à nouveau adjoint, prête serment de fidélité à l’empereur le 20 avril 1815, pendant les Cents Jours. La famille Fandard serait-elle républicaine ou libérale depuis la fin XVIIIe ? Mais voici encore un Nicolas Fandard adjoint au maire en 1821 : un  parent du maire de la Révolution ou un simple homonyme ? En 1901, la tombe du maire Arsène Fandard, mort le 2 juin, est un simple obélisque et celle d’un autre Fandard, décédé la même année est surmontée d’un triangle équilatéral[15].

Lors de sa session de mai 1900 (en fait en date du 17 juin), le Conseil municipal (que le maire « invite à prendre une décision ferme à ce sujet ») n’a pas fléchi devant les pressions réitérées du sous-préfet et maintient sa décision première par six voix contre trois et un bulletin blanc sur dix votants (deux absents) :

« Considérant qu’il est absolument impossible de s’entendre avec le Conseil de fabrique sur cette affaire,
   Décide par six voix contre trois et un bulletin blanc sur dix votants que la cloche sera refondue aux frais de la Commune et qu’elle portera l’inscription arrêtée dans la réunion du 22 avril 1899 et
    Prie Mr le préfet de bien vouloir autoriser cette refonte » [suivent les six signatures, identifiables]
Cependant la minorité du conseil fait inscrire son avis, différent, au bas du même compte rendu :
« Les soussignés Conseillers municipaux [suivront quatre signatures, identifiables],
 Considérant que le Conseil de fabrique s’engage à faire refondre ladite cloche et à  la faire remettre à sa place primitive, 1- Du même poids, 2- du même métal, 3- et sans aucune contribution des habitants,
 Acceptent les propositions faites par le Conseil de fabrique. »

L’inscription de ce voeu sur le registre municipal manifeste les divisions existant au sein du conseil, mais la décision est prise par la majorité et l’avis formulé par la minorité « cléricale » n’a aucun effet.

Par deux fois, le Conseil municipal maintient sa décision, en août 1900 (Vu la délibération du Conseil de fabrique en date du 19 juillet dernier et la lettre de Mr le préfet de l’Yonne du 4 présent mois, Maintient ses délibérations du 22 avril 1899 et 17 juin dernier) et le 14 février 1901 (…Maintient ses délibérations antérieures). Ajoutons que lors de la séance du 14 février 1901 et sur proposition du nouvel adjoint Appolinaire (sic) Lacroix (!), il décide également  d’« interdire le port de la soutane sur le territoire de la commune ». D’après le Bulletin de la Fédération française de Libre Pensée de mai 1901, sur trente-deux maires ayant pris dans l’année un arrêté interdisant ou limitant le port de la soutane sur le territoire communal, sept sont de l’Yonne, soit près d’un quart des arrêtés similaires adoptés en France[16]. Une forte tension se manifeste donc à Bœurs mais ce n’est  pas alors un cas isolé dans le département.

En revanche en avril ou mai 1901, après étude d’une nouvelle intervention du sous-préfet accompagnant une délibération du conseil de fabrique en date du 9 avril proposant un autre texte pour l’inscription, le conseil municipal doit céder partiellement :

         « Décide par cinq voix contre une, un bulletin blanc et deux abstentions
           Que la cloche sera refondue, absolument nue, sans aucune espèce d’inscription. »

Sans que cela soit précisé dans cette délibération, il apparaît par le contexte que cette refonte s’effectuera aux frais du seul conseil de fabrique et sans aucun financement communal. Les proclamations républicaines profanes (profanatrices ?) prévues à l’origine sur la « robe » de la cloche par le conseil municipal n’orneront donc pas cette cloche d’église. Peu après, le maire décède, le 2 juin 1901 et il semble que son successeur élu en juillet, Étienne Normand, soit un peu moins raide face à l’Église bien qu’il ait conservé comme adjoint celui qui avait proposé, et obtenu, l’interdiction du port de la soutane dans la commune.

Le conseil municipal mène désormais un combat d’arrière-garde. En effet, dans sa séance extraordinaire du 31 août 1901, le conseil municipal,

« Considérant qu’il y a danger à sonner une cloche, attendu que la poutre principale [supportant les cloches] est totalement cassée,
Qu’il serait très imprudent de procéder à la remonte de la nouvelle cloche avant que des travaux de consolidation soient effectués,
                                                          Délibère
La remonte de la nouvelle cloche sera ajournée jusqu’à ce que les travaux de consolidation de la charpente du clocher seront effectués ».

