Les arbres de la liberté dans le département de l’Yonne sous la Révolution et l’Empire

(Publié dans Emblèmes et symboles de la Révolution en Côte-d’Or, textes réunis  par F. Laidié, Ch. Lamarre et Cl. Farenc, Cahier du Comité départemental pour l’histoire de la Révolution en Côte-d’Or, nouvelle série n° 5, 2013)

Bernard RICHARD

Certes il est difficile de tenir des propos nouveaux sur l’arbre de la liberté après Mona Ozouf et, pour la Côte-d’Or, après  Frank Laidié[1], d’autant que le département de l’Yonne, de prime abord, n’occupe pas une position particulière, originale, en ce qui concerne ce symbole[2]. À cause de ce qu’il représente, l’arbre de la liberté, surtout dans les communes rurales, plus proches de la nature, est souvent au centre des querelles entre partisans et adversaires de la Révolution. Par ailleurs on peut considérer cet arbre, enraciné donc fixe, à la fois comme le premier « monument en espace public » dans les villages, et comme un nouveau pôle de sacralité.

Dans l’Yonne la série L des archives départementales (ADY-L) utilisée par Pierre Millat en 1990 donne les textes essentiels[3] et les archives nationales pour le département ont été présentées par l’archiviste Charles Porée[4]. Ajoutons pour la période du Consulat le Journal de l’Yonne, bulletin d’une préfecture très engagée dans l’agronomie et publié de fin décembre 1800 à début mars 1802 par le premier préfet du département, Jean-Baptiste Rougier-Labergerie[5]. Des archives municipales ont par ailleurs été utilisées par divers chercheurs locaux, la plantation d’un arbre de la liberté comme les attentats subis par cet arbre étant souvent pour un érudit local l’occasion d’exprimer un jugement personnel sur la Révolution, louanges ferventes ou rejet ironique. 

Le « signe chéri de la liberté »[6], ici comme ailleurs en France

Ici comme ailleurs, les plantations sont nombreuses, en particulier dans l’été 1792 : Vézelay le 14 juin, Druyes-les-Belles-Fontaines et Villeneuve-sur-Yonne le 24 juin 1792, Sens début juillet, Saint-Fargeau le 8 juillet, Tonnerre le 13 juillet, Courgenay et Villeneuve-l’Archevêque le 14 juillet, Passy le 4 août, Auxerre le 19 (date donnée par Pierre Millat). Il existe des incertitudes. Par exemple pour Auxerre on trouve ailleurs la date du 10 avril 1792[7].

Chaque plantation s’accompagne d’une cérémonie civique avec discours, chants, danses, poèmes de circonstance et réjouissances ludiques associant les autorités locales et les habitants. C’est jour de fête. L’arbre de la liberté est l’objet d’un attachement affectif fort chez les partisans de la Révolution et au contraire d’un rejet, d’une détestation symétrique chez les adversaires. « Objet choisi et chéri [appartenant] au visible, au quotidien, [il] témoigne d’une adhésion à l’idéal révolutionnaire… Il participe également au nouvel univers sacralisé, associé aux allégories de la République et de la Liberté » (Élisabeth Liris[8]) ; à Treigny[9], « tous les spectateurs, à l’exemple des autorités, ont embrassé l’arbre de la liberté aux cris, répétés de nouveau, de  » Vive mille fois la République !  » ». Dans les descriptions des plantations effectives, outre ce « bonnet de la liberté française » (Passy), dit encore « bonnet rouge » (Saint-Fargeau), on trouve encore le drapeau tricolore, le « rouet » tricolore qui est une cocarde géante (Vézelay), un « bouquet de la liberté » (Villeneuve-l’Archevêque), les « rubans aux trois couleurs ». Le bonnet est fréquemment en tôle ou en fer blanc, pour supporter les intempéries. À Villeneuve-l’Archevêque, le bouquet de la liberté de juillet 1792 a été remplacé ensuite par un bonnet de  tôle qui, « attaché à l’arbre de la liberté, lui fait une charge considérable par le faîte, ce qui lui fait prendre une courbe qui lui ôte totalement sa grâce ». Ce trop lourd bonnet est finalement transféré sur le toit de la halle, « orné de trois petites tringles au bout desquelles il sera mis des oriflammes en fer blanc et peintes aux trois couleurs » (22 mai 1793)[10]. 

Mais l’arbre peut en revanche subir « personnellement » les manifestations d’hostilité au nouvel idéal, ou d’hostilité aux réquisitions et prélèvements considérés comme excessifs. La sacralité appelle le sacrilège. Malgré le muret ou les barrières de bois dont il est souvent entouré pour être protégé « contre les bestiaux qui pourraient lui nuire ainsi que d’autres accidents » (Flogny), l’arbre est attaqué, généralement de nuit. « Attentat », « sacrilège » (à Auxerre en avril 1793, « des ennemis de la République, trop lâches pour se montrer, ont osé lever une main sacrilège sur l’arbre…[11] ») et même « homicide » commis contre les arbres abattus, « sciés », « écorcés », « blessés », « plumés », « mutilés », « immolés » lit-on encore ; les termes utilisés relèvent soit du registre religieux, soit de celui relatif aux personnes ; ainsi s’exprime l’agent de l’autorité à Seignelay le 8 frimaire an VII (28 novembre 1798) : « (L’arbre) était coupé [à] environ trois pieds et demi de terre ; qu’on s’est servi d’un instrument tranchant, lequel a été appliqué côté midi assez profondément ; qu’ensuite par une autre plaie faite à l’arbre au côté opposé et sous l’effet du vent, a fait qu’il s’est rompu en raison des blessures qu’il a reçues » : cet arbre blessé est bien anthropomorphisé ! À Vaux, près d’Auxerre, quand dans la nuit du 8 au 9 nivôse an VII (26-27 décembre 1798) l’arbre est abattu, l’administration départementale proteste contre « ceux qui, dans les ténèbres, ont osé frapper d’un fer homicide [nous soulignons] ce symbole auguste de notre affranchissement »[12].

