La Saint-Napoléon à Joigny

La Saint-Napoléon à Joigny (quand on y célébrait la fête nationale le 15 août)

Nous sommes à Joigny peu avant le 15 août 1859. Comme chacun sait alors, le 15 août  c’est jour de fête nationale, la fête de l’Empereur, la Saint-Napoléon.

Après les victoires des troupes franco-piémontaises à Magenta (4 juin 1859) et à Solferino (24 juin, sanglante bataille, 40 000 morts), victoires que personne n’ignore à Joigny car elles ont été annoncées « à son de cloches » et par le tambour de ville, « Sa Majesté (comme le proclame le conseil municipal dans sa séance du 4 août 1859) désireuse d’arrêter l’effusion de sang, a généreusement offert une paix que cette puissance [l’Autriche] s’est empressée d’accepter. Œuvre d’humanité, de modération et de sagesse, le traité de Villafranca [12 juillet 1859] sera, nous l’espérons, fertile en avantages de toute sorte pour notre pays et pour l’Italie dont l’affranchissement était si nécessaire au bien-être des populations et au repos de l’Europe ». Le conseil municipal, « considérant que la fête de l’Empereur va être partout, cette année, célébrée dans des conditions inusitées, qu’il est bon que la Ville de Joigny manifeste aussi sa joie pour le triomphe de nos armées et l’heureuse issue d’une guerre que Sa majesté a close par la paix et l’affranchissement de l’Italie », délibère que les 600fr demandés par M. le Maire en vue de cette destination patriotique seront prélevés sur les fonds libres pour être mis à la disposition de ce magistrat ». Le conseil vote donc une rallonge de 600 francs s’ajoutant aux 1 000 francs déjà inscrits dans le budget municipal ordinaire pour la même Saint-Napoléon, fête nationale du 15 Août[1].

Et voici le programme des festivités  prévues par le maire, Pierre Couturat, pour ce 15 août 1859, programme publié  par le Journal de Joigny, directeur Zanote[2] :

Programme de la grande fête nationale qui sera donnée à Joigny le 15 août  [1859]  

Première Partie
À 6 heures du matin, une salve d’artillerie annoncera l’ouverture de la fête
À 1 heure, jeu du tremplin ou de la tinette. 1er prix, 20 francs, 2e prix, 10 francs
À 2 heures, course à la gamelle, 1er prix, 15 francs, 2e prix, 10 francs
À 3 heures, le mât du diable, 1er prix, 25 francs, 2e prix, 15 francs
À 4 heures, courses en sac, avec têtes grotesques, 1er prix, 15 francs, 2e prix, 10 francs. 

Deuxième Partie
À 8 heures, le pont, la sous-préfecture et l’entrée de la rade apparaîtront flanqués de bastions et de forts brillamment illuminés, défendus par de nombreux canons,
À 8 heures ½, une flotte de guerre, divisée en trois escadres, s’avancera en ligne de bataille et s’embossera dans la rade pour attaquer les forts, au son de la trompette, de la musique et des tambours.
Sur un signal du vaisseau amiral commandant, un feu très vif sera ouvert par tous les canons de la flotte. Les batteries des forts répondront.
Après des incidents divers, du milieu de la flotte sortira tout à coup un bâtiment surmonté d’une colonne lumineuse, lançant des pièces d’artifice, et du sein de laquelle l’Empereur surgira tenant à la main un étendard tricolore où se liront en lettres de feu ces mots : « La Paix ».
Cette apparition sera saluée par l’artillerie et les fanfares de la musique et les tambours.
Promenade de la flotte autour de la rade.
Grand feu d’artifice.
Retraite générale de la flotte.
Bal à grand orchestre sur la promenade,
sous la direction des frères Roville [entrepreneurs de bal qui ont pris à bail la salle de spectacle au dessus de la halle aux Grains]. 

Nota : Les amateurs qui désireraient équiper des bateaux de fantaisie ne seront admis à le faire que sur la permission de l’ordonnateur de la fête [le maire] et à condition de se conformer exactement aux dispositions qui seront accordées.

Tout bateau dont les manœuvres tendraient à troubler l’ordre sera exclu [toujours l’ordre, la crainte des désordres !].