Cette constatation de cette fragilité du clocher entraîne le vote d’un arrêté municipal placardé sur la mairie interdisant de sonner. Le sonneur, pour avoir contrevenu dix fois à l’arrêté avec les autres cloches de l’église, se voit infliger, par procès verbal du garde champêtre, une amende de dix francs (un franc la sonnerie !), amende confirmée par le juge de paix de Cérisiers ; il fait appel et, le 5 février 1902, ce premier jugement est cassé par le Tribunal correctionnel de Joigny, en particulier parce que le maire avait fait établir l’expertise du clocher par un charpentier et pas par un architecte, ainsi que parce qu’il n’avait pas notifié l’arrêté d’interdiction au conseil de fabrique : petit succès du curé dans cette âpre querelle entre maire et curé[17].

Entre procrastination et tergiversations, le conseil municipal ajourne les réparations du clocher. Le 1er  décembre 1901, il doit encore se réunir pour étudier une lettre du préfet datée du 26 octobre « par laquelle le Conseil municipal est mis en demeure de voter les fonds nécessaires auxdites réparations ». Alors que d’avril 1899 à avril 1901 le conseil municipal souhaitait avec obstination prendre à sa charge la refonte de la cloche (pour y inscrire le texte républicain prévu) et donc disposait des fonds nécessaires, en décembre 1901 il tergiverse encore et

                                                          « Décide
 De faire dresser un devis estimatif des travaux à exécuter, par M. Marc, maître charpentier demeurant à Villeneuve-l’Archevêque ;
Et se réserve de se prononcer après avoir pris connaissance du devis et du montant exact des réparations »,
et il poursuit :
« Considérant en outre que la commune est absolument dénuée de ressources [nous soulignons], et connaissant l’urgence des réparations, Prie la Commission départementale de vouloir bien lui allouer une subvention destinée à amortir le sacrifice qu’il consentirait à s’imposer ».

En fait il apparaît qu’en 1900, le budget de la commune disposait d’un excédent de 4 025, 98 francs, somme sans doute suffisante pour engager la réparation du clocher.

Ce n’est qu’en janvier 1902 qu’il accepte enfin de faire exécuter, à ses frais, les travaux nécessaires au clocher. Mais dans le même mois, par une autre délibération,

« Le conseil, respectueux des libertés de conscience, décide l’enlèvement des croix et calvaires dans le cimetière et terrains communaux »[18].

Nous savons que ce type de décision, tout comme celles concernant l’interdiction du port de la soutane ou celle des processions, est bien dans l’air du temps, celui qui règne dans l’Yonne à l’approche de la loi de séparation des Églises et de l’État[19].

Il apparaît donc qu’une cloche manque à l’église de Bœurs au moins d’avril 1899 à janvier 1902, soit pendant plus de deux ans et qu’en outre il est interdit de faire sonner les deux autres, valides, depuis août 1901. On peut subodorer que, loin de s’en plaindre,  l’« Union de Bœurs-en-Othe, association essentiellement anti-cléricale » dont le maire est membre actif,  se félicite des obstacles et retards aux réparations.

Ajoutons que quelques années plus tard, en mai et juillet 1903, le conseil municipal décide de contracter un emprunt de 2000 F pour faire construire un abri municipal pour un corbillard et que ce dernier est acquis en août ; cela s’explique dans une commune ayant de nombreux libres penseurs qui se voyaient sans doute refuser l’usage du corbillard de l’église pour leurs obsèques civiles.

Si la tentative menée par la municipalité de Bœurs-en-Othe pour imposer à l’église du village une cloche à inscriptions glorieusement républicaines échoue, elle marque les fortes tensions existant alors ici, entre d’une part le curé et les catholiques pratiquants, d’autre part le maire et les membres de l’association locale de libre pensée.

L’inscription « La République Française – Liberté, Égalité, Fraternité » figure fréquemment  sur la façade des mairies mais elle n’apparaît pas sur les  cloches des églises ; les usages sont donc finalement respectés à Bœurs-en-Othe.