Suivent des cérémonies expiatoires de réparation avec des arbres de substitution plantés  solennellement, et des menaces éloquentes prononcées à l’encontre des coupables, gens « malintentionnés », « scélérats » rarement découverts, etc. Ceci quand l’arbre, planté à contre-saison (autour du 14 juillet par exemple) ou sans racine, n’est pas tout bonnement mort de sa belle mort et doit être remplacé.

Détestation, imprécations

Mutilations, destructions, abattages sont importants précisément parce l’arbre de la liberté est un symbole essentiel, objet d’une vraie ferveur d’un côté, mais de détestation de l’autre ; il est  souvent le premier à être attaqué. Les inscriptions ou menaces verbales qui accompagnent ou annoncent parfois ces « attentats » laissent des traces, au moins dans les rapports des commissaires et donc dans les archives : « placards infâmes » ou des « écrits incendiaires ».

Couper l’arbre car la liberté qu’il symbolise n’existe pas est un thème récurrent. « La colère s’empare de Léguillon [un laboureur d’un hameau du district de Toucy qui a tiré un mauvais numéro, le 14 mars 1793, pour le dernier recrutement]… Dans un accès de colère (…) il ajoute qu’il faut couper l’arbre de la liberté, puisqu’elle n’existe pas [nous soulignons]»[13]. À la suite des interdictions de rassemblements publics pendant les jours consacrés par la religion catholique, on trouve : « Où est donc la liberté si nous ne pouvons pas danser quand nous voulons ? Si nous ne sommes pas libres, il faut abattre l’arbre de la liberté [14] ».

On souligne encore que l’arbre de la liberté ne porte pas de fruits. Dans une lettre transmise de Villeneuve-la-Guyard au directoire exécutif du département : « (…) On répand dans les chemins des écrits incendiaires commençant et finissant par  » Vive Louis XVIII » et contenant qu’on ne veut pas d’arbres de la liberté parce qu’ils ne portent pas de fruits, point de corps législatif, etc. ».

Une inscription trouvée près de Vézinnes donne : « …la Convention sautera et on coupera l’arbre de la liberté parce que nou  l’avons pas. Tout arbre qui ne rapporte point de fruit, il faut le coupé et le jetté [nous soulignons] au feu… »[15]

Pierre Millat rappelle un couplet vengeur :

« L’on fait bien de planter un chêne
Pour arbre de la liberté,
Car ses glands nourriront sans peine
Les c…  [lire cochons] qui l’auront planté »[16].

La vivacité des inscriptions comme des paroles marquent le rôle symbolique essentiel joué par l’arbre de la liberté.
Amour ou détestation, nous sommes là dans l’« ordinaire » des arbres de la liberté, que l’on retrouve partout ailleurs en France.

Les trois arbres de la liberté de Cézy

Le cas spécifique de ce gros village (environ 1100 habitants vers 1789) est instructif. En effet Cézy, sur les bords de l’Yonne près de Joigny, livre les exemples édifiants de ses trois sites soigneusement choisis qui reçurent chacun un arbre de la liberté, successivement ou simultanément.[17].

Un premier arbre de la liberté est planté par la municipalité en 1792 (date exacte non connue), sur la place de l’église rebaptisée à cette occasion (ou plus tard) place de la Liberté ; l’arbre meurt bientôt, résultat d’une  attaque du gel ou mort d’un arbre planté hors saison ou sans ses racines. 

Un second arbre est planté en novembre 1792, sur la place de la foire ou  place des fêtes, près du Grand Gravier, un terrain disputé depuis des années entre la châtelaine, la ci-devant dame de Cézy, Louise-Bénigne de Bauffremont, princesse de Listenois[18], et les villageois, à l’entrée du village près des bords de l’Yonne (aujourd’hui le Gravier et les Grands Près, mais site modifié au XIXe siècle – cours de l’Yonne et voie ferrée). Un long procès avait été engagé dans les années 1760 et poursuivi jusqu’en 1778 à propos de ce terrain disputé entre seigneur et villageois, terrain riche de ses peupliers ; le jugement de 1778, favorable semble-t-il aux villageois, n’a pas été respecté. Le conflit se poursuit en 1790 et la princesse dit « vouloir persister dans sa jouissance et qu’elle coupera les peupliers plantés sur ladite propriété ». En 1792, elle vend les arbres à son seul profit. La plantation de l’arbre de la liberté de novembre 1792, à la fois sur le lieu des fêtes publiques et à l’entrée du Grand Gravier, était alors, pour la communauté villageoise, une façon de marquer son territoire, de marquer qu’elle reprenait possession de ce Grand Gravier comme terre de la communauté villageoise.

L’arbre subsiste jusqu’à atteindre d’impressionnantes dimensions et ne sera abattu que par une tempête en 1987 ; en effet devenu « l’arbre de Cézy », symbole de la communauté villageoise, il est respecté par tous les régimes successifs et, après sa disparition en 1987, la municipalité en préserve la trace par le maintien du muret délimitant ses anciens contours extrêmes et, plus récemment, par la plantation d’un nouvel arbre.

