Vendanges de bronze dans l’Yonne sous l’Occupation

Vendanges de bronze dans l’Yonne sous l’Occupation [1]

Menaces sur le bronze de France

Pour étudier la « mobilisation », la « récupération », on dit encore la « refonte » du métal « des statues et monuments en alliages cuivreux sis dans les lieux publics et dans les locaux administratifs, qui ne présentent pas un intérêt artistique ou historique » par le gouvernement de Vichy, l’ouvrage essentiel est celui de Kirilly Freeman, The battle for bronzes. The destruction of french public statuary (1941-1944) ; c’est une thèse de doctorat présentée à l’Université de Waterloo, Canada, 2005, et publiée ensuite sous le titre de Bronzes to Bullets : Vichy and the Destruction of French Public Statuary, 1941-1944, Stanford University Press, Stanford, Californie, États-Unis, 2009. Un article d’Elizabeth Campbell Karlsgodt complète bien l’étude de Mme Kirrily Freeman, « Recycling French Heroes : The Destruction of Bronze Statues under the Vichy Regime », French Historical Studies, vol. 29, n° 1, hiver 2006, p. 143-181. Enfin, toujours pour les études portant sur la France entière, très utiles sont les données plus générales portant sur l’ensemble des métaux non ferreux réquisitionnés par Vichy, pour la France et/ou l’Allemagne, fournies par Chad Denton, doctorant américain de Berkeley actuellement en poste en Corée du Sud, dans « Des poids et des mesures : la collaboration économique franco-allemande à travers la réquisition des métaux non ferreux » (étude en cours, aimablement communiquée avant publication par ce chercheur). Pour le cas particulier des cloches – sauvées grâce à la livraison de statues de bronze – nous renvoyons à notre article sur « Les cloches en France sous la seconde guerre mondiale » publié, sans les illustrations, dans le n° 69, janv-avril 2012, de la revue Patrimoine campanaire[2].

Parmi les études locales, deux peuvent servir d’exemple, de modèle. Tout d’abord celle de Jean-Pierre Koscielniak, Vendanges de bronze. L’enlèvement des statues en Lot-et-Garonne sous le régime de Vichy, Éditions d’Albret, coll. Terres de mémoire, Nérac, 2007 : une monographie départementale en zone “libre” – jusqu’en novembre 42 – avec disparition de 90% des statues (la zone “nono” n’a pas du tout été mieux traitée que la zone occupée) dont celle du président Armand Fallières, enfant du pays, et cinq statues de la République en lieu public. Ensuite celle de Christel Sniter, « La fonte des Grands Hommes. Destruction et recyclage des statues parisiennes sous l’Occupation », revue Terrains et Travaux, n° 13, février 2007, E.N.S. de Cachan : à Paris, l’auteur compte, parmi les 144 statues enlevées, 65 statues de grands hommes et 8 allégories républicaines « mobilisées », mais les disparitions émeuvent beaucoup moins à Paris et dans les autres très grandes villes que dans les villes moyennes ou petites, moins pourvues en monuments et bien plus fortement attachées à leurs grands hommes, à leur « panthéon à l’air libre ». Kirrily Freeman et Jean-Pierre Koscielniak ont tous deux souligné les grands efforts déployés essentiellement par des maires, des conseillers municipaux et d’autres notabilités locales pour tenter de sauver des statues menacées : à Arles Frédéric Mistral, poète donné en exemple par Pétain à diverses reprises mais dont la statue est néanmoins envoyée à la fonte ; la statue de Joseph de Maistre subit le même sort à Chambéry alors qu’il s’agit d’un philosophe contrerévolutionnaire admiré par les partisans de la Révolution nationale de Pétain ; le poète Jasmin (1798-1864), chantre de la langue et des traditions gasconnes, à Agen, est plusieurs fois menacé, et finalement épargné, au contraire d’Alexandre Dumas enlevé à Villers-Cotterêts ou Dumont d’Urville à Condé-sur-Noireau.