 Joigny le 4 août 1859

Couturat[3]

Ajoutons que la fête s’ouvre chaque année par un service religieux dans l’église Saint-Jean, en présence des autorités civiles et militaires, avec Te Deum solennel et prières pour l’Empereur.

Voici, à titre d’exemple, publiée dans le Journal de Joigny du 12 août 1865, la lettre  adressée le 1er août par le ministre de la Justice et des Cultes aux archevêques et évêques de France :

 Monseigneur, 

La France célébrera le 15 août la fête de l’Empereur. Dans cette solennité, chère à leur foi religieuse, les populations, élevant leurs pensées vers l’avenir, voudront unir aux actions de grâces leurs vœux les plus ardents. Elles prieront pour le souverain dont l’activité infatigable poursuit sans relâche la solution des plus graves problèmes […] je ne fais qu’obéir à un usage consacré en vous invitant, Monseigneur, à vouloir bien ordonner qu’un Te Deum solennel, suivi de la prière pour l’Empereur, soit chanté le jour de l’Assomption dans toutes les églises de votre diocèse, à l’issue de la messe paroissiale. M. le Préfet concertera avec l’autorité ecclésiastique les mesures que réclame cette cérémonie[4].

Et l’archevêque répond avec empressement. En 1852, par exemple, Mgr Mellon répond : « Le jour même de la réception de la Lettre-Circulaire de S. Ex. Monsieur le Ministre de l’instruction publique et des Cultes, J’ai pour répondre aux religieuses intentions du Prince-Président, prescrit qu’à dater du 15 août prochain, il serait célébré chaque année dans toutes les Églises du diocèse une Messe Solennelle et suivie d’un Te-Deum d’actions de grâces aux fins d’attirer sur la France et sur le Chef de l’Etat les Bénédictions du Ciel… »[5] Avec force majuscules, le Préfet est donc assuré de la sollicitude archi-épiscopale.

C’est chaque année depuis 1852 qu’une lettre semblable est adressée dans tous les diocèses, la lettre soulignant en une occasion l’action menée par l’Empereur en faveur des chrétiens d’Orient[6].

Éloquente utilisation de la foi religieuse et sens politique ! L’Empereur sait obtenir la collaboration de l’Église en la comblant de bienfaits et se faisant son ostensible protecteur, comme l’avait fait Napoléon Ier avec le Concordat.

Ainsi la population de Joigny est-elle parfaitement informée du déroulement de ces cérémonies dont l’organisation associe étroitement les autorités religieuses (le curé de Saint-Jean), civiles (en particulier le maire et le sous-préfet de l’arrondissement) et militaires (Joigny est ville de garnison avec ses casernes).

En l’occurrence, Joigny ne fait là que suivre des usages consacrés par le temps  depuis le Concordat. C’est en effet un décret du 16 février 1852 du Président de la République, le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte, qui remplace toutes les fêtes civiques de la Seconde République par une fête nationale annuelle unique, le 15 Août, la Saint-Napoléon, donc après le coup d’État du 2 décembre 1851, mais avant même le rétablissement de l’Empire. On aura certes bien plus tard, sous le régime de Vichy, une Saint-Philippe, chaque 1er Mai, mais guère comparable -sauf par son adulation du chef de l’État-  puis plus rien, plus de saint patron homonyme du chef de l’Etat et utilisé par celui-ci à sa propre gloire. Nous sommes en République !

Avant de retourner à Joigny, voici une description de la Saint-Napoléon parisienne, tirée d’une affiche officielle d’août 1861 placardée sur les murs de la capitale :

Fête nationale du 15 août à Paris 

– Spectacles gratuits dans les théâtres suivants : Opéra, Opéra comique, Palais royal, Ambigu, Gaîté, Porte Saint-Martin.
– Spectacles de pantomimes militaires, Place du Trône [depuis 1880,  Place de la Nation].
– Concerts de la Garde impériale et de la Gendarmerie aux Champs-Élysées.
– Feux d’artifice au Pont d’Iéna et Place du Trône.
– Illuminations de tous les édifices publics et églises, en particulier à l’École militaire à la lumière électrique [il y avait déjà eu des expérimentations semblables, depuis la première en 1844, place de la Concorde] et à l’Hôtel de ville au gaz.
– Mâts et bannières dans les principales avenues.
– Distribution de biens en nature aux indigents dans les 20 mairies d’arrondissement.
– Quatre mâts de cocagne avec prix sur l’esplanade des Invalides.
Te Deum à Notre-Dame en présence des autorités civiles et militaires.
Te Deum dans chaque église de Paris.
– Inauguration par S. M. l’Empereur du boulevard Malesherbes. 