 Le 20 brumaire an II (10 novembre 1793), le conseil municipal associe le « brûlement des papiers et titres féodaux » (papiers saisis lors d’une perquisition au château) à la plantation, place de la Liberté (ci-devant de l’église), d’un nouvel arbre venant remplacer celui de 1792 ; c’est un peuplier – en latin « populus » – un arbre à croissance plus aisée et rapide que celle du chêne. L’association de la plantation et du  « brûlement des papiers », le 4 frimaire an II (24 novembre 1793), est un symbole fort ; l’ensemble est solennisé par une grande fête avec défilé suivant un ordre scrupuleusement fixé dont rend compte le procès-verbal : « Un détachement de  la Garde Nationale, les vieillards, la municipalité, le Juge de paix et de ses assesseurs, les jeunes filles habillées de bleu ornées d’un ruban tricolore, les élèves de l’un et l’autre sexe, les femmes, le Comité de Surveillance, la société Populaire avec les six députés de Joigny, un détachement de la Garde Nationale fermant la marche. » 

Le même jour est planté un troisième arbre de la liberté dit « arbre du Peuple », sur la place de « la ci-devant Croix Saint-Abdon » (l’arbre remplace lui-même la croix qui est enlevée), rebaptisée alors « place du Marronnier du Peuple » ou « place du Peuple ».  Quelques jours plus tôt, le conseil général de la commune avait accepté de livrer trois des quatre cloches de l’église du village, réquisitionnées[19] : double  « transfert de sacralité » dirait Mona Ozouf[20].

Le lieu est symbolique car c’est encore un emplacement qui était disputé à la communauté par la ci-devant dame de Cézy[21] : elle avait muré le long de cette place de la Croix Saint-Abdon en avril 1792 un passage, une porte permettant auparavant aux villageoises de venir laver leur linge ou puiser de l’eau dans un bras du ruisseau de Saint-Vérain (dit depuis le Vrin) bordant son domaine. Le maire Jacques Fillot, le 5 juin 1792, s’était opposé « par acte d’huissier à la construction de ces murs » qui interdisaient aux habitants de « puiser de l’eau dans le ruisseau tombant dans les fossés [du château de la princesse] ». La plantation de l’arbre du Peuple répond aux agissements princiers : « Ils ont été chercher cet arbre à la porte murée [nous soulignons] où il avait été déposé et il a été apporté au milieu de cette marche qui est revenue dans le même ordre et l’a planté au milieu de la place publique aux acclamations réitérées de « Vive la République une et indivisible » … Et de là tout le cortège dans le même ordre s’est rendu à la dite place de la Liberté où après avoir chanté différents hymnes patriotiques et formé différentes danses, le cortège s’est séparé aux cris de  » Vive la République une et indivisible ». » Le 10 nivôse an II (30 décembre 1793) sur cette place du Peuple, on célèbre par un festin la prise de Toulon. 

En fait, depuis 1790, les registres municipaux de Cézy sont remplis de plaintes contre la dame, bientôt désignée sous les termes de « citoyenne Bauffremont ». Quand en mars 1790 Gillet de la Jacqueminière, député de la circonscription, est appelé à arbitrer le conflit opposant village et ci-devant dame sur la possession du Grand Gravier, prudemment il « engage la municipalité de Cézy à se concerter avec la princesse de Listenois à l’occasion de la discussion entre elle et la municipalité », ce qui n’apaise pas le conflit : les 21 et 22 mai 1792, des troubles surviennent à Cézy « à cause des pâtures réclamées par les habitants à la citoyenne Bauffremont » ; celle-ci doit céder et abandonner la récolte [de foin], « se réservant toutefois de faire juger l’instance pour le fonds de la propriété » ; la redoutable princesse, malgré l’abolition des droits féodaux, continue donc à disputer à la commune de Cézy l’usage de divers prés et terres ; en octobre 1790, elle cherchait à imposer aux vignerons de presser leurs marcs de raisin dans son seul pressoir et au prix fixé par elle : le cinquième de la presse au lieu du septième demandé par les villageois, et « menace de poursuites [de la part de la princesse] si on allait les porter ailleurs » ; plus tard elle s’était emparée – indûment selon les villageois – d’une grange du presbytère acquise par un villageois comme bien national mais dut la restituer le 22 thermidor an III (9 août 1795) ; en avril 1792 elle ferme donc l’accès traditionnellement ouvert aux villageois sur le ru de Saint-Vérain ; toutes ces querelles sont de classiques conflits antiseigneuriaux consécutifs à la nuit du 4 août, mais à Cézy ils s’amplifient du fait de la grande distance existant entre les villageois et une princesse qui exerçait auparavant sur le village une très forte emprise seigneuriale. Le conflit s’interrompt le temps de l’emprisonnement de la ci-devant princesse par le comité de surveillance révolutionnaire du district de Joigny à la demande de la société populaire de Cézy : le 12 nivôse an II (le 2 janvier 1794), elle et ses deux filles (20 et 12 ans) sont inscrites sur la liste des suspects et emprisonnées comme telles à la « maison de réclusion ci-devant hôpital » de Joigny, parce que leur fils et frère Alexandre était parti en émigration en Espagne (où il s’était marié). Cependant les « citoyennes Bauffremont »  sont libérées en novembre 1794, à la suite du 9 thermidor (27 juillet 1794), et les disputes reprennent, usant sans doute la princesse qui décédera à Cézy en 1803, à l’âge de 53 ans[22].

Avec l’ « arbre du Peuple », nous sommes tout à fait devant un de ces arbres-défis étudiés par Mona Ozouf. Le jour de sa plantation, on baptise « La Franciade » le hameau du Péage, « dont le nom rappelle un droit féodal et par conséquent une chose odieuse qui ne peut subsister sous le régime de la liberté ».