Étiquette-souvenir

Étiquette-souvenir

Nous donnons là volontairement quelques exemples de statues de personnages admirés par Vichy et néanmoins détruites, tant les besoins français et surtout allemands allèrent en croissant de 1941 à 1944. Les maires, pour sauver la statue d’un grand homme de leur commune, firent donc de très grands efforts, vains ou réussis. Ainsi le combat que nous allons étudier dans l’Yonne, en particulier celui mené à Auxerre à propos de la statue de Paul Bert alternativement condamnée et sauvée plusieurs fois de 1941 à 1944, s’inscrit-il dans un phénomène récurrent qui apparaît dans tout le pays. Soulignons que la récupération du bronze des statues n’est certes qu’un élément quantitativement mineur au sein des réquisitions de métaux non ferreux menées par Vichy pour lui-même et pour l’Occupant qui, selon les données actuelles, ce serait emparé de 58 % du revenu national de la France (libre et occupée) de 1940 à 1944. Chad Denton, pour le seul département de l’Yonne entre 1941 et 1944, évalue à près de 321 tonnes le poids de métaux non ferreux (cuivre, étain, plomb, nickel et divers) réquisitionnés par Vichy alors que les cinq monuments fondus (statues et bustes de bronze) n’en fournissent que moins de 2 tonnes (et l’échange « cuivre contre vin », objet d’une active campagne dans les pays de viticulture – pour le sulfate de cuivre – rapporte dans l’Yonne plus de six tonnes de cuivre[3]). Mais la disparition de ces monuments commémoratifs ou honorifiques est un phénomène ressenti très douloureusement par la population dont souvent les parents ou les grands parents avaient contribué volontairement au financement de l’oeuvre « mobilisée » dans la commune. Il est évident que la charge symbolique, affective, d’un monument est infiniment supérieure à ce que représente dans la commune un stock industriel, des poignées de porte en laiton, le zinc d’un bar ou un rouleau de fil électrique ; le simple fait de considérer qu’une statue de bronze ne vaut que son poids de cuivre et d’étain est déjà en l’occurrence une insulte tant au grand homme représenté qu’à l’artiste qui a conçu et réalisé cette statue ainsi qu’à la commune qui l’a financée. Ajoutons que, ici comme ailleurs, la maquette de plâtre et les moules ayant servi à préparer la réalisation de la statue de bronze ont généralement disparu, comme tout matériau encombrant et fragile. C’est donc bien souvent une oeuvre originale, unique, qui disparaît. Comme le souligne Kirrily Freeman, l’enlèvement des statues à Paris n’entraîne pas de forts mouvements de protestation, les Parisiens estimant sans doute que leur capitale est très, voire trop, bien pourvue en monuments ; les rues et places de Paris restent un « panthéon à ciel ouvert » malgré les rafles du Commissariat à la Mobilisation. En revanche en province l’attachement à tout statufié du lieu, né ou s’étant illustré sur place, est beaucoup plus vif et le combat pour éviter l’enlèvement est mené avec vigueur en particulier par les maires et conseil municipaux. Par exemple à Arles, se bat le maire maréchaliste, cette fois en vain, pour sauver la statue de Frédéric Mistral, statue qui avait été érigée du vivant même du poète provençal nobélisé : seule la tête est sauvée de la fonte ; elle est cachée jusqu’à la Libération, puis utilisée, avec la maquette en plâtre heureusement conservée, pour rétablir le poète sur les lieux du forfait germano-vichyste. En outre, alors que la “Révolution nationale” exalte les valeurs patrimoniales et régionalistes, ce sont précisément ces valeurs qui sont frappées par la destruction des « statues de province » et cette inconséquence aliène au régime de Vichy des esprits auparavant gagnés à ses valeurs traditionnalistes : le fervent attachement à la « petite patrie » est blessé par la politique d’un maréchal qui trahit sa propre idéologie passéiste pour satisfaire les exigences de l’ennemi, de l’Occupant. Folie coupable que d’avoir prétendu édifier une « France nouvelle » en réalisant, à la faveur de la défaite et sous la botte étrangère, une « Révolution nationale » contre les valeurs démocratiques bien enracinées pensent de plus en plus de Français occupés ! Un exemple départemental a donc été bien étudié en 2007 par Jean-Pierre Koscielniak dans Vendanges de bronze. L’enlèvement des statues en Lot-et-Garonne sous le régime de Vichy. Là vingt et une statues sur vingt-trois sont enlevées et fondues, dont trois Républiques en pied (à Agen, une étonnante statue de plus de 3 m de haut sur un socle de pierre de 4 m, ceci au centre de la grande place de la ville, place du 14 Juillet et une à Villeneuve-sur-Lot haute de 2m 60 sur socle de plus de 2 m, La République présentant au monde le nouveau siècle dite encore L’Ère nouvelle oeuvre d’Auguste Paris (auquel on doit aussi le Danton du boulevard Saint-Germain à Paris) et deux bustes de Marianne (à Nérac, un buste en espace public sur un piédestal de 2m 40 de haut – ce qui équivaut pratiquement à une statue en pied – et un autre installé dans l’enceinte de la mairie). Pour le reste, en dehors des statues de Bernard Palissy et du président Armand Fallières (à Mézin, sa commune natale), les personnages enlevés, pour ministres ou généraux qu’ils aient été, n’ont en général qu’une notoriété essentiellement locale, dans leur commune de naissance précisément. Ils avaient honoré leur commune par une carrière modeste mais nationale. Pour l’Yonne, les archives départementales sont riches en informations conservées par la Préfecture sur les réquisitions de statues et bustes et sur les modalités et errements de ces réquisitions. Toutes nos citations sont tirées des cotes 1-W 345 et 1-W 346. Les données qu’on y trouve s’éloignent souvent très fortement de deux livres plus apologétiques que biographiques consacrés à l’action de Jean Moreau, maire d’Auxerre sous l’Occupation : par Antoine Demeaux, Une République à chaque bras…, et par [Pierre] Moreau d’Orgelaine, Les Lucioles de Pierre, 1912-1988. Dans l’ombre de Jean Moreau « l’Auxerrois », l’auteur de ce dernier ouvrage étant, sous un pseudonyme transparent, le fils du héros[4].
Jean Moreau, de 1941 à 1944, n’est pas maire élu mais, ancien conseiller municipal d’opposition sous la Troisième République sans responsabilité dans l’exécutif municipal ; il est nommé maire le 14 août 1941 par le gouvernement de Vichy sur proposition du préfet, avec le titre de président de la Délégation spéciale de la ville d’Auxerre. Il reçoit ou prend dans les documents officiels une titulature variée : maire, maire-président, président de la Délégation spéciale (ou encore président de la Délégation municipale) de la Ville d’Auxerre.

Une fois que les Allemands eurent réquisitionnés, raflés tous les stocks disponibles de métaux non ferreux destinés à alimenter les diverses industries, commence une négociation menée de mars à novembre 1941 par les responsables de la Délégation économique de la Commission d’armistice (DECA), le Français Jacques Barnaud et l’Allemand Elmar Michel ; une des menaces principales porte sur le sort des cloches, que l’Occupant a commencé à saisir en Belgique, puis aux Pays-Bas, dans l’ex Tchécoslovaquie, etc. Pour épargner les cloches des églises de France, menacées par les plus hautes autorités allemandes (Hitler, Goering), le gouvernement du maréchal Pétain propose dès juillet 1941 de livrer en particulier les statues de bronze installées en lieu public. En effet la collecte des métaux nonferreux auprès des particuliers mais aussi des hôtels, des hôpitaux, des administrations, etc., s’effectue depuis mars 1941 par le biais de campagnes de propagande faisant appel au volontariat, sans grands résultats, la population se doutant bien que le produit récolté n’ira pas alimenter principalement l’industrie et l’agriculture françaises mais partira largement en Allemagne pour les industries d’armement.

Le cuivre pour l’ agriculture française ?

Le cuivre pour l’ agriculture française ?

Dès juillet 1941, un conseil des ministres s’est tenu à Vichy sur ce problème de la récupération de métaux non-ferreux. Il a décidé que les quantités de métaux non-ferreux souhaitées par l’Occupant ou nécessaires pour l’industrie et l’agriculture françaises (les sources d’approvisionnement extérieures sont coupées : États-Unis et bientôt URSS, Chili, Rhodésie du Nord, Congo Belge pour le cuivre, Bolivie pour l’étain, etc.), seraient obtenues par réquisitions obligatoires et non plus sur la base du volontariat. Des lois et règlements contraignants, et ceci sur tout le territoire français, occupé ou non, organiseront les prélèvements, le gouvernement de Vichy se chargeant d’opérer les saisies. La loi spécifique du 11 octobre 1941 et son arrêté ministériel d’application du 15 octobre règlent le sort des statues “d’alliages cuivreux”, désormais visées. La loi prévoit l’enlèvement « des statues et monuments en alliages cuivreux sis dans les lieux publics et dans les locaux administratifs, qui ne présentent pas un intérêt artistique ou historique [à l’exception aussi des bronzes des monuments aux morts et des monuments funéraires des cimetières]»[5]. En revanche les cloches, réquisitionnées dans d’autres pays occupés, sont sauvées en France, sauf en Alsace-Moselle réintégrée en fait dans le Reich dès juillet 1940 et dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais administrés par l’Occupant à partir de Bruxelles. Les autorités de Berlin acceptent ce schéma en novembre 1941. Selon Elizabeth Campbell Karlsgodt, le Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF, Commandement militaire allemand en France installé à l’hôtel Majestic à Paris) s’opposa lui aussi (tout comme Pétain et Darlan) à la réquisition des cloches, car pour lui cette violation des sensibilités religieuses des Français aurait développé la résistance à l’occupation et entraîné donc pour les Allemands une forte augmentation du coût financier et militaire du maintien de l’ordre[6]. C’était oublier l’impact sur l’opinion publique de la disparition de statues de héros aimés.

