Le Ru et les Étangs Saint-Ange – Bernard Labesse

Bernard Labesse, Le ru et les étangs Saint-Ange, une éphémère entreprise de flottage pour l’approvisionnement en bois de Paris aux XVIIIe-XIXe siècles, ouvrage édité par Les Amis du Vieux Villeneuve, coll. Terre d’histoire (12 euros), 2006.

Notre département est tout à la fois solidement rural et dangereusement proche de la capitale. Cette situation lui vaut un fort contingent de professeurs d’université retraités dont certains s’adonnent avec bonheur à la vie associative et en particulier à l’animation des sociétés savantes. Bernard Labesse est de ceux-là et, après  Histoire et géologie de la mine de lignite de Dixmont (nous apprenions à nos élèves qu’on dit le lignite et la tourbe), voici sa seconde livraison, dans la même collection, consacrée au ru et aux étangs de Saint-Ange, de 1781 aux années 1830.

L’auteur nous apprend beaucoup, voire tout, sur la craie, cette roche poreuse et diaclasée ; sur la géologie et l’hydrologie du Pays d’Othe – dont les eaux chargées en carbonate de calcium entartrent toujours les tuyauteries et les casseroles parisiennes ; sur l’appétence insatiable du Paris de l’époque en bois de chauffage et en charbon de bois – une consommation de bois de chauffage qui triple presque de 1730 à 1780, ce qui amène à faire flèche de tout bois et à faire flotter ce dernier sur le  ru de Saint-Ange après celui de Saint-Vrain ; sur l’habileté des marchands de bois du Villeneuvien (ces Bonneville, Gréau,  Meignen approchés par l’auteur avec l’aide de Jean-Luc Dauphin), tant pour proposer les solutions techniques et économiques adéquates que pour se ménager à Paris les interlocuteurs qui acceptent leurs propositions : en janvier 1781 ils font accepter, en seulement quinze jours, le flottage du bois « à bûches perdues » sur le ru et, dès juillet 1781, ils obtiennent l’autorisation de « courrues » à partir des étangs de Saint-Ange qu’ils ont préalablement pris à bail pour neuf ans et seront donc utilisés comme « chasses d’eau » ; trois ans plus tard, ils ont l’autorisation d’aménager le ru de Dilo et d’y créer un étang, pour renforcer le flot de Saint-Ange. Ouvrir ces maigres ruisseaux au flottage du bois n’est pas une tâche aisée, quand à un hiver trop rigoureux succède un été trop sec et surtout quand une révolution vient tout balayer.

Tout à son sujet, Bernard Labesse trace une vision catastrophe de cette Révolution française à laquelle nous devons tant mais qui désorganisa le système centralisé d’approvisionnement de Paris en bois : faute impardonnable pour l’auteur, qui lui en veut toujours ! Après la tempête, le ru reprend courageusement du service et est même récuré à grands frais en 1825 ; cependant l’amélioration des voies carrossables et le développement de l’usage de la houille auront raison de lui ; il retourne à son inutilité première vers les années 1830, avec une discrétion qui empêche l’auteur d’en dater le moment avec précision.

Voici donc une étude enrichissante, d’une écriture alerte, pour tout lecteur icaunais s’intéressant un tant soit peu à la craie, au Pays d’Othe, au flottage, à la voracité parisienne…

Bernard Richard (pour L’Echo de Joigny n° 63, 2006)

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