Ces différents arbres de la liberté, sauf l’« arbre de Cézy »,  sont détruits sous l’Empire ou la Restauration, comme bien d’autres. Un successeur lointain de celui de la place du Peuple (place de la République depuis le 14 juillet 1880) est bien là aujourd’hui, planté et inauguré le 11 novembre 1945, après des éclipses mal documentées, au moins de 1852 à juillet 1880 et enfin de 1941 (arbre « crevé par suite d’un arrosage d’essence opéré par les troupes allemandes en 1941 ») au 11 novembre 1945[23].

Chacun des trois arbres a sa finalité propre. Le premier, place de l’église rebaptisée place de la Liberté, représente et impose cette nouvelle valeur-phare au centre traditionnel du village : il est le pôle d’une sacralité nouvelle ; arraché sous le Premier Empire ou plutôt sous la Restauration, il a un successeur planté solennellement le 9 avril 1848, successeur arraché sur ordre de l’autorité militaire  le 9 janvier 1852 ; aujourd’hui son emplacement est occupé, entre mairie et église, par le monument aux morts de la Grande Guerre, nouveau pôle de sacralité laïque (Jean-Jacques Becker). Les deux autres arbres sont des marqueurs du territoire communautaire, signaux visibles de la récupération de droits d’usage ou de territoires usurpés auparavant par le seigneur : au village, la liberté se gagne et s’arbore.

Des plantations multiples sous la Révolution

Originales, ou au moins dignes d’être soulignées, sont les plantations multiples, dans une même commune. Certes l’Yonne n’est pas un cas unique. À Semur-en Auxois, en Côte-d’Or, la bourgeoise Anne Champagne décrit dans son Journal la plantation de nombreux nouveaux arbres de la Liberté les 26 et 27 juin 1793, « de tous les côtés de la ville et plusieurs dans chaque rue ». Cependant le premier arbre planté, datant de juin 1792, reste le seul vrai centre civique de la commune : on y a chanté pour la première fois l’hymne des Marseillais, prêté serment, lu solennellement le texte de la  nouvelle Constitution en 1793[24].

Trois arbres à Cézy, deux à Auxerre, l’un sur l’esplanade du Temple au nord de la cité (avril ou août 1792) et  l’autre (appelé aussi arbre de la fraternité) sur la ci-devant place Saint-Etienne devenue place de la Fraternité (mars 1794) ; deux encore à Sens (en juillet 1792 devant la cathédrale et en mars 1794 sur une autre place devenue place de la Liberté), ce qui permet aux cortèges d’aller de l’un à l’autre ; quatre à Ligny-le Châtel (dit alors Ligny-sur-Serein) mais le président de la Société [populaire] s’en plaint : « Il faut que les citoyens aient la même désignation, les mêmes intentions et marchent tous d’un pas égal à l’arbre de la liberté qui doit être au centre. C’est pourquoi je vous demande qu’il soit fait une adresse au peuple de Ligny, pour le déterminer à s’occuper, le jour de la première fête civique, à rassembler les trois autres arbres de la liberté à celui du centre et dresser au milieu un autel de la patrie [25]. » On retrouve la même multiplicité d’arbres à Saint-Bris-le-Vineux, mais cette fois elle est vantée : « le citoyen Louis Cornisset a même manifesté son zèle et son patriotisme d’une manière toute particulière en faisant planter dans l’étendue de la place communale douze arbres qui entourent l’arbre de la liberté et dont la distribution offrira un jour aux habitants de Saint-Bris un coup d’œil aussi utile qu’agréable[26]. » Quand on évoque l’utile et l’agréable, on approche d’une métamorphose, d’un détournement du symbole civique. Dans le département, ce phénomène s’amplifie fortement sous le Consulat, en partie du fait de la personnalité du premier préfet.

Un détournement – préfectoral  – du symbole

Après le coup d’Etat du 18 brumaire an VIII (10 novembre 1799), événement donné souvent comme date de la fin de la Révolution, la plantation d’arbres de la liberté non seulement se poursuit mais encore s’intensifie. Notre source principale, le Journal de l’Yonne, donne la période de février à juillet 1801 comme une époque d’intenses plantations.

Ces plantations semblent inspirées par trois motivations principales, qui souvent se chevauchent :

  • La célébration des consuls, surtout bien sûr le premier, de la concorde intérieure instaurée par le 18 brumaire, des victoires extérieures et de la paix enfin signée avec l’Autriche (traité de Lunéville, 9 février 1801) puis l’Angleterre (traité d’Amiens, 25 mars 1802). C’est l’arbre de la liberté comme « mai d’honneur » à la gloire des autorités[27].
  • L’œuvre collective d’entretien et réparation des chemins vicinaux et routes principales traversant une commune. Cette tâche, volontaire et gratuite, est souvent couronnée par la plantation solennelle et joyeuse d’un arbre de la liberté[28].
  • L’embellissement d’une commune, par des plantations de nombreux arbres, sur une ou plusieurs places, voire sur une promenade publique[29].

L’impulsion est donnée par le préfet, agronome et poète, Jean-Baptiste Rougier-Labergerie (avant la Révolution, Rougier de la Bergerie). Grand propriétaire terrien – il est seigneur de Bléneau à partir de 1784 (voir note 21), agronome (il a succédé à Buffon à la Société royale d’agriculture de Paris en 1788 et a été un membre actif de diverses commissions d’agriculture dans les assemblées révolutionnaires) ; c’est encore un poète bucolique (auteur en 1804 des Géorgiques françaises, poème en douze chants et à succès limité ; Madame de Staël, séjournant un été près d’Auxerre, lui en aurait dit méchamment : « Mon cher Monsieur, l’agriculture peut être fort belle et bonne chose, mais, que voulez-vous, elle sentira toujours le fumier ») et enfin un préfet… aux champs dans l’Yonne de mars 1800 à mars 1813[30].