Tombe de Paul Bert, patriote, par Bartholdi, patriote

Tombe de Paul Bert, patriote, par Bartholdi, patriote

Le montage administratif prévu par la loi du 11 octobre 41 est assez lourd. Une commission sera créée dans chaque département pour choisir les statues à fondre ou à sauvegarder. Elle est composée du préfet, d’un conservateur de musée, du conservateur des antiquités et objets d’art, d’un architecte des monuments historiques et, plus important, de l’inspecteur général de la production industrielle, un fonctionnaire régional qui, pour l’Yonne, réside à Dijon et représente les intérêts économiques. Les membres de cette commission sont ainsi des fonctionnaires que les résultats aux concours de recrutement et le jeu des nominations ont amené dans le département.
À Paris, un Comité Supérieur arbitrera en cas de conflit (et surtout dans les cas où la commission départementale n’a pas proposé suffisamment de métal non ferreux). Ce Comité Supérieur est présidé par Louis Hautecoeur[7], secrétaire général des Beaux-arts, mais en son sein, c’est la voix du secrétaire général de la Production industrielle (dit aussi secrétaire à la Répartition des Produits industriels) qui a plus de poids. Il s’agit d’abord de Jean Bichelonne, ce « super-major-de-Polytechnique-qui-y-avait-obtenu-plus-de-points-qu’Arago »[8], brillant personnage très germanophile qui obtient le portefeuille ministériel de la Production industrielle en avril 1942 en remplacement de François Lehideux, dans le nouveau gouvernement Laval imposé par Berlin.
L’État français de Vichy est fort utile pour l’Occupant en ce qu’il lui permet d’alléger le poids en hommes et en argent qu’une administration directe de la France aurait exigée. Voir les schémas développés sur ce point par exemple par Robert O. Paxton dans la seconde édition de La France de Vichy 1940-1944, avant-propos p. 7 à 35, éditions du Seuil, collection L’Univers historique, 1997.

Jean Bichelonne (dans une brochure de 1942)

Jean Bichelonne (dans une brochure de 1942)

Une administration permanente est créée à Paris, c’est le Commissariat national à la Mobilisation des métaux non ferreux, dirigé par l’ingénieur Max Regnier. Il relève non pas du Ministère de l’Éducation nationale mais celui de la Production industrielle (François Lehideux puis Jean Bichelonne) et il a une délégation implantée dans chaque région. Ce Commissariat effectue le recensement préalable des statues et monuments de bronze, en adresse le résultat à chaque commission départementale pour ce qui la concerne, centralise les réponses des commissions départementales, les transmet au Comité Supérieur qui prend les décisions finales communiquées aux délégations régionale du Commissariat qui les transmettent aux préfets. Les besoins français et surtout allemands s’accentuant avec le temps, le Comité Supérieur – de plus en plus simple courroie de transmission des exigences allemandes – est amené à demander de nouveaux choix plus drastiques, de nouveaux enlèvements, pour des statues que les départements croyaient sauvées au vu des décisions « finales » antérieures. Pour l’Yonne, la commission départementale se réunira deux fois, le 3 décembre 1941 et le 23 septembre 1942, mais de 1943 à mai 1944, les consultations et décisions ne passent plus par les commissions départementales ni par le Comité Supérieur ; le préfet est devenu l’interlocuteur unique de Louis Hautecoeur, secrétaire général des Beaux-arts, qui lui-même ne réunit plus le Comité Supérieur, et du Commissariat national à la Mobilisation des métaux non ferreux qui relève du ministre de la Production Industrielle.
L’exécution des décisions d’enlèvement pour fonte est confiée à un organisme semi-public (privé et subventionné), le GIRM, Groupement d’importation et de récupération des métaux, qui se charge de passer les contrats avec des entreprises privées qui enlèveront et transporteront les bronzes, ainsi qu’avec celles qui les fondront, si le matériel n’est pas envoyé directement en Allemagne, en général à Hambourg où affluent de toute l’« Europe Nouvelle » cloches et statues de bronze. Soulignons que paradoxalement le GIRM oeuvre essentiellement à fournir l’Allemagne en métaux non ferreux alors qu’il était à l’origine un organisme chargé, dès septembre 1939, d’importer des métaux en France et inciter les populations et les entreprises à fournir des métaux non ferreux à l’industrie française d’armement pendant la longue guerre défensive que les Français s’apprêtaient à mener pendant des années à l’abri de la ligne Maginot, en attendant l’arrivée des Américain.

L’épée de Damoclès menaçant les cloches de France ne disparaît jamais complètement. Par exemple le 8 août 1942, voici une circulaire de Vichy adressée à tous les évêques et archevêques de France pour réclamer le recensement général, « dans tous les édifices religieux du diocèse (églises, chapelles, communautés) », non pas des cloches en fonctionnement mais « des objets inutilisés ou facilement remplaçables qui contiennent du cuivre, du plomb, de l’étain, du nickel et leurs alliages : chandeliers, candélabres, luminaires, cloches ébréchées, fêlées, désaffectées, jeux de tuyaux d’orgue… »[9]. Si l’on ajoute qu’en 1943 (date exacte non connue), une commission mixte franco-allemande vient à Asquins, près de Vézelay, enquêter sur le poids des trois cloches de l’église paroissiale[10] ; on comprend que, dans l’Yonne comme dans bien d’autres départements, le conservateur des antiquités se soit efforcé de recenser et classer à l’inventaire le maximum possible de cloches anciennes, antérieures à 1789 ou 1800. Pour l’Yonne sont classées en juillet 1942 toutes les cloches figurant dans les quatre volumes du recueil des Inscriptions de l’ancien diocèse de Sens, (le « Quesvers et Stein »), ce qui permet de sauvegarder le patrimoine campanaire antérieur à 1800, au moins pour le territoire concerné par le recueil, la plus grande partie du département ; des cloches disparues entre la confection de cet inventaire de début de siècle et 1942 sont d’ailleurs elles aussi classées, dans l’urgence[11].

Vendanges de bronze dans l’Yonne ?

La liste envoyée en novembre 1941 au préfet de l’Yonne par la Délégation dijonnaise du Commissariat national à la Mobilisation des métaux non ferreux pour étude par la commission départementale comporte dix statues ou bustes de bronze : à Sens le baron Thénard, chimiste (1777-1857) ; à Auxerre, les statues du maréchal Davout duc d’Auerstaedt (1770-1823), du physicien et préfet Joseph Fourier (1768-1830), de l’avocat et ministre Alexandre Marie – Marie d’Avigneau dit Marie – (1797-1848), du physiologiste et ministre Paul Bert (1833-1886) et, dans l’hôtel de ville, un buste de l’architecte Soufflot (1709-1780) ; à Annoux, le buste de l’officier supérieur Elzéar d’Avout (1826-1902) ; à Toucy le buste de Pierre Larousse (1817-1875) ; à Avallon et à Saint-Léger-Vauban, les statues de Vauban (1633-1707), celle d’Avallon étant l’oeuvre de Bartholdi. A priori les statues des maréchaux Vauban et Davout d’Auerstaedt sont protégées par leur notoriété, leur caractère d’enfants du pays et leur maréchalat, l’État français étant présidé par un maréchal (qu’on appelait « le Maréchal » ou « le Maréchal de France »).

Joseph Fourier - Baron  Thénard -  Alexandre  Marie quelques-uns des chers disparus de l’Yonne

Joseph Fourier – Baron Thénard – Alexandre Marie quelques-uns des chers disparus de l’Yonne

Lors de sa première réunion, le 3 décembre 1941, la commission départementale épargne effectivement les statues de Vauban et Davout, ainsi que le buste de Soufflot, et propose d’enlever et d’envoyer à la fonte les six autres statues ou bustes de bronze.