À Chailley, également en Pays d’Othe, la mairie est construite en 1861,  sans clocher. La construction du haut clocher et de son horloge est effectuée en 1910, grâce au Comité de la Cavalcade de cette année qui « accepta de mettre à la ²disposition du Conseil Municipal une somme de 200 F à condition d’affecter cette somme à la construction d’une horloge communale à sonnerie ». C’est bien pour sonner « l’heure républicaine »… (voir).[20]

À Cussy-les-Forges, c’est en 1929 seulement que sont installées, pour la mairie-école, une horloge et sa cloche de 52 kg, le tout venant de la société Terraillon et Cie, de Perrigny près Lons-le Saulnier (Jura) et offert par Mme Leriche, en souvenir de son mari et de son beau-père, docteur du village. Pas de parrain ou marraine, mais une donatrice qui s’identifie. Le mouvement de « sonorisation » des mairies, bien engagé au XIXe siècle, se poursuit donc tardivement : c’est même en 1955 qu’à Varennes une  cloche est installée sur le toit de la mairie [21].

À Soucy, sur la mairie qui porte en façade l’inscription « 1880 », la cloche du campanile est revêtue de l’inscription suivante : « M. Prosper Carré et Mme Marie Masson son épouse ont fait don de cette cloche et horloge à la commune de Soucy en l’année 1900. Cretin (horloger à Morbier, Jura) » et sur le bélier de la cloche : « Fonderie St Bernard A. Farnier (Dijon) ». En général pas de parrains pour les cloches de mairie, mais ici les noms des donateurs, gravés, y suppléent[22]. 

À Véron, Anatole Paillot (1869-1938), natif du lieu et bientôt conseiller général du canton de Villeneuve-sur-Yonne, perd son épouse en 1922. Il rédige bientôt un testament et y couche une donation en faveur de la modeste mairie de son village natal afin que celle-ci acquière deux cloches et les place dans le campanile à construire ; il s’agit, implicitement, de faire pièce à l’église locale déjà dotée de deux cloches et située de l’autre côté de la place principale[23].

Paillot, directeur d’école publique, est en effet un radical-socialiste bon teint, anticlérical, franc-maçon dans un grade élevé à l’Orient de Sens ; il veut une belle mairie, bien parlante et donc sonorisée. Il choisit même le nom des deux futures cloches : la Bezançonne (car sa mère, véronaise également, est née Estelle Bezançon) et la Parpaillote (car cet Anatole Paillot est de vielle souche protestante -et protestataire). Voilà, sans cérémonie, des cloches civiles « baptisées ». Une clause prévoit cependant que ladite donation ne prendra effet qu’après le décès de la vieille cousine qui tient désormais son ménage de veuf ; celle-ci joue fidèlement son rôle mais survit fort  longtemps à son illustre cousin. Tant et si bien que la mairie doit attendre patiemment sa disparition (qui ne survient que dans les années 1950) pour que la donation, non écornée, soit enfin effective : le conseil municipal, tout en acceptant la somme, décide après délibération de l’affecter à l’acquisition non pas des deux cloches prévues mais d’une puissante sirène répondant mieux désormais aux besoins de la municipalité. Cette sirène est toujours en place, sans nom de baptême. L’histoire, à tonalité musicale et politique, nous a été contée par Jean-Luc Dauphin, à la fois lointain successeur d’Anatole Paillot en tant que conseiller général et son futur biographe[24].

Cloche et sirène (Mairie de Mont-Saint-Sulpice)

Cloche et sirène (Mairie de Mont-Saint-Sulpice)

Certaines cloches de mairie (et les usages civils des cloches d’églises) perdront un peu de leur rôle fonctionnel (sauf en appui à l’horloge et pour les sonneries scolaires de la mairie-école) à partir des années 1910-1920, avec la diffusion des sirènes qui avaient été installées d’abord sur les bateaux (d’où leur nom… homérique) dans la dernière décennie du XIXe siècle, puis dans les usines et enfin sur les mairies, pour sonner le tocsin, l’alarme. C’est par exemple le cas observé sur les mairies de Cézy, Charny, Mont-Saint-Sulpice, Toucy ou Véron.

Cependant on laisse toujours la cloche municipale en place, ainsi que le campanile, pour assurer certaines sonneries, dont celles de l’horloge municipale (et pour permettre à chacun de  remettre sa pendule à l’heure le premier de chaque mois), mais aussi comme emblème du pouvoir local républicain, des libertés municipales.