Quelques mois après son arrivée à Auxerre du 9  mars 1800, le préfet crée le Journal  de l’Yonne (n° 1 le 5 nivôse an IX – 26 décembre 1800), journal de la préfecture (avec poèmes, charades, comptes rendus d’ouvrages littéraires et de conférences, conseils agronomiques, etc.) ; le préfet y incite ses administrés à améliorer la culture de la vigne, à lutter contre la déforestation en rendant compte de ses deux conférences données sur ce thème auprès du Lycée de l’Yonne, une société savante qu’il a créée ou revitalisée[31] ; il exhorte aussi les maires à planter des arbres de la liberté en nombre et donne en exemple dans le Journal de l’Yonne certaines  communes comme Ancy-le-Franc (où chaque citoyen est incité à planter un arbre qu’il aura à soigner et qui portera son nom ou celui de sa famille[32]), Gurgy (où « on a planté, en l’honneur de la liberté, quarante-trois pieds d’arbres, tant ormes qu’accacias [sic][33]), Montigny (le conseil municipal a décidé qu’ « il serait fait des plantations sur quatre places spacieuses. La première, appelée place de la Liberté, sera entourée d’arbres, celui qui sera au milieu s’appellera l’arbre des Consuls… »[34]) ou Joigny (« 500 pieds d’arbres qui sont placés en quinconce et formeront une promenade très agréable. Il [est] à désirer que cet exemple soit suivi partout où les localités le permettront[35] »). Le préfet ayant acquis un domaine de vingt-trois hectares à Perrigny où il fait construire son manoir du Verger, on ne s’étonnera pas de le voir donner cette commune en exemple : « Neuf arbres à la liberté ont été plantés à Perrigny et chaque arbre a reçu une dénomination particulière. En plantant celui appellé [sic] l’arbre de la commune, le maire a dit à ses concitoyens :  » Qu’il soit pour vous l’arbre de la concorde ! Que son ombre salutaire vous invite à venir y terminer à l’amiable tous vos différens ! Mais plutôt n’en ayez jamais : que la bonne foi règne parmi vous ! Soyez unis comme le seront les rameaux qui vont sortir de cette tige » ». Par ailleurs ont été « plantés cent cinq pieds de peupliers sur la chaussée allant d’Annay à Perrigny-sur-Armançon. Cette plantation sur deux lignes parallèles formera une avenue agréable et accroîtra un jour les revenus de la commune[36] ».

Le résultat des incitations du préfet est impressionnant : la collection du Journal de l’Yonne que nous utilisons rend compte de plantations, en seulement six mois (février-juillet 1801), menées dans vingt-neuf communes, pour un minimum de sept cent cinquante arbres plantés, minimum, car plusieurs opérations portent sur la plantation d’arbres non dénombrés mais concernant une place ou plusieurs, une promenade, une voie reliant deux communes[37]. Les principales actions, par ordre croissant d’arbres plantés, donnent ceci : Paroy-en-Othe, 4 arbres ; Grange-le-Bocage, 5 ; Perrigny, 9 ; Thizy, au moins 12 ; Annoux, 22 ; Percey, 25 ; Gurgy, 43 ; route d’Annay à Perrigny, 105 ; Joigny, 500 ; tout ceci ne prend pas en compte en particulier les quatre places complantées à Montigny, une « avenue composée d’ormes et de noyers » qui servira de promenade à Molosmes et  plus d’un arpent de noyers à Épineuil.

Lorsque le Journal de l’Yonne cesse de paraître (25 pluviôse an X-16 février 1802), son remplaçant,  le plus officiel Bulletin administratif de la Préfecture  ne cite plus de plantations d’arbres de la liberté. C’est ailleurs, dans des archives municipales, que l’on en trouve encore. Ainsi le village de Villiers-sur-Tholon plante-t-il sur une nouvelle place publique en ventôse an XI (février-mars 1803) « un orme de la plus belle espérance à la mémoire des consuls dont la vue rappellera à jamais dans la mémoire de la postérité l’heureux retour de la paix ainsi que celui qui l’a procurée ». Quelque dix ans plus tôt, c’est devant le parvis de l’église qu’un « vrai » arbre de la liberté avait été planté[38].

Le Premier Consul n’était pourtant guère favorable aux emblèmes et symboles de la Révolution et aurait dès son installation aux Tuileries fait arracher les arbres de la liberté plantés dans la cour au prétexte qu’ils « faisaient de l’ombre » et gênaient la parade des troupes[39].

Et « Vive le Roi de Rome ! »

L’aboutissement de cette action du préfet, nous le trouvons encore entre mars et juin 1811 à Dilo, commune d’Arces-Dilo, dans la Forêt d’Othe, avec la plantation d’une futaie du Roi de Rome dont le souvenir restait marqué en 1915 par une carte postale montrant  un groupe de jeunes gens posant cérémonieusement « Sous le Roi de Rome », un des « Arbres plantés en mémoire du Roi de Rome » dit la carte postale, en fait pour fêter sa naissance. Certes cette dérive de l’arbre de la liberté vers l’arbre du pouvoir n’est pas unique. Un arbre du sacre de l’Empereur a été planté le 2 décembre 1804 à Saint-Guilhem-le-Désert dans l’Hérault[40].

