La géographie militaire à Joigny, passé, avenir ?

Le 22 juin 2008, comme chaque année, le Groupe Géographique implanté à Joigny depuis 1950 (actuellement 430 personnes) a tenu sa Journée Portes Ouvertes. Ce 28e Groupe Géographique, qui appartient à la Brigade du Génie (voir Pierre Bonnerue, Le Groupe Géographique de Joigny, éditions Cérésa, 1992, disponible au 28e G. G.), est à la fois une école de formation, un centre de production de matériel géographique (cartes, etc.) et une unité opérationnelle (présente au Koweit pour la première guerre du Golfe ou actuellement au Kosovo).

Depuis quelque temps, des rumeurs concernant son futur départ -attristant pour Joigny- vers un ailleurs non précisé, circulent, et elles sont fondées.

Limitons-nous ici à évoquer des actions de géographie militaire très anciennes concernant Joigny et ses alentours proches.

Au début du XVIIe siècle, c’est dans son château de Bontin (commune des Ormes) que Sully installe un atelier de cartographie : David Buisseret, « L’atelier de cartographie de Sully à Bontin », revue XVIIe siècle, n° 174 (numéro spécial sur Sully).

Dans le dernier tiers du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, c’est le seigneur dit marquis de Chamlay (aujourd’hui Champlay, commune mitoyenne de Joigny) qui contribue à développer la géographie militaire et à créer, en 1691, le Dépôt des cartes qui est le premier jalon des unités militaires françaises de géographie. Chamlay, maréchal général des logis des armées du roi (qui s’occupe de choisir les trajets et l’hébergement des armées en campagne), était un excellent géographe de terrain, apprécié en particulier de Turenne (qui n’en voulait pas d’autre) et du maréchal de Luxembourg ; c’était en outre un conseiller militaire essentiel pour Louis XIV, lequel tenait son rôle secret, si bien qu’il reste assez méconnu, caché par l’ombre de Louvois ou Vauban. Il se trouve que notre revue a publié trois articles qui dévoilent une partie de son action :

  • Gervais Macaisne (ancien géographe militaire et président de l’ACEJ pendant quinze ans), « Jules Louis Bolé, Marquis de Champlay », L’Echo de Joigny n° 55, 1998, p. 5-14.
  • Jean-Philippe Cénat, « L’ascension du marquis de Chamlay, conseiller militaire de Louis XIV : Les débuts d’une carrière militaire hors du commun, 1672-78 », L’Echo de Joigny n° 62, 2005, p. 23-37.

–   Jean-Philippe Cénat, « Le marquis de Chamlay, conseiller militaire de Louis XIV : son château, ses terres, ses amis », L’Echo de Joigny n° 65, 2007, p. 41-72.

La thèse de doctorat de ce chercheur, consacrée précisément à Chamlay et présentée en décembre 2007 auprès de l’Université de Paris IV-Sorbonne, permet d’affiner encore notre connaissance de ce personnage.

Passons d’un passé lointain à un avenir en gestation.

Soulignons, à la suite du professeur Gérard Mottet, qui a formé de nombreux géographes militaires et qui est un fin connaisseur de l’aménagement du territoire dans la région Bourgogne, que et le département de l’Yonne- et donc Joigny qui en occupe le centre- bénéficie d’une situation stratégique capitale comme carrefour européen. La cité se place en effet au carrefour de deux axes essentiels, un axe Nord-Sud reliant l’Europe du Nord-Ouest à la Méditerranée et un axe Est-Ouest unissant l’Europe rhénane à la façade atlantique.(en contournant par le Sud la région parisienne surencombrée). Ces considérations n’ont pas empêché le départ des géographes militaires, regroupés à Creil, dans l’Oise, en 2010-2011.

Bernard Richard

Vendanges de bronze dans l’Yonne sous l’Occupation

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