À Toucy, l’hôtel de ville néoclassique édifié entre 1857  et 1863, sous le Second Empire, pour la municipalité et la justice de paix de ce chef-lieu de canton, n’a pas, à l’origine, de campanile et ne sonne pas. Il se trouve que le clocher de l’église dispose de cloches, comme toutes les églises, et d’une horloge, installée avant 1782 [date d’une première réparation]. Mais en janvier 1878, la foudre détruit le clocher, ses cloches et son horloge. C’est la municipalité qui se lance, hardiment, en mai, dans un projet de campanile surmontant le fronton de l’hôtel de ville, avec une horloge et une cloche de 150 à 300 kg : « une sonnerie assez forte pour être entendue d’au moins quinze cents mètres de l’endroit où il [l’horloge, au masculin encore] sera placé » dit le compte-rendu de la séance du conseil municipal du 5 mai 1878. Le même compte-rendu indique : « Le dit horloge sera placé dans le fronton de la mairie. Dans le fronton de la mairie, on insérera l’inscription suivante : Liberté, Egalité, Fraternité ». Il y a bien là conjonction de trois éléments « républicains » : cloche municipale, horloge municipale et devise républicaine, comme pour « républicaniser » un bâtiment construit sous le Second Empire. Finalement la municipalité passe d’une à trois cloches, avec  gros dépassement du budget : un coût total de 3200 F au lieu des 1650 prévus au budget initial. Si bien que l’inscription de la devise prévue n’est pas réalisée[25]. Ajoutons, pour le style, que le campanile, greffé sur un fronton classique, est vaguement néo-gothique : bien  curieuse superposition…

À Sens se dresse le plus haut campanile municipal de l’Yonne, et sans doute le plus symbolique, le plus républicain : c’est celui de l’Hôtel de Ville ; il culmine à 58 mètres et fut inauguré glorieusement le 3 avril 1904 par le ministre de la Marine, le radical-socialiste Camille Pelletan. Ce beffroi-campanile n’a que trois petites cloches, cloches civiques. Elles sont intégrées dans le principal élément décoratif de l’hôtel de ville, véritable « manifeste républicain » selon les termes de son récent historien[26].

Ce beffroi occupe une position axiale, à l’angle où se rejoignent les deux ailes symétriques du bâtiment. Il est constitué de quatre niveaux dont la composition est très étudiée, très symbolique : d’abord, couronnant le second niveau, la frise portant la devise républicaine sculptée dans la pierre, avec de grands caractères en relief ; puis l’horloge monumentale de 2 m 50 de diamètre ; au dessus, la statue en cuivre martelé, rutilante, du chef gaulois victorieux, bientôt appelé sur place « le Brennus de l’Hôtel de Ville », du nom du chef gaulois (en outre un Sénon) qui aurait prononcé le fameux « Vae victis » à Rome en 390 avant J.-C. ; ensuite le campanile proprement dit, beffroi qui symbolise, comme dans les communes du Moyen Âge, le pouvoir municipal face à celui du seigneur, ici de l’archevêque ; enfin, logées dans ce beffroi-campanile, trois petites cloches (quatre-vingts centimètres de diamètre pour la plus grosse) pesant au total quatre cents kg et destinées seulement aux tintements des heures de l’horloge ; elles ne prétendent donc pas rivaliser directement avec les quinze tonnes de la Savinienne, le gros bourdon de la cathédrale, mais elles sonnent bien « l’heure de la République », répondant ainsi aux cloches de l’horloge du marché couvert municipal, de 1882, mais surtout à celles, religieuses, de l’horloge de la cathédrale, cloches qui datent de 1377-78 : culte à Marianne, à Mercure et à Dieu.

De nombreuses cartes postales de l’époque répandent l’image de ce nouvel hôtel de ville, en construction puis achevé, et certaines d’entre elles illustrent bien l’esprit de concurrence qui est instauré entre cet édifice et sa voisine, la cathédrale : sur l’une, la photographie est prise de telle façon que le beffroi de l’hôtel de ville semble plus élevé que la haute tour de la cathédrale ; une autre présente l’arrière du bâtiment civique et est ainsi légendée : « Sens, Abside [nous soulignons] de l’Hôtel de ville », carte sur laquelle, compte tenu de l’angle de vue, la cathédrale ne figure pas.

 Lucien Cornet, le maire radical-socialiste qui administre la ville de 1893 à sa mort en 1922, est animé d’une grande ferveur laïque et anticléricale, dans une ville où l’opposition est particulièrement cléricale, nationaliste et antidreyfusarde. A partir de février 1902, les deux bourdons de la cathédrale ne sonnent plus, à la demande de l’administration des cultes, alertée par l’architecte de la cathédrale sur l’état défectueux de leurs attaches. Une carte postale de la Savinienne éditée à cette occasion, Savinienne ornée d’un profil de Gustave Hervé, ancien professeur à Sens, révoqué l’année antérieure et militant socialiste antimilitariste, avec le poème suivant, bien marqué par la droite cléricale :

Pour éviter les anicroches,                            Les petits Chinois anarchistes,

A Sens il fallut réparer                                  A ses clients dit et redit

Les charpentes des grosses cloches              Que d’affreux réactionnaires

Qui menaçaient de s’effondrer.                    Vont étrangler la Liberté,

Dans l’église, pour ces charpentes,              En payant curés et vicaires

Un tronc sollicitait les dons :                        Pour ramener la Royauté.