Les statues ou bustes condamnés sont enlevés courant 1942, sauf encore la statue de Paul Bert. Pour la place Pierre-Larousse à Toucy, la famille Hollier-Larousse promet, et installera plus tard, un buste en granit de Bretagne, aujourd’hui encore en place. Peu se soucièrent, semble-t-il, d’Elzéar d’Avout ni d’Alexandre Marie – même à l’occasion du Centenaire de la Révolution de 1848. Joseph Fourier, après la guerre, bénéficia en 1952, sur la façade de l’ancien Palais de Justice d’Auxerre, puis Bibliothèque, aujourd’hui Services municipaux et archives, d’un médaillon de pierre s’ajoutant à ceux qui, depuis la mi XIXe siècle, honoraient diverses gloires auxerroises (Jehan Régnier, Jacques Amyot, l’abbé Lebeuf, Germain Soufflot et quelques autres). On scella en outre sur la même façade deux plaques de bronze provenant du socle de la statue enlevée. Un comité international se préoccuperait aujourd’hui de lancer une souscription pour l’érection d’un nouveau monument à ce créateur de la physique mathématique[12]. En fait, comme cela a souvent été souligné, la statuaire réaliste ou allégorique est largement passée de mode après – voire avant – guerre et les finances publiques ont d’autres soucis au moment de la Reconstruction.

Joseph Fourier, médaillon de 1952 (à Paris, Zola et d’autres, enlevés en 1942, ont aussi leur médaillon, façon économique de remplacer une statue)

Joseph Fourier, médaillon de 1952 (à Paris, Zola et d’autres, enlevés en 1942, ont aussi leur médaillon, façon économique de remplacer une statue)

Paul Bert sur son pont

Paul Bert sur son pont

Infiniment plus aimée est à Auxerre, parmi les bronzes en lieu public, la statue très patrimoniale et vénérée localement de l’Auxerrois Paul Bert[13]. Elle est l’oeuvre du sculpteur Émile Peynot, natif de Villeneuve-sur-Yonne, localement vénéré lui aussi et objet d’expositions, d’articles dans les Études Villeneuviennes, etc. Sous l’Occupation, la statue, érigée sur le pont Paul Bert, est plusieurs fois menacée, condamnée à la « refonte »… et sauvée. Elle est implantée sur un site non pas municipal mais national, car en bordure d’une route nationale, la Nationale 77.

Jean Moreau Pétain 1

Jean Moreau, maire nommé par Vichy, rend visite au maréchal (photo Archives municipales, Auxerre)

Jean Moreau, le maire d’Auxerre (nommé par Vichy à la place du maire radical-socialiste élu mais démissionnaire) est, tout comme Paul Bert, un Auxerrois patenté, important industriel local du chocolat qui connaît bien et partage les attachements de ses administrés, en particulier à l’égard de Paul Bert et de sa statue.

Échantillons de produits (appellations d’époque…) du chocolatier et maire Jean Moreau

Échantillons de produits (appellations d’époque…) du chocolatier et maire Jean Moreau

Il l’emporte finalement – face au préfet – car en mai 1944, c’est le maréchal Davout, le principal rival en survie de Paul Bert, qui est choisi par les autorités françaises pour être sacrifié, alors que le préfet, évidemment maréchaliste par fonction et étranger au département (les préfets, éphémères, connaissent mal les attachements et ferveurs des populations locales), eût préféré la sauvegarde de cette statue de maréchal. Les lenteurs administratives, les difficultés de transport puis le débarquement allié sauvent l’une et l’autre statues, et c’est le maire qui, à juste titre certes, bénéficiera des félicitations de ses concitoyens et qui pourra ultérieurement tirer un profit électoral de son action en faveur de Paul Bert. Il construira même autour de son action une jolie et pieuse légende dans laquelle intervient un Père Noël en chocolat proportionnellement aussi creux et léger que l’est le bronze de cette statue. Les deux ouvrages apologétiques déjà cités d’Antoine Demeaux et de Moreau d’Orgelaine (Une République à chaque bras… et Les Lucioles de Pierre, 1912-1988. Dans l’ombre de Jean Moreau « l’Auxerrois ») rapportent la légende. Rappelons qu’Antoine Demeaux fut, à partir de 1965, membre de l’équipe des conseillers municipaux du maire Jean Moreau, tandis que Moreau d’Orgelaine est en fait Pierre Moreau, fils de Jean, donc l’un comme l’autre de l’entourage proche du personnage.

La légende du Père Noël
Bien évidemment, ne croyant plus au Père Noël et ayant consulté les archives, nous sommes assuré que cette belle histoire de Père Noël en chocolat présenté au colonel allemand de la place d’Auxerre vite séduit par un Jean Moreau revêtu de son plus bel uniforme de lieutenant-colonel de l’armée de l’Air n’est que pure et bientôt fort utile légende, les décisions se prenant en effet non pas à Auxerre mais à Paris, entre autorités françaises, celles-ci au besoin pressées par les autorités allemandes de Paris ou Berlin… Voici la légende fidèlement retranscrite, tout d’abord dans Une République à chaque bras, p. 58 :
« Dans toute la France occupée, les Allemands ont fait main basse sur les statues de métal – bronze en général – ornant nos boulevards, nos squares, nos jardins publics [première erreur, la rafle n’a pas lieu que dans la France occupée mais dans toute la France, y compris dans la France dite « libre » ou « nono » ; seconde erreur, cette rafle n’est pas effectuée par les Allemands mais par les autorités françaises du régime de Vichy].
Auxerre n’a pas échappé à la razzia fatale et le célèbre  » Paul Bert « , du pont du même nom, en est probablement à ses derniers jours. Le Préfet Bourgeois est très ennuyé ! Les Allemands ont besoin de métal et raflent toutes les statues de bronze, c’est décidé… La Kommandantur a téléphoné à la préfecture et l’ordre est formel : il faut que tous les socles de la ville soient délivrés de leur métal, en vue d’augmenter le potentiel de guerre du Reich [Là encore, ce coup de téléphone de la Kommandantur d’Auxerre ne peut qu’avoir été inventé par l’auteur, pour transformer en conflit franco-allemand un conflit franco-français entre le préfet obéissant aux ordre du gouvernement de Vichy et la municipalité d’Auxerre].
Il semble donc bien, en cette année 1943, que  » Paul Bert  » ait terminé son séjour au-dessus des flots de l’Yonne. 
Mais c’était compter sans la résolution énergique du Maire, Jean Moreau, qui va s’opposer farouchement à l’enlèvement de la statue.
Il va lui-même, en grande tenue de lieutenant-colonel de l’Armée de l’Air française, trouver le Feldkommandant et lui expose catégoriquement son refus.
Devant tant d’assurance, les Allemands temporisent et finalement,  » Paul Bert  » demeurera, docte et serein, à la place qui est la sienne encore aujourd’hui.
Au préfet qui marque son étonnement : « Paul Bert n’est pas très connu, soupira-t-il. Méritaitil
cette statue ? « 
 » Il a eu droit à une statue de bronze « , réplique avec agacement Jean Moreau au préfet.
« Vous n’aurez même pas, vous, une statue en carton ! « … »
Tout semble invraisemblable dans cette première présentation de la légende, et d’abord l’attitude du maire face au commandant allemand : ce n’est pas le commandant local qui choisit et ordonne les enlèvements de bronzes les bronzes à enlever ; et comment imaginer que sous l’Occupation un maire, fut-il en grand uniforme militaire, puisse avec succès
opposer ainsi « catégoriquement son refus » aux autorités locales allemandes ? Et face au préfet, l’invraisemblance de l’attitude et du ton éclatent, d’autant que Jean Moreau n’a pas été élu maire mais nommé par le gouvernement de Vichy sur proposition de la préfecture de l’Yonne, alors que jusqu’alors, avant la suspension des institutions républicaines de juillet 1940, il n’avait été que conseiller municipal d’opposition : « qui t’a fait roi ? ». La même légende de l’affrontement direct et victorieux du maire et du Feldkommandant d’Auxerre est contée dans Les Lucioles de Pierre de Moreau d’Orgelaine, pp. 184-185, mais avec variantes car toute légende à ses variantes et l’auteur est ici beaucoup plus prolixe :
« C’était au début de l’occupation allemande [pour cet auteur, l’épisode conté ne se déroule plus en 1943 mais bien plus tôt, en 1941], le maire avait demandé à être reçu par le colonel allemand commandant la place.
Il arriva chargé d’un paquet assez volumineux.
 » Qu’apportez-vous là, Monsieur le Maire ?  » dit l’officier intrigué.
– Dans un instant vous le verrez, mais auparavant voici l’objet de ma visite. Vous avez fait enlever le buste d’Alexandre Marie, un beau bronze, soit dit en passant. Puis vous avez fait enlever la statue de Fourier, grand mathématicien de l’Empire. C’était du solide, un beau poids de bronze assurément [on sait que le commandant allemand de la place d’Auxerre n’y est pour rien puisque l’Allemagne s’était habilement déchargée de ce type de taches, impopulaires, sur le régime de Vichy, dans les deux zones].