Sont connus également en Alsace les « bancs napoléoniens », bancs-reposoirs en grés des Vosges fêtant d’abord la naissance du Roi de Rome (20 mars 1811), et plus tard le mariage de Napoléon III avec Eugénie de Montijo[41]. Il en resterait deux-cent-cinquante, sur plus d’un millier. Leur origine nous rapproche de Rougier-Labergerie – devenu Baron Rougier de la Bergerie en mars 1810. Ils sont dus en effet au préfet d’Alsace, le marquis de Lezay-Marnésia surnommé le « préfet-laboureur » qui, peu après la naissance du Roi de Rome et avant son baptême, incita les communes à construire le long des routes des bancs-reposoirs agrémentés chacun de quatre à cinq arbres donnant ombrage, « pour le repos des voyageurs et des cultivateurs qui portent des fardeaux » (lettre-circulaire du 22 avril 1811). Ce seront les « bancs Napoléon » dits encore « bancs du Roi de Rome ». Plus tard, un autre préfet du Bas-Rhin reprit l’idée pour célébrer le mariage de l’empereur Napoléon III (lettre de décembre 1853). Ce seront les « bancs de l’Impératrice ».

Faut-il voir dans les quelques arbres qui agrémentent chaque « banc Napoléon » des arbres de l’Empereur ? On le dit, et l’on peut surtout en conclure que, dans le Bas-Rhin comme dans l’Yonne, un préfet avisé pouvait mettre en application ses idées, parfois originales, tout en servant le pouvoir.

***

Après tout, comme l’a écrit Alain Corbin dans sa préface à nos Emblèmes de la République en se fondant sur des publications et sur des recherches en cours : « N’oublions pas qu’il y eut, au total, au cours du XIXe siècle, davantage d’arbres plantés à la naissance du Roi de Rome et, plus encore, à celle du prince impérial que d’arbres de la Liberté »[42]

Bernard Richard

IIll. 1 : Le lavoir - disputé en 1792-1793 - sur le ru de Saint-Vérain à Cézy.

IIll. 1 : Le lavoir – disputé en 1792-1793 – sur le ru de Saint-Vérain à Cézy.

Ill. 2 : L’arbre du Roi de Rome à Dilo.

Ill. 2 : L’arbre du Roi de Rome à Dilo.