Il faut des espèces… sonnantes,                    Car sur le tronc, au lieu de lire :

Pour le chapitre… des bourdons.                 Restauration des Bourdons 

Or, un soutien des hervéistes,                       Il avait lu, le pauvre sire,

Qui patronne, pour son profit,                      Restauration des Bourbons [27].

Le maire espère-t-il que grâce à une longue période de réparation l’inauguration du nouvel hôtel de ville ne sera pas gâchée par ces sons religieux, cette voix de Dieu le Père ? Mais huit mois plus tard, alors que la construction de l’hôtel de ville n’est pas terminée, les cloches peuvent se remettre à sonner, grâce au bon travail des Paccard, ces fondeurs de cloches d’Annecy auxquels on doit en particulier la Savoyarde du Sacré-Cœur de Montmartre. En octobre 1902, les bourdons de la cathédrale font donc à nouveau entendre leurs accents envoûtants, « graves comme la voix de Dieu dont ils chantent la gloire, mystérieux comme un concert du ciel, émouvants comme un écho, attardé dans notre siècle matérialisé, de ces siècles de foi dont ils ont vu et chanté les grandeurs » écrit le chanoine Eugène Chartraire, rédacteur de la Semaine religieuse de Sens et Auxerre du 18 octobre 1902, lyrique et tout imprégné du rêve d’un âge d’or révolu…depuis la Révolution. Le même chanoine-rédacteur, marquant ainsi sa phobie de la Révolution française, écrivait le 7 juin 1902 dans la même feuille du diocèse, toujours à propos des deux grosses cloches de la cathédrale de Sens, les propos excessifs suivants : « Menacées par la folie révolutionnaire qui a dépouillé notre pays de presque toutes ses richesses d’art et d’archéologie, elles furent sauvées par … ».

Pour autant, une fois la sonnerie de la cathédrale réparée, le maire doit obtenir son   silence durant toute la cérémonie d’inauguration, le 3 avril 1904, de 3 h à 4 h30 de l’après midi. À cet effet, il fait écrire à l’archevêque fin mars : « […] Il serait regrettable que pendant cette cérémonie la voix des orateurs fût couverte par le son des cloches… » C’est par écrit que la mairie formule ainsi sa demande et l’archevêché  répond de même, car on est tout proche mais on préfère écrire. Ce 3 avril est jour de Pâques,  les cloches sont donc « revenues de Rome », mais elles respecteront le temps de silence qui a été  demandé, afin de laisser s’épanouir les fleurs de la rhétorique radical-socialiste. Ensuite l’archevêque, un prélat rallié à la République, vient saluer Camille Pelletan, le ministre présidant aux cérémonies. Pourtant lors de l’inauguration du bâtiment, en avril 1904, Camille Pelletan prononce un discours  qui marque la rivalité des deux édifices-phare de la ville : « Sens a déjà une belle cathédrale [flatter le patriotisme local], mais ce monument du passé [rejeter la cathédrale dans un passé révolu] n’est rien à côté du nouvel édifice qui symbolise les libertés municipales. »[28]

Cloches et campaniles républicains, municipaux, tiennent donc une place symbolique  importante aux débuts de la Troisième République dans le département de l’Yonne.

Certes nous n’avons pas rencontré ici d’inscription comparable à celle figurant sur la cloche installée sur la mairie de Coursan, dans l’Aude : « SFIO 1935 » ; cette dernière cloche servait pour l’horloge mais également elle sonnait le glas civil de tous les morts de la commune, bien sûr pour les incroyants comme pour les croyants ; le Front populaire n’était pas loin[29].

La plupart des cloches ainsi installées sur les mairies du XIXe siècle ou au début du  XXe  dans le département sont  des cloches d’horloge, de faibles dimensions ; elles ne peuvent pas servir à l’appel civil d’alarme qui demeure assuré par les cloches sises dans l’église ou, dans certaines villes, dans les anciens beffrois communaux. Mais il y a bien démarquage de la municipalité par rapport à l’église, au moins dans la réappropriation du marquage du temps, sans que ceci exclue le  maintien d’une nécessaire coexistence avec les cloches d’église pour certaines fonctions d’usage.