J’apprends que vous voulez maintenant nous ôter « Paul Bert  » de son piédestal sur le pont de l’Yonne. Est-ce exact ?
– C’est mon choix, Monsieur le Maire, pour répondre au tonnage qu’on exige de mes services.
– Permettez-moi de m’y opposer formellement [assurément voici à nouveau une complète invraisemblance de ton entre un occupé et un occupant dans la France occupée de 1941]. Avez-vous pensé que la disparition de cette statue serait un rappel quotidien aux yeux de la population qui lui est très attachée. Ne commettez pas une erreur psychologique dont vous ne négligerez pas l’importance [on sait que l’Allemagne a l’habileté de faire assumer ses basses œuvres par Vichy et que le commandant allemand n’intervient en rien dans ce type de réquisition, même si la destination finale du bronze des statues, comme des cloches pour d’autres pays vaincus, est bien souvent Hambourg et ses fonderies]
– Ceci est à considérer (…) toutefois cela ne me donnera pas le métal attendu ; que me proposez-vous, Monsieur le Maire ?
– D’abord je me suis renseigné, Paul Bert est un bonhomme tout creux… Il ne fait pas le poids. C’est une mince pellicule de bronze : trois cents kilos tout au plus… » L’officier allemand fit une moue significative de son doute.
 » Cela me semble vous surprendre, dit le maire, je vais vous le démontrer… »
Il se met en devoir de déballer son paquet, faisant émerger des papiers de soie un gros père Noël en chocolat, devant les yeux de son interlocuteur ébahi.
 » Combien pensez-vous qu’il pèse ?  » demanda-t-il.
 » Une livre  » se hasarde le colonel…
– Deux cent cinquante grammes  » répond le maire…Vous voyez, Colonel, comme on peut aisément se tromper. Paul Bert est aussi creux que ce bonhomme ! Je vous apporte trois cents kilos de vieux cylindres à bonbons, en bronze ; ils sont là dans la camionnette. En échange, nous garderons ainsi notre grand homme… »
Le Feldkommandant, très amusé par cette démonstration aussi inattendue que convaincante, accepta.
C’est ainsi que Paul Bert fut sauvé, par le Père Noël ! ».
Reprenons le fil de l’histoire, et non plus de la légende, c’est-à-dire passons aux choses sérieuses grâce aux documents de la Préfecture conservés dans les Archives départementales de l’Yonne, documents qui démantèlent la légende.

Il faut sauver le soldat Bert

La commission départementale est réunie le 3 décembre sous la présidence du préfet, elle propose donc la refonte de six statues sur dix, seuls étant sauvés les deux Vauban, Davout et Soufflot. C’est le 12 décembre que le maire d’Auxerre reçoit de la Délégation dijonnaise du Commissariat national à la Mobilisation des métaux non ferreux notification pour ce qui le concerne et le 14 au matin qu’est réunie en « Comité secret » la Délégation spéciale de la Ville d’Auxerre, sous la présidence de son « Maire Président » Jean Moreau. Elle élabore une requête, envoyée aussitôt au préfet pour transmission avec appui au « Ministère compétent » :
… « La Délégation spéciale a appris avec émotion la décision d’envoyer à la refonte les statues qui perpétuent le souvenir de trois de ses compatriotes.
La Délégation s’est particulièrement émue de voir disparaître entre autres la statue destinée à immortaliser l’image de l’homme qui fut un physiologiste éminent dont les travaux contribuèrent à l’enrichissement de la science biologique, en même temps qu’un grand homme d’État qui, pour réaliser ses hautes conceptions coloniales, partit en pleine  activité pour l’Indochine et y trouva la mort au service de la plus grande France.
La Délégation, d’autre part, ne saurait oublier que la forte personnalité de Paul Bert demeure présente à la mémoire de ceux qui furent ses contemporains et que sa famille est encore représentée par deux de ses filles et une descendance aux quelles une pareille décision causera un profond chagrin »…
Le plaidoyer est habile, il invoque le savant, l’oeuvre coloniale à l’heure où l’Indochine reste fidèle à Vichy, l’enracinement local et la famille à l’heure de la devise « Travail, Famille, Patrie », tandis que sont tues les actions proprement républicaines et scolaires de Paul Bert à l’heure où cette oeuvre est critiquée et battue en brèche. Le 19 décembre le préfet transmet à Paris ( Louis Hautecoeur ou Jean Bichelonne) la requête de la ville, mais avec avis favorable pour le seul moulage des trois statues à fondre en vue de leur réfection ultérieure en marbre ou granit. Un fossé existe donc entre préfet, sur le départ, et maire.
Cependant Jean Moreau est revenu à la charge auprès du préfet, l’ancien puis le nouveau, dès qu’il a appris, le 23 décembre, le maintien de la décision du Comité Supérieur. C’est le nouveau préfet qui, le 26 décembre, donc pendant la trêve des confiseurs, alerte par téléphone Louis Hautecoeur, secrétaire général aux Beaux-arts et président du Comité Supérieur à Paris ; il et réitère le 3 janvier 1942 par courrier officiel au ministre de l’Éducation nationale et à la Jeunesse [Jérôme Carcopino], pour souligner la gravité de l’émotion suscitée par la confirmation de la décision relative à la statue de Paul Bert :
« Depuis lors de nouvelles et pressentes démarches ont été faites dans ce même sens [contre la décision d’enlèvement] tant auprès de mon prédécesseur que de moi-même par M. Moreau, Président de la Délégation Spéciale assisté de plusieurs membres de cette Assemblée ; M. Moreau ne m’a pas caché que si cette mesure était irrévocable, il se verrait dans l’obligation de me remettre sa démission et qu’il serait suivi par tous ses collègues ». Le préfet insiste ensuite sur le fait que « semblable décision priverait l’Administration de collaborateurs précieux, qui ont su en quelques mois, tant par leur activité que par leur bienveillance, s’attirer les sympathies de la population et jouir d’une autorité incontestable ». Le nouveau préfet arrive donc dans un Auxerre en vif émoi.
Presque toutes les affaires de fonte de bronzes tournent ensuite autour de cette même et vénérée statue du grand homme d’Auxerre. Par réponse du 15 janvier, le ministre ou le secrétaire général aux Beaux-arts Louis Hautecoeur n’a proposé que le remplacement de la statue de bronze par une statue de pierre et le préfet, en date du 20 janvier, demande à Paris si cette statue de pierre sera financée par l’État ou par la ville d’Auxerre. Et le 16 février, le préfet ne peut que confirmer au maire la condamnation de la statue :
« Je m’empresse de vous faire connaître que le Secrétaire d’État à l’Éducation nationale et à la Jeunesse [J. Carcopino], répondant à mes communications téléphoniques et à mes rapports, m’informe que le Comité institué au Secrétariat général aux Beaux-arts a maintenu la décision concernant l’enlèvement de la statue de Paul Bert, mais a retenu son remplacement par une statue en pierre ».
Ces annonces réitérées n’entament pas la volonté de Jean Moreau qui, semble-t-il, agit désormais en sous-main, court-circuitant préfet et voie hiérarchique. Il va sans doute constamment faire agir ses réseaux – que nous ignorons et qui peuvent être ceux d’anciens combattants ou d’aviateurs, compte tenu de son passé militaire. Par courrier du 16 mai 1942 reçu à la préfecture le 18, Louis Hautecoeur demande au préfet de confirmer au maire d’Auxerre « qu’il est impossible de revenir maintenant sur la décision prise le 15 janvier dernier par le Comité Supérieur siégeant au Secrétariat général aux Beaux-arts » ; il rappelle qu’une oeuvre de pierre a été prévue en remplacement et demande au préfet « de procéder à l’enlèvement du bronze ». Le préfet marque pourtant au crayon sur cette lettre : « Il n’y a plus qu’à classer cette correspondance ». En effet il reçoit du maire, par courrier du 20 mai seulement, deux lettres salvatrices datées des 29 et 30 avril 42.

