oudinot

Le Maréchal Oudinot – Marc Oudinot

Marc Oudinot, Le Maréchal Oudinot, préface de Jean Tulard, de l’Institut, éditions de Fallois, Paris, 2007, 462 p., 24 €.

L’Yonne aime les maréchaux. C’est à Auxerre, le 18 mars 1815, que Ney se rallie à Napoléon arrivé de l’île d’Elbe ; c’est encore à Auxerre que Davout, natif d’Annoux, a eu sa statue, son boulevard, sa rue et son musée (d’Eckmühl), ainsi que pas moins de 18 articles dans le BSSY depuis 1847 (Table générale du Bulletin, BSSY, t. 138b, Auxerre, 2007). Et voici qu’en 1879 arrive le souvenir du Meusien né à Bar-le-Duc Nicolas-Charles Oudinot (1767-1847), duc de Reggio, dont l’arrière-petit-fils, 4e duc, épouse alors Suzanne de Cormenin, elle-même petite-fille du juriste pamphlétaire et député de Joigny Louis-Marie de Cormenin (dit Timon), également arrière-petite-fille d’Antoine-Louis Gillet, notaire, châtelain de Chailleuse (commune de Senan) et donateur du Belvédère de la côte Saint-Jacques au-dessus de Joigny, et même arrière-arrière-petite-fille d’Henry Foacier, propriétaire de la terre et du château de Champlay[1]. C’est ainsi que les Oudinot entrèrent dans le département, que le sixième duc de Reggio fut maire de Senan et que le fils de ce dernier, Marc Oudinot, en partie grâce à des archives familiales déposées à Chailleuse, commune de Senan, (et grâce à sa formation d’agrégé d’histoire et élève de l’ÉNA) vient d’écrire une biographie de son illustre ancêtre. C’est une somme de 462 pages, dont 66 de notes, tableaux, bibliographies, listes variées (dont la liste exhaustive des décorations reçues, des blessures infligées au combat, des commandements obtenus, des ascendants, dont un brasseur, un cordonnier, mais aussi un prévôt royal, des descendants jusqu’à nos jours, des 10 enfants, etc.)

Avec une piété filiale touchante et une érudition consommée, Marc Oudinot nous promène à travers l’Europe en guerre, à travers aussi les cours des trois dynasties -Bonaparte, Bourbons et Orléans- auxquelles le soldat, anciennement républicain, s’attacha successivement, avec des épisodes qui illustrent la difficulté pour un pur soldat de se positionner dans les aléas de la politique : loyauté à l’égard de Napoléon jusqu’aux adieux de Fontainebleau tout en reprochant à l’occasion à l’empereur ses tendances despotiques et sa décision d’attaquer la Russie en 1812 ; loyauté sans faille aux Bourbons dès le lendemain (il mit « loyalement et sans délai son épée au service de la cause royale… la cause de l’ordre, la cause de la France » justifie l’auteur, p. 306), sauf pendant les Cent Jours où il choisit de rester neutre (« un choix dicté par l’honneur et la loyauté » écrit Marc Oudinot, p. 322), prudence avisée comme les événements le montreront puisque le voilà ensuite choyé par Louis XVIII ; ralliement réticent à Louis-Philippe après la Révolution de 1830 (« La chute de la monarchie légitime » titre l’auteur, p. 359), néanmoins le maréchal offre à cet « usurpateur » le prestige que vaut sa présence le 9 août pour la cérémonie d’intronisation du « roi des Français » (c’est lui qui présente le sceptre royal) : « En tout état de cause, c’était là son devoir de militaire » explique l’auteur (p. 365). Toujours est-il qu’il fut un maréchal à trois bâtons, le premier semé d’abeilles (1809), le second de fleurs de lis (1814 ou 15), le dernier d’étoiles (1830). Une belle et longue carrière sous tant de régimes.

Ce beau soldat, dont la bravoure est la qualité première (avec pour preuve plus de 20 blessures au combat), « Bayard de l’armée française » (Napoléon au Tsar, p. 189), est plus à l’aise sur les champs de bataille, avec un rôle souvent décisif, à Zurich (1799), au Mincio (1800), à Friedland (1807), à Wagram (1809), au passage de la Bérézina (novembre. 1812, « sauveur de l’armée », p. 256), dans la campagne de France (encore « sauveur », momentanément, février-mars 1814), même si l’Empereur déchu, à Sainte-Hélène, se permet des critiques : « C’est un homme brave, ma di poca testa » et là Marc Oudinot, tout en contestant ce jugement impérial pour défendre l’honneur familial, avoue qu’« il  semble bien qu’il n’ait pas réuni lui-même les qualités propres à un stratège » (p. 203) ; mais que d’autres qualités chez cet homme au courage insensé, intrépide entraîneur d’hommes, fin tacticien, chevaleresque, magnanime avec les vaincus, loyal, etc. ! On cherche en vain, chez l’auteur, un défaut dans la cuirasse de ce brillant soldat. Voilà de quoi susciter l’admiration légitime d’un héritier légitime, comme celle des lecteurs, nostalgiques (ou pas) des temps où la France produisait de tels maréchaux

Richard (pour L’Echo de Joigny, n° 67, 2008).


[1] voir tableau généalogique des Foacier-Cormenin-Gillet-Émery par J.-P. Rocher dans les Actes du colloque de l’ABSS tenu à Joigny en 1996 et publié par l’ABSS à Dijon en 1997

Paul Bert, l’Idéal Républicain – Jean-Pierre Soisson

Article suivant »

Le Ru et les Étangs Saint-Ange – Bernard Labesse