[1] Ozouf (Mona), La Fête révolutionnaire, 1789-1799, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque des Histoires, 1976, rééd. Gallimard coll. Folio-histoire, 1988, et Laidié (Frank), Fêtes et manifestations publiques en Côte-d’Or pendant la Révolution française 1789-1799 (thèse, 1999), éd. Presses Universitaires d’Aix-Marseille, coll. Histoire des Institutions et des Idées politiques, 2005.
[2] « Emblèmes ou symboles de la Révolution », les arbres de la Liberté sont l’un et l’autre, les deux termes étant devenus pratiquement synonymes dans l’usage courant, et venant d’ailleurs tous deux de la racine grecque « ballein », « jeter dans », même si symbole a pris un certain temps une connotation proprement religieuse (le « symbole de Nicée », « des apôtres », etc.). Disons que lorsqu’un symbole est largement fixé et reconnu, il devient un emblème : un arbre de la liberté couronné du bonnet phrygien, le  bonnet phrygien lui-même, plus encore un drapeau ou, sous la Révolution, le monogramme abréviatif aujourd’hui oublié « la RFUI », pour « la République Française Une et Indivisible ».
[3] Millat (Pierre),  Les arbres de la liberté du département de l’Yonne. Heurs et malheurs d’un symbole républicain, Société d’histoire et d’archéologie du canton de Villeneuve-sur-Yonne, « Les Amis du Vieux Villeneuve », collection Terre d’histoire n° 5, Villeneuve-sur-Yonne, 1990. Voir aussi pour après 1800  Forestier (Henri),  L’Yonne au XIXe siècle, première partie (1800-1830), 2 volumes, Auxerre, 1959.
[4] Porée (Charles),  Sources manuscrites de l’histoire de la Révolution dans l’Yonne, 2 volumes, Auxerre, 1918-1927.
[5] Pour le Journal de l’Yonne (JY), nous avons utilisé la seule collection existant à Auxerre, celle qui a été constituée au fil des ans par Hervé Chevrier, archiviste de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, 1 rue Marie-Noël à Auxerre. Nous remercions vivement cette société savante  et son archiviste qui nous ont permis de consulter cette collection, un peu incomplète et non encore inventoriée, qui fera ultérieurement l’objet d’une présentation complète dans le bulletin de la société.
[6] Millat (Pierre), op. cit. note 3, p. 41, 15 germinal an VII (20 avril 1799) à Beugnon.
[7] Richard (Paul), « L’arbre de la Liberté à Auxerre », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, année 1975, 107e vol., Auxerre, 1976, pp. 147-154. Dans le même volume, Claude Holh avec « Les fêtes à Auxerre durant la Révolution », pp. 127-145, article dont la première partie avait été publiée en 1974, pp. 127-145, permet de suivre dans cette cité l’utilisation de ces deux arbres de la Liberté et de la Fraternité dans les diverses cérémonies civiques.
[8] Liris (Elisabeth) in Les images de la Révolution, p. 315, dir. Michel Vovelle, Publications de la Sorbonne, 1988.
[9] Millat (Pierre), op. cit. note 3, ici comme pour les communes citées par la suite.
[10] Ibidem,  passim.
[11] Richard (Paul), « L’arbre de la Liberté à Auxerre », article cité note 7.
[12] ADY, L75. Vaux, 12 nivôse an VII. Nous devons cette citation à Millat (Pierre), op. cit. note 3.
[13] Porée (Charles), op. cit.  note 4,   t. I, p 117, AN C-258, juin 1793.
[14]  Ibidem note 4,  t. I, p. 61-62, F1c III Yonne-5 (esprit public et élections).
[15] Ibidem note 4, t. I, p. 375, F7 7626 (police générale) et Forestier (Henri),  t. I, p. 48, III M1 37-41 (événements et incidents locaux, 1798).
[16] Millat (Pierre), op. cit. note 3, p. 15. L’auteur ne cite pas sa source.
[17] Archives municipales de Cézy et Histoire de Cézy de 1366 à nos jours, une plaquette polycopiée anonyme, publiée vers 1987 avec l’aide de la municipalité et fournie à l’auteur par Gérard Tabeling, de L’Yonne Républicaine. Cette plaquette repose, pour l’essentiel, sur les registres municipaux. Nous devons également à G. Tabeling la lecture d’une feuille locale éphémère à périodicité variable, de 1995 à 2001, intitulée Notre Village, au fil du temps.
[18] Louise-Bénigne de Bauffremont (1750-1803) est de très haute noblesse originaire de Lorraine en ligne paternelle ; elle est en même temps une Courtenay, son grand-père Louis Bénigne de Bauffremont marquis de Listenois ayant épousé en 1712 Hélène de Courtenay (1689-1768), ultime héritière de cette famille d’origine royale française (issue d’un fils de Louis VI le Gros), et - entre autres titres - comtesse de Cézy. À 12 ans, en 1762, Louise-Bénigne de Bauffremont épouse, avec dispense papale, son oncle paternel de 48 ans (donc 4 fois plus âgé qu’elle), Joseph de Bauffremont, Prince de Listenois (1714-1781), qui l’installe à Cézy en 1771 (il est marin, bientôt vice-amiral et souvent absent). Le château de Cézy est une vieille et sombre bâtisse médiévale de l’héritage Courtenay (ancienne forteresse modernisée mais assez austère pour être partiellement transformée en usine au XIXe siècle).
[19] Ce village, à la volonté affirmée, se battait à la fois contre la ci-devant dame et contre l’administration du district de Joigny qui lui réclamait, en juillet 1792, la descente de trois des quatre cloches de son église. Ce n’est que le 18 novembre 1793 que, faisant passer l’intérêt général avant l’esprit de clocher, il accepte de livrer effectivement les trois cloches réquisitionnées. On peut souligner que cet enlèvement des cloches est « perpétré » dans le même mois - brumaire et frimaire an II – où interviennent les décisions de « brûlement des papiers et titres féodaux », d’enlèvement d’une croix en place publique et de plantation de deux arbres de la liberté : encore le « transfert de sacralité ». Voir mon ouvrage Cloches et querelles de cloches dans l’Yonne, éd. Les Amis du Vieux Villeneuve, Villeneuve-sur-Yonne, 2010, p. 51.
[20]  Ozouf (Mona)  utilisatrice du terme dans La Fête révolutionnaire, 1789-1799, op. cit. note 1.
[21] Louise-Bénigne de Bauffremont s’était  installée au château de Cézy (venant d’Hélène de Courtenay) après que son mari Joseph de Bauffremont ait, en 1771, vendu la seigneurie de Bléneau - autre bien Courtenay - à François-Noël Haudry, fermier général et futur beau-père de Jean-Baptiste Rougier de la Bergerie qui en hérita lui-même en 1784 avant de devenir en mars 1800 le premier préfet de l’Yonne. Au début du XVIIIe,  le château de Cézy avait été occupé par le frère d’Hélène de Courtenay, épouse Bauffremont, Roger de Courtenay (1647-1733), comte de Cézy et dernier descendant mâle des Courtenay mort  sans laisser d’enfant.