La lettre du 29 avril, provenant du GIRM, adressait au maire le texte du télégramme que le Chef de la circonscription de Dijon des Industries Mécaniques et Electriques avait reçu du Secrétariat d’État à la Production Industrielle [Jean Bichelonne, protégé de Laval et promu Secrétaire d’tat à la Production Industrielle en avril 42 ] : « REFERENCE VOTRE LETTRE 1478 DU 21/4/42 STOP ACCEPTONS ECHANGE STATUE PAUL BERT AUXERRE CONTRE POIDS EQUIVALENT DE BRONZE FIN » Et cette lettre poursuivait : « En conséquence vous voudrez bien remettre aux Etablissements FIGNANNE le poids de 350 à 400 k° dudit métal ». La lettre du 30, confirmation de la précédente, émanait du Chef de la circonscription de Dijon des Industries Mécaniques et Electriques et Délégué du Commissariat à la Mobilisation des métaux non ferreux ; elle disait :
« Je confirme la conversation téléphonique de ce jour avec mon Ingénieur Adjoint, à savoir que le Secrétaire d’État à la Production Industrielle accepte que la Ville d’Auxerre soit autorisée à verser un poids équivalent de bronze fin en remplacement de la Statue Paul Bert ».
Le maire s’est évidemment offert le (malin) plaisir de remettre copie de ces correspondances – et à l’heure de son choix – au préfet, correspondances qu’il aura l’occasion de rappeler quand la statue de Paul Bert sera à nouveau menacée, début 1943. Selon le reçu du GIRM du 10 août 1943, ce sont 382 Kg 500 de métal non ferreux, correspondant au poids de la statue, qui ont été livrés le 21 mai 1942 à l’entreprise désignée par le GIRM et qui ont donc fait l’objet d’un « reçu Mobilisation des Métaux » du même GIRM. Affaire classée ? Mais non ! Une circulaire du Secrétaire général aux Beaux-arts, Louis Hautecoeur, demande le 14 août 1942 une nouvelle réunion des commissions départementales pour livrer de nouvelles statues et des éléments décoratifs de bronze inclus dans certains monuments (toujours à l’exception des cimetières, des lieux de culte, des cimetières) car « la pénurie des métaux non ferreux s’est sensiblement aggravée ». Les Commissions devront « se réunir sans retard et procéder à une révision sévère ».

La commission de l’Yonne se réunit le 23 septembre 42 mais ne livre aucune statue nouvelle car « elle estime que les statues qui subsistent entrent dans le cadre du 4ème paragraphe de la circulaire du 14 août, et qu’il s’agit effectivement, soit de statues de Grandes gloires Nationales (Vauban, Davout) ou représentant un caractère réellement artistique (Soufflot). Par ailleurs en raison de son poids très faible, ce dernier n’aurait qu’un intérêt minime du point de vue de la récupération ». Le procès verbal de réunion ajoute que « en ce qui concerne la statue de Paul Bert (…) la Municipalité d’Auxerre a livré à la récupération un poids équivalent de métaux non ferreux ». Pourtant, le 21 janvier 1943, le Secrétariat général aux Beaux-arts informe le préfet de la décision du Comité Supérieur parisien : doivent être enlevés le buste de Soufflot et la statue de Paul Bert, seuls les maréchaux devant survivre dans l’Yonne ; le maire en est informé le 28 janvier par le préfet. Sans que le dossier des archives départementales en fasse état, Paul Bert et Soufflot échappent néanmoins à cette nouvelle condamnation, pour quelques mois. Le 3 février 43, le préfet plaide une nouvelle fois auprès Secrétaire général aux Beaux-arts, rappelant l’échange de la statue contre son poids de bronze fin. Sa lettre semble suspendre l’exécution, comme nous le verrons par la suite.