La cloche, bien sûr,  n’a pas quitté l’église mais elle a trouvé progressivement d’autres lieux d’accueil en complément, exprimant bien l’indépendance progressive du civil par rapport au religieux, tant pour des mairies que pour des écoles, ou mairies-écoles.

Cette appropriation ou cette indépendance de la cloche civile contrôlée par les autorités municipales s’accompagne parfois d’une charge symbolique forte dans certaines cérémonies d’inauguration, ne disons  pas de baptême mais, à la différence du cas général des cloches des églises, cette appropriation ne se manifeste que très rarement par la présence d’inscriptions. Ces dernières remarques doivent beaucoup à M. Éric Sutter, président de la Société française de campanologie, auquel nous avions présenté notre première approche des cloches municipales[30]


[1] La liste de base des cloches sur mairies est fournie par Patrick Bertin, de Cheny, liste disponible sur le site http//www.cheny.net) ; elle a été depuis complétée par nos soins mais reste encore incomplète (une centaine de mairies) :  Ancy-le-Libre, Argenteuil-sur-Armançon, Arthonnay, Aubigny, Beugnon, Blacy, Boeurs-en-Othe, Bouilly, Brosses, Butteaux, Cerisiers, Cézy, Chailley, Charbuy, Charny, Chaumont, Chemilly-sur-Serein, Chéu, Collan, Commissey (fusionnée en 1973 avec Tanlay), Coulanges-sur-Yonne, Courlon-sur-Yonne, Courson-les-Carrières, Cruzy-le-Châtel, Cussy-les-Forges, Cuy, Diges, Dyé, Évry, Fontaine-la-Gaillarde, Gisy-les-Nobles, Gy-l'Evêque, Jaulges, La Chapelle-Vieille-Forêt (fusionnée en 1971 avec Flogny), Lavau, Les Sièges, Leugny, Levis, Lézinnes,  Lichères-près-Aigremont, Maillot, Mailly-le-Château, Migennes, Molinons, Mont-Saint-Sulpice, Neuvy-Sautour, Ouanne, Percey, Pontigny,  Prégilbert, Prunoy, Ravières, Roffey, Rugny, Sacy, Saint-Agnan, Saint-Florentin, Saint-Martin-sur-Oreuse, Sens, Serbonnes, Sormery, Soucy, Toucy, Varennes, Vaumort, Vénizy, Vézannes et Villiers-Louis. Auxerre : Appoigny, Auxerre, Chablis, Cheny, Charbuy, Héry, Merry-la-Vallée, Saint-Florentin, Seignelay, Taingy, Toucy.
 [2] Jean-Luc Dauphin, « La mairie de Bussy-le-Repos », Etudes Villeneuviennes, n° 15, 1990, p. 45 à 51, avec reproduction des plans de la façade rêvée, idéale, et de celle effectivement  réalisée. Voir aussi Jean-Luc Dauphin, Laure de Clermont-Tonnerre et Lydwine Saulnier-Pernuit, Paul Sédille en Villeneuvien. Un architecte « fin de siècle » à Bussy-le-Repos, éd. Les Amis du Vieux Villeneuve-sur-Yonne, coll. Terre d’Histoire.
[3] Informations fournies en 2009 par Robert Biton, président de la Société d’Archéologie et d’Histoire du Tonnerrois.
[4] Bernard Richard, « Vivre et mourir autrement,  les associations de libre pensée dans l’Yonne fin XIXe-début XXe », Annales de Bourgogne, tome 81, fascicule 1, pp 91-120, 2009. On trouve le cumul d’une mairie à cloche et d’une association de libre pensée dans les communes de Boeurs-en Othe, Charbuy, Charny, Dyé, Saint-Florentin, Sormery et Toucy.
[5] Stéphanie Le Follic-Hadida, Le Musée cantonal de Vézelay, contexte, origines et protagonistes, dans le Bulletin de la Société d’Etudes d’Avallon, n° 82, 2004. Cet article signale l’existence de ce même type d’institution (en partie émanation de la Société pour la propagation de l’instruction populaire du département de l’Yonne) à Charbuy, Saint-Florentin, Varzy et Villeneuve-l’Archevêque.
[6] Denise Noël, Charbuy, une commune rurale de Bourgogne au fil du temps, Éd. Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 2000, Auxerre.
[7] Jean-Claude Guillaume, maire de Gy-l’Evêque, à partir des registres de la municipalité.
[8] Information fournie par la mairie de Lavau.
[9] Jacques Roart, Histoire et histoires de Courson, 2000. Des informations complémentaires nous ont été aimablement fournies par l’auteur. Sur Camélinat, Zéphyrin Camélinat (1842-1932). Une vie pour la sociale, éd. ADIAMOS et Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre, 2004 (actes du colloque ADIAMOS-89 d’Auxerre d’octobre 2003). Pour Blacy, information fournie par la mairie.