[22] Outre l’Histoire de Cézy de 1366 à nos jours citée en note 17, voir Fleury (Bernard), La Vie publique à Joigny de la Révolution à la Belle Époque, p. 49 à 54.
[23] Histoire de Cézy de 1366 à nos jours, op. cit note 17.
[24] Vignier (Françoise), « Fêtes à Semur-en-Auxois de 1791 à 1824 d’après les notes d’une bourgeoise de la ville », communication  dans Fêtes et Jeux entre Saône et Meuse. Bourgogne, Champagne et régions adjacentes,  Xe colloque de l’ABSS, Langres, octobre 2000, éd. ABSS et Société historique et archéologique de Langres, 2003, et Robin (Régine), La Société française en 1789 : Semur-en-Auxois, éd. Plon, 1970.
[25] ADY, L 1141. Ligny-le-Châtel. Société populaire, 14 nivôse an II (4 janvier 1794).
[26] ADY, L 236. Saint-Bris-le-Vineux, 2 nivôse an VI (23 décembre 1797).
[27]  Millat (Pierre), op. cit. note 3, p. 20, décrit la situation à Charbuy : la municipalité plante le 4 germinal an IX (24 mars 1801) quatorze arbres, dédiés respectivement à la Liberté, au Premier Consul Bonaparte, à la Fraternité, au gouvernement, au général Moreau, au préfet de l’Yonne le citoyen Rougier-Bergerie, au maire, aux armées françaises, à la vieillesse, à la jeunesse, à l’union, à la concorde, aux pères et mères de famille et enfin le quatorzième à la commune. Ajoutons que la place centrale, dite place de la Liberté, reçoit en même temps l’arbre de la liberté et celui du Premier Consul. Exemple tiré des archives municipales de Charbuy.   JY n° 12 du 30 pluviôse an IX  (18 février 1801) : « À Fleurigny, le maire à fait placer dans l’excavation destinée à recevoir l’arbre une large ardoise sur laquelle étaient gravés les noms des consuls ; ceux de préfet, de tous les maires de l’arrondissement et des maire et adjoint de la commune (…) L’ardoise a été plantée ensuite aux cris de vive la république, vivent les consuls… ».
[28] JY n° 16 du 20 ventôse an IX (10 mars 1801) : « À Annoux, sous-préfecture de Joigny, on a fait une plantation de vingt-deux arbres et le jour de cette cérémonie, les habitans se sont volontairement engagés à rétablir leurs chemins vicinaux aussitôt que le beau temps le permettrait. Ceux de Paroy en-Othe ont aussi réparé, en un seul jour, tous les chemins vicinaux, et le soir de la même journée, quatre arbres à la liberté ont été plantés aux cris immenses de vive la République.  »
[29] JY n° 7 du 5 pluviôse an IX (24 janvier 1801) : « On ne peut qu’applaudir à cette idée du maire d’Ancy-le-Franc [inciter tout   concitoyen à planter puis à entretenir un arbre de la liberté qui portera son nom ou celui de sa famille] qui tend à perpétuer les noms des citoyens qui concourent également à l’affermissement de la liberté et à l’embellissement des communes [nous soulignons] ». Le journal ajoute : « On prévient, au surplus, les maires des arrondissements qui seraient embarrassés sur le choix des arbres qu’ils en trouveront de toute espèce soit à la pépinière nationale de Lisle, soit chez madame Sauvalle, pépiniériste à Sens ». Donc une vraie politique de l’arbre, presque une opération de reforestation.
[30] Cattagni (Alain) et Rocher (Jean-Pierre), Le premier préfet de l’Yonne : Jean-Baptiste Rougier de la Bergerie, 1800-1813, Actes du colloque d’Auxerre 31 mars-15 mai 2000 sur la Commémoration du bicentenaire de la création du Corps Préfectoral, éd. Foyer des Jeunes Travailleurs et Préfecture de l’Yonne. Cette publication donne une vaste bibliographie sur les diverses facettes de cet homme des Lumières.
[31] JY  n° 11 du 25 pluviôse an IX (16 février 1801).
[32] JY  n° 7 du 5  pluviôse an IX (24 janvier 1801).
[33] JY  n° 21 du 15 germinal an IX (5 avril 1801).
[34] JY  n° 10 du 20 pluviôse an IX 11 février 1801).
[35]JY  n°15 du 15 ventôse an IX (5 mars 1801).
[36] JY  n° 21 du 15 germinal an IX (5 avril 1801).
[37] Pointel (Roger), « Les arbres de la République dans l’Yonne », dans le Bulletin de la Société d’Archéologie et d’Histoire du Tonnerrois n° 36, 1986,   p. 64. Le cas d’Epinieul (comme les autres cas présentés par cet auteur)  est donné sans indication de ses références dans le Journal de l’Yonne, numéro et date.
[38] François-Leclanché (Xavier), Les gens de Villiers-sur-Tholon de 1789 à 1830, éd. Perform, Villiers-sur-Tholon, 2010.
[39] Voir notre ouvrage Les Emblèmes de la République,  chapitre III, « L’arbre de la liberté, un emblème civique festif », pp. 125-144 et pour les Tuileries p. 130, CNRS Éditions, 2012.
[40] Agulhon (Maurice), Schäffer (Pierre) et Richard (Jean-Claude), « Un vernis du Japon planté le 2 décembre 1804 à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) par le notaire Pons et ses amis en l’honneur du sacre de Napoléon Ier », Études Héraultaises, n° 35, 2004-2005, p. 85 à 94.
[41] Information communiquée lors de la Journée d’études du 9 novembre 2012 par M. Alain Pigeard, président du Souvenir napoléonien, qui se trouve ici remercié. L’information détaillée se trouve dans Le Guide Napoléon, de  Chappet (Alain), Martin (Roger) et Pigeard,(Alain) éd. Tallandier, coll. Bibliothèque Napoléonienne, 2005.
[42] Corbin (Alain), préface à Richard (Bernard), Les Emblèmes de la République, p. 10, op. cit. note 40. Ajoutons, pour une période et une aire géographique différente de celle que nous étudions, le récent article de Fureix (Emmanuel), « L’arbre de la liberté dans le Midi : conflictualité autour d’un signe révolutionnaire (1814-1852), Annales du Midi, tome 124, n° 280, octobre-décembre 2012, numéro thématique consacré à Politique et symbolique de la Restauration à la Révolution nationale. Déclinaisons méridionales. L’auteur de l’article, interrogé par nos soins, nous a  répondu : « Sans doute Alain Corbin a-t-il raison sur le nombre, mais on ne peut à mon sens comparer des futaies et des arbres-marqueurs (finalement, l'arbre unique marque sans doute davantage l'espace, surtout s'il est planté sur un terrain conflictuel, que la futaie d'embellissement) ». Effectivement par exemple les trois arbres-marqueurs de Cézy, plantés pour prendre ou reprendre le  contrôle d’un espace disputé, ont une valeur politique et symbolique bien plus forte - et plus conflictuelle - que les arbres, certes  beaucoup plus nombreux, de la futaie plantée à Dilo pour célébrer  la naissance du Roi de Rome.

Les trois arbres de la liberté de Cézy

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Saint-Sulpice et Voltaire : le bronze pendant l’Occupation, 1940-44