A partir de 1943 d’ailleurs, le rôle des commissions départementales et du Comité Supérieur va s’estomper. Par exemple la Commission de l’Yonne n’est plus réunie. En revanche les administrations fonctionnent sans commission ni comité car les besoins en métal non ferreux et les exigences allemandes sont extrêmes, après El Alamein, Stalingrad, le débarquement allié en Afrique du Nord, en Italie… La loi du 9 février 1943 a instauré l’« impôt métal » imposant des livraisons obligatoires de métaux non ferreux par toutes les familles ou, en remplacement, exigeant des paiements en argent proportionnels à la contribution mobilière – on parlerait aujourd’hui de la taxe d’habitation. En juin 1943, le Commissaire à la Mobilisation s’est plaint auprès du préfet de l’absence de réponse de l’archevêché de Sens aux demandes formulées par la lettre du 8 août 1942 (livraison « des objets inutilisés ou facilement remplaçables qui contiennent du cuivre, du plomb, de l’étain, du nickel et leurs alliages », demande qui avait fait l’objet également d’une circulaire à tous les maires du département et d’une visite du Commissaire à l’Archevêque). Ces difficultés ont des répercutions sur les bronzes de l’Yonne.
Un courrier du 17 septembre 1943 adressé par le Délégué Régional de Dijon du Commissariat informe le préfet d’une nouvelle décision de mobilisation, sans réunion de la Commission départementale :
« Par décision II quater du 3 juillet 1943, Monsieur le Commissaire à la Mobilisation des métaux non ferreux m’a fait parvenir une deuxième liste des statues dont la mobilisation est actuellement requise pour la refonte. Parmi cette liste figurent les statues suivantes pour le département de l’Yonne : A Auxerre : la statue de Soufflot, la statue de Paul Bert ». Ainsi donc la décision d’enlèvement prise par le Comité Supérieur en janvier 43 contre Soufflot et Bert n’avait pas été mise en application mais la menace ressurgit. Le maire fournit à nouveau au préfet, par lettre du 4 octobre 1943 les pièces justificatives relatives à l’échange « statue de Paul Bert contre poids équivalent de bronze fin » accepté les 28 et 30 avril 1942, ainsi que des éléments sur le très faible poids et la faible taille (65 cm) du buste de Soufflot.

Le 10 décembre 1943, le Secrétaire général aux Beaux-arts annonce crûment la situation, oubliant qu’auparavant on avait présenté la récupération des métaux non ferreux comme une affaire purement française concernant les besoins nationaux de l’agriculture (sulfate de cuivre, etc.) et de l’industrie :
« Au cours d’une conférence tenue le 4 décembre courant, les autorités d’occupation ont demandé que leur soit fournie, de toute urgence, la liste des monuments et statues en alliage cuivreux dont le maintien a été décidé, en spécifiant, pour chaque oeuvre, son emplacement et le nom de son auteur », suit la liste de ces statues (Paul Bert, Soufflot, Davout, Vauban à Avallon et à Saint-Léger-Vauban). Le maire d’Auxerre, interrogé par le préfet le 13 décembre 1943 et sentant la menace, répond le 22 en livrant les précisions demandées sur les localisations et les auteurs. Il rappelle à cette occasion que la statue de Paul Bert a déjà été échangée contre livraison de son poids en bronze ; il fournit à nouveau les pièces justificatives données le 4 octobre 1943 ; il rappelle qu’en réponse à cet envoi du 4 octobre, le préfet l’avait informé le 13 novembre que les trois statues (Bert, Davout et Soufflot), venaient d’être épargnées par le Commissariat à la Mobilisation des métaux non ferreux.
Jean Moreau, visiblement agacé et inquiet, doit affronter, directement ou par l’intermédiaire du préfet, maintes autorités parisiennes : Ministre de l’Éducation nationale, Secrétaire Général aux Beaux-arts, Secrétaire d’État à la Production Industrielle, Commissariat à la Mobilisation des métaux non ferreux, GIRM, sur lesquels bien sûr les autorités d’occupation exercent leurs pressions. On est très loin du dialogue chevaleresque entre un officier allemand et un officier français à Auxerre, dialogue campé par la douce légende déjà contée.

Le dossier des archives départementales passe directement de décembre 43 à avril 44, avec l’annonce faite le 21 avril 1944 par le préfet au maire Jean Moreau, de l’enlèvement décidé par le Secrétariat général aux Beaux-arts de Paul Bert et Soufflot, le préfet demandant des éléments pour un nouveau plaidoyer. Or le Secrétaire général aux Beaux-arts répond, le 12 mai 44, à une demande du préfet en date du 2 mai en annonçant qu’« il n’[a] pas la possibilité de revenir sur les décisions qu’[il] a dû prendre », ajoutant : « Seule la statue de Paul Bert, en contre partie de laquelle la Ville d’Auxerre a remis 400 kilos de bronze, pourra être conservée ». Dans le détail, on apprend qu’est sauvée également la statue de Vauban à Avallon, car elle est l’oeuvre de Bartholdi, tandis que le Vauban de Saint-Léger-Vauban et le Davout d’Auxerre sont condamnés à la refonte. Ce dénouement, encore provisoire car l’histoire est riche en rebondissements, déplait au préfet, qui n’est pas un homme d’Auxerre et ne comprend pas qu’un maréchal soit ainsi sacrifié à un républicain anticlérical et soupçonné d’être franc-maçon. Il fait part de ses états d’âme au maire Jean Moreau, qui fut sans doute à la manœuvre de décembre 43 à mai 44 pour obtenir ces choix des bureaux parisiens.

Davout, le grand rival de Paul Bert

Davout, le grand rival de Paul Bert

Le 19 mai, le préfet écrit au maire d’Auxerre :
« Je regrette qu’une décision favorable n’ait pas pu intervenir en ce qui concerne la statue du Maréchal Davout dont le caractère artistique est indéniable. Je pense, en effet, que la Délégation Spéciale d’Auxerre, lorsqu’elle a pris la décision de racheter Paul Bert, supposait que la statue du Maréchal Davout était à l’abri de la récupération, sans quoi il est probable qu’elle n’eût pas sacrifié délibérément le monument qui présente le plus de valeur au point de vue esthétique et historique ». Le dossier n’inclut pas la réponse de Jean Moreau, sans doute bien heureux d’avoir sauvé un Paul Bert auquel les Auxerrois, ses administrés, étaient sans aucun doute plus attachés qu’au maréchal Davout. En tout état de cause il dut sourire devant l’ignorance du préfet – un oiseau de passage – à propos des attachements des Auxerrois tant à l’égard de Paul Bert qu’à l’égard d’une statue qui avait déjà une longue histoire.
En fait, en raison de la désorganisation tant des administrations du régime de Vichy que des transports ferroviaires, la décision du Secrétariat aux Beaux-arts ne put être appliquée. Davout et Soufflot, sacrifiés sur le papier furent sauvés, tout comme Paul Bert. Il reste une queue de comète financière à l’affaire.