[10] Informations fournies pour Jaulges et Mont-Saint-Sulpice par Jean-Louis Compérat, adjoint au maire de cette dernière commune.
[11] Ce dossier sur l’affaire de la nouvelle cloche de Bœurs-en-Othe , ici et par la suite,  provient soit du registre municipal de Bœurs-en-Othe, éléments aimablement fournis pour la période 1899-1902 par Mme Chantal Charlois, conseillère municipale, soit de l’ouvrage publié par l’Abbé Paul Grossin, curé de Rigny-le-Ferron (Aube), Pays d’Othe. Au  fil de la Vanne, p. 283-288, autoédition, imprimerie La Renaissance, Troyes, 1978.
[12] Jean-Marie Davoise, Supplément au Cerclier, 1800-1900,  la vie à Merry-la-Vallée, le charivari de 1883, Merry-la-Vallée, s. d.
[13] ADY  3 M4 /19 et Bernard Richard, « Vivre et mourir autrement ; les associations de libre pensée dans l’Yonne,  fin XIXe-début XXe » indiqué en note 4.
[14] ADY  3 M 4/19 : Les 23 membres de l’Union de Bœurs-en-Othe, selon le dossier remis à la préfecture en 1899, exercent les professions suivantes : 1 rentier (le maire), 12 propriétaires, 2 entrepreneurs en battage, 1 cultivateur, 1 garde champêtre,  3 manouvriers, 1 maçon, 1 bonnetier, 2 fermiers. Ajoutons que le cimetière (observation in situ) est très marqué par la libre pensée : tombe du maire Arsène Fandard (« Fut Maire de Bœurs 25 ans » dit l’inscription gravée), en forme d’obélisque, sans aucun signe religieux bien sûr ; nombreuses chapelles monumentales couronnées d’une urne funéraire montée sur obélisque, signe orgueilleux de la libre pensée ; un triangle équilatéral de l’égalité surmontant certaines tombes, inscription L P (pour Libre Pensée), étoile et triangle sur  une autre pierre tombale.
[15] Sur la famille Fandard de Bœurs-en-Othe, Abbé Paul Grossin, Pays d’Othe. Au  fil de la Vanne, op. cit. en note 14, p. 278, 284-285 et 295 d’après les registres paroissiaux et municipaux.
[16] Jacqueline Lalouette, La libre pensée en France, 1848-1940, Éd. Albin Michel, coll. Histoire, Paris, 1997, réédition 2001, coll. Bibliothèque de « L’Évolution de l’Humanité », ouvrage fondateur. Voir aussi pour l’Yonne, notre article indiqué en note 4 et  Claude Delasselle, « Les sociétés de libre pensée de l’Yonne, 1880-1914 », dans Les Entretiens d’Auxerre de 2004 (De la séparation des Églises et de l’État à l’avenir de la laïcité), sous la direction de Jean Baubérot  et de Michel Wieviorka, Éd. de l’Aube, coll. essai, 84240 La Tour d’Aigues, 2005. Ajoutons comme signe caractéristique des municipalités touchées par la libre pensée, les dizaines d’arrêtés interdisant les processions,  21 communes étant touchées par ce phénomène pour le seul arrondissement d’Auxerre (ADY 3 M 1/ 307).
[17] ADY 11 J 133/6, collection de coupures de presse établi par l’abbé Cyrille Boiselle, curé de Cudot : compte-rendu de ce jugement en appel à Joigny dans La Défense Sociale du 6 février et dans Le Courrier de Joigny du 8 février  1902. Sur ces cloches religieuses de Cudot, Alpais et Jeanne d’Arc, dont la montée au clocher est interdite pendant des années par des arrêtés municipaux, voir les Etudes Villeneuviennes n ° 43, 2011-1, p. 181-184, « Les cloches de Cudot : entre maire et curé, ça finit par clocher » [sic].
[18] Termes transcrits par l’Abbé Paul Grossin, Pays d’Othe. Au fil de la Vanne, op. cit. en note 14, p. 283.
[19] Voir Cloches et querelles de cloches, op. cit. en note 2, chapitre V et, pour la libre pensée dans l’Yonne, voir les articles indiqués en notes 4 et 16.
[20] Chailley en Pays d’Othe. Histoire d’un village depuis l’invention de la photographie, p. 5, éd. de l’Amicale du Pays d’Othe, 89770,  1979