La République, bonne fille, proposa d’abord, en 1945, de réaliser les statues de pierre promises par « l’organisme de fait se disant  » État Français «  en remplacement de certains bronzes sacrifiés. Sens accepta pour Thénard, Auxerre pour Joseph Fourier et Alexandre Marie, Annoux pour Elzéar d’Avout, mais, elle dut se rendre à l’évidence : l’argent manquait. Par courrier du 3 avril 1948, le Chef du Bureau liquidateur du Commissariat à la Mobilisation des métaux non ferreux signifia aux préfets que « le Ministère de l’Éducation Nationale ne peut plus envisager, faute de crédits, le remplacement par des monuments de pierre des statues de bronze mobilisées de 1941 à 1944 en application de la Loi du 11 octobre 1941. En conséquence, le remboursement de la valeur du bronze des statues enlevées étant la seule forme possible de réparation du préjudice causé aux collectivités intéressées, , il y a lieu de produire une demande de remboursement comprenant… » Suit la liste des pièces comptables à fournir, et ce « avant le 1er juin 1948 dernier délai », donc sous à peine deux mois. La ville d’Auxerre fit diligence, au moins pour obtenir le remboursement des 382, 500 kg de bronze fin offerts par le maire en 1942. L’histoire est contée dans le catalogue de l’exposition Emile Peynot (1850-1932). Un grand sculpteur sénonais, ouvrage publié en 2011 par les Musées de Sens sous la direction de Lydwine Saulnier-Pernuit et de Jean-Luc Dauphin. La contribution de Charles Le Pailleur (encore un pseudonyme) intitulée « Histoire édifiante (mais laïque et républicaine) d’une célèbre statue », pp. 61 à 73, apporte crédit à la légende dorée de Jean Moreau, contant une nouvelle fois l’affaire du Père Noël en chocolat, mais, à partir d’un dossier déposé au Musée d’Orsay, donne des éléments fiables à propos du remboursement à Jean Moreau, alors redevenu maire (mais maire élu cette fois). Le Conseil municipal du 14 février 1953 adopta la proposition suivante de sa commission des finances :
« Pour sauver la statue de Paul Bert, M. Jean Moreau, Maire, offrit une certaine quantité de bronze qu’il avait acquise de ses deniers personnels et l’effigie de Paul Bert demeura sur son socle. Les services liquidateurs des réquisitions allemandes [en fait réquisitions françaises, oeuvre du gouvernement du maréchal Pétain] ont versé à la ville d’Auxerre une somme de 11.475 francs, représentant une partie du poids de bronze livré au service des métaux non ferreux. L’acquisition du métal ayant été faite personnellement par M. Jean Moreau, le Conseil Municipal est invité à autoriser le reversement de la somme de 11.475 francs entre ses mains ». Calculs faits, les 11.475 francs correspondent exactement, au prix de 30 francs le kg qui était celui fixé par le Commissariat à la Mobilisation des métaux non ferreux en 1941-42 à la totalité des 382, 500 kg de bronze fin fournis en août 1942 et certifiés le 10 août 43 par reçu du GIRM. Jean Moreau est donc remboursé intégralement de ses débours. On peut ajouter que les « vieux cylindres à bonbons, en bronze » de 382, 500 kg évoqués dans Les Lucioles de Pierre, p. 185, auraient été susceptibles d’être saisis par l’État à partir de février 1943 au titre de l’« impôt métal ».
Pour conclure, disons que si Jean Moreau sauva le soldat Paul Bert dans l’histoire comme dans la légende – chacune avec ses procédures – la réciproque est également vraie : après une brève période de purgatoire entamée à la Libération, l’ancien président de la Délégation Spéciale mena une brillante carrière de maire, conseiller général, député et ministre sous la IVe République et la statue de Paul Bert y fut assurément pour quelque chose.

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1 - Notre titre s’inspire de celui de l’ouvrage de Jean-Pierre KOSCIELNIAK, Vendanges de bronze. L’enlèvement des statues en Lot-et-Garonne sous le régime de Vichy, Éditions d’Albret, coll. Terres de mémoire, Nérac, 2007.
2 - Revue Patrimoine campanaire, bulletin périodique de la Société française de campanologie, 41 av. de Charlebourg, 92250 La Garenne Colombes, site : http://campanologie.free.fr.
3 - Kirrily FREEMAN, Bronze to Bullets, p. 35.
4 - Antoine DEMEAUX, Une République à chaque bras…», préface de Jean-Pierre Soisson, Ministre de la Jeunesse et des Sports et Maire d’Auxerre, Éditions F.P. Lobies, 89330 Saint-Julien-du-Sault, 1981 ; MOREAU d’ORGELAINE, Les Lucioles de Pierre, 1912-1988. Dans l’ombre de Jean Moreau « l’Auxerrois », autoédition, Imprimerie Saint-Savinien, 1990, 89100 Sens.
5 - Maurice AGULHON, dans Les Métamorphoses de Marianne. L’imagerie et la symbolique républicaines de 1914 à nos jours, Paris, Éditions Flammarion, 2001 donne une brève présentation du sort des statues de bronze et souligne la disparition en France de cent vingt statues de Marianne en lieu public sur environ cinq cents. En revanche la loi du 11 octobre 1941 épargne par exemple le beau bronze funéraire érigé par Auguste Bartholdi sur la tombe de Paul Bert au cimetière Saint-Amatre d’Auxerre.
6 - On retrouve là, chez les occupants, une attitude déjà rencontrée à propos des bustes de la République maintenues dans les mairies à la demande des Allemands, souvent contre les velléités de Vichy de les remiser dans les greniers (« De 1870 à1944, Marianne, une icône icaunaise ? », L’Écho de Joigny, n° 71, 2011, p.116).
7 - Caroline POULAIN, L’action de Louis Hautecoeur au secrétariat général des Beaux-arts (1940-1944), position de thèse de l’Ecole des Chartes, 2001. Le maréchaliste Hautecoeur se présente comme un technicien apolitique mais ses partis pris esthétiques contre la statuaire académique IIIe République l’amènent à encourager la destruction de ce qu’il qualifie d’« oeuvres médiocres », le plus souvent des statues d’inspiration « républicaine » du XIXe siècle. Kirrily FREEMAN lui reproche de ne pas assumer la responsabilité de ses choix, ou celle de sa participation aux choix du Comité Supérieur, à l’occasion d’une querelle épistolaire avec le sculpteur bourguignon Henri Bouchard, son ancien camarade d’études à Rome, à propos d’enlèvement de statues à Dijon (Bronze to Bullets, p. 64-65). Remplacé en mars 1944 par Georges Hilaire, conseiller d’État et homme de Laval, il pourra poursuivre après la guerre une carrière moins exposée de conservateur et professeur d’histoire de l’art.
8 - Marc Olivier BARUCH, Servir l’État français. L’administration en France de 1940 à 1944, Fayard, 1997, en particulier p. 370.
9 - Circulaire C/ 927 du « Commissariat à la Mobilisation des métaux non ferreux à Son Excellence Monseigneur »…, un exemplaire déposé à ADY, cote 1 W 346.
10 - Paul MEUNIER, Anecdotes asquinoises, Éditions de Civry, Avallon, 1977.
11 - Pour le Morbihan, ce classement de sauvegarde est présenté par Diego MENS, conservateur des antiquités et des objets d’art à Quimper, dans « Petite histoire du plan de sauvegarde des objets d’art en Morbihan de 1939 à 1945 », communication présentée à un colloque des conservateurs des antiquités et objets d’art organisé à Angers, en avril 2009, et publiée dans l’ouvrage collectif Regards sur le paysage sonore. Le patrimoine campanaire, sous la direction de Thierry BURON, Éd. Actes Sud, 2010.
12 - Jean DHOMBRES et Jean-Bernard ROBERT, Fourier, créateur de la physique mathématique, éditions Belin, 1998, et Michel PAUTY, « Une statue pour le physicien Fourier ? », Pays de Bourgogne n° 229, juillet 2011, pp. 43-45.
13 - Le nom de Paul Bert revient 46 fois dans le présent article, celui de Davout 14 fois seulement. Ces fréquences reflètent celles des courriers de la préfecture à partir de 1941.

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