[21] Informations de Guy Blandin, maire de Cussy-les-Forges et d’André Lefevre, adjoint au maire de Varennes.
[22] Informations de Mme Mireille Ladrange, maire de Soucy.
[23] Abbé Chenot, Histoire de Véron, 1880, ouvrage réédité en 1992, avec un avant-propos de Jean-Luc Dauphin, édition Les Amis du Vieux Villeneuve-sur-Yonne, collection Les Introuvables, p.134-135 : description et pieux éloge  des cloches de l’église Saint-Gorgon de Véron. L’abbé Chenot n’évoque pas les fréquentes mésententes survenues entre curé et population à Véron dans les années 1830 et 1840, incidents soulignés par Jean-Pierre Rocher, « Révolution, anticléricalisme et schisme : La secte Chatel dans l’Yonne au début de la  monarchie de Juillet », B.S.S.Y., 133e volume, 2001. Tout au plus l’abbé Chenot, curé du village de 1851 à 1890, concède-t-il qu’à Véron « les gens ont la tête un peu vive comme les vignerons ».
[24] Jean-Luc Dauphin, « Les conseillers généraux du canton de Villeneuve-sur-Yonne », en particulier  p. 139-141, Etudes Villeneuviennes, n° 28, 2000. L’auteur donne un  portrait vivant de ce pur produit de la « méritocratie républicaine », fils d’un vigneron de Véron, brillant élève de l’école communale, admis à l’école normale d’Auxerre, instituteur, directeur d’école et plus tard conseiller général ; sa carrière politique est arrêtée en 1931 par les succès  électoraux de son flamboyant rival qui séduit les Villeneuviens, le « bon » docteur  Petiot.
[25] Jean-Pierre Huot, président de l’Association d’études, de recherches et de protection du Vieux Toucy, d’après le Bulletin  de l’Association d’études et de recherches du Vieux Toucy et des Environs, n° 8 et 60 (Hugues Crémaschi), le bulletin municipal (Yves Crémaschi)  et les archives municipales.
[26] Bernard Pernuit, « L’hôtel de ville ou le triomphe de la République » et « Lucien Cornet ou la réussite de la synthèse républicaine » dans le catalogue de l’exposition Sens. L’Hôtel de Ville a 100 ans, p. 117-137 et 156- 160, Sens, éd. Musées de Sens, 2004.
[27] Jean-Pierre Rama,  Cloches de France et d’ailleurs, Pierre Zech Editeur, coll. LTA le temps apprivoisé, Paris, 1993, page 123 pour cette carte postale ancienne de 1902. Les « hervéistes », partisans de l’anticlérical et « anti-patrie » Gustave Hervé (1871-1944), ne peuvent savoir alors que leur héros évoluera avec la Grande Guerre pour finir, après repentance, dans une extrême-droite patriotique et volontiers cléricale, voire dans la collaboration vichyste.  Sur Gustave Hervé, voir « Plutôt l’insurrection que la guerre ! ». L’antimilitarisme dans l’Yonne avant 1914, actes du colloque organisé le 16 octobre 2004 par l’association ADIAMOS-89, textes réunis par Michel Cordillot, Éd. Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre, 2005.       ubliqu
[28] Sens. L’Hôtel de Ville a 100 ans, op. cit. note 16, et, sur les trois petites cloches du beffroi, renseignements fournis par Jacques Gyssels, alors archiviste de la ville de Sens. Dans les années 1950, selon l’auteur, subsistaient encore des problèmes de synchronisation des sonneries des cloches des trois horloges principales de Sens, celles de l’hôtel de ville, celles du marché couvert et celles  de la cathédrale (datant de 1377-78) : différents entre les trois sonneurs  dans un étroit périmètre, rue et place de la République. Des précisions complémentaires ont pu être apportées grâce aux informations et aux références bibliographiques fournies par Étienne Dodet, de Sens (en particulier la Semaine religieuse de Sens et Auxerre des 7 juin et 18 octobre 1902, ainsi que la Vie des saints du diocèse de Sens et Auxerre, par l’abbé Blondel, Sens, 1885).
[29] Claude Seyte, Campanes en Pays d’Aude, 2009, chez l’auteur, 11000 Carcassonne.
[30] Société Française de Campanologie, 41 avenue de Charlebourg, 92250 La Garenne-Colombes.

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