« Vive l’Empereur, vive la France ! »

Il ne s’agit que du programme décidé et financé par l’État. Ce programme  inscrit  la fête nationale dans la ligne du progrès technique en  incluant l’inauguration d’une des percées urbaines majeures du baron Haussmann (celle du boulevard qui relie la place Wagram au quartier nouveau du parc Monceau) et la lumière électrique à l’École Militaire.

Les mairies d’arrondissement y ajoutent leurs propres actions festives, avec en général pavoisement des édifices publics, concerts des fanfares et associations musicales  locales, défilés des pompiers ou des troupes et surtout  bals gratuits.

Notre recherche documentaire n’est pas achevée : la série des numéros du Journal de Joigny (journal progouvernemental hebdomadaire – des samedis de marché à Joigny – et demeuré autorisé après le coup d’Etat du 2 décembre) reste lacunaire dans ses comptes rendus de l’événement. Certaines années, le journal est dithyrambique, pour d’autres il se limite, pour l’essentiel, à de brèves généralités,  comme pour le 15 août 1869 : « …la fête du 15 août a été célébrée à Paris et dans les départements avec un entrain, un enthousiasme exceptionnels »[7], description qui est, nous le verrons, en partie contredite par les incidents signalés au préfet au même moment, incidents dont la trace est conservée dans les archives départementales de l’Yonne mais qui sont tus par une presse que surveillent bien  les autorités. Par ailleurs nous n’avons pas étudié tous les comptes financiers de la municipalité, pour les dépenses engagées et réalisées à l’occasion de la fête.

Dès sa première décennie, la fête attire les foules qui apprécient le caractère très ludique qui lui est donné ; les sommes inscrites au budget municipal pour cette fête sont généralement de 1 000 francs mais elles peuvent atteindre bien plus, comme par exemple en 1859, 1 600 francs, en 1861 un montant final de 2 689 francs[8]. Les comptes rendus qu’en fait la presse sont souvent lyriques. Donnons par exemple des extraits de celui de la Saint-Napoléon de 1856, à la rubrique « Chronique locale » du  Journal de Joigny, le 16 août 1856 : 

Fête nationale du 15 août [1856] 

« Il est minuit, Joigny est encore tout illuminé ; la sous-préfecture est étincelante et la coquette mire dans l’Yonne la barrière de feu qui lui donne un aspect fantastique ; on entend dans le lointain les accords de la danse ; si l’on s’approche, on est ébloui des mille lumières qui scintillent dans les feuilles verdoyantes [le journaliste est un vrai poète lyrique, ou visiblement il cherche à le paraître]. Point de clameurs ; point de gens avinés, l’ordre au milieu de la joie [ » l’Empire, c’est la paix  » annonçait le Prince-Président à Bordeaux en 1852, c’est-à-dire d’abord la paix civile, l’ordre public, toujours dans l’air du temps] » ; le journaliste décrit ensuite le déroulement des festivités, avec d’abord la grand-messe à Saint-Jean :

« A midi, les autorités civiles et militaires, ayant à leur tête M. Barrault de St André, sous-préfet, et M. Couturat, remplissant les fonctions de maire de Joigny, se sont rendus à l’église Saint-Jean [le maire Etienne Bouron, est absent].

Une foule nombreuse remplissait l’église et nul doute qu’à ce moment solennel où l’on entend : Domine salvum fac Imperatorem Napoleonem, tous les cœurs ne se soient unis à cette invocation, pour prier Dieu de protéger celui qu’Il a chargé de veiller sur les destinées de la France ». Il y a certes là bien de la flatterie, de la flagornerie, tant de la part du journaliste que de celle des autorités joviniennes. D’ailleurs le nouveau sous-préfet, Gasc, nommé en 1858 pour remettre de l’ordre dans la municipalité, affirme dans son message de prise de fonctions que la population de Joigny est « reconnaissante envers le grand homme dont le génie a sauvé la France et l’Europe de l’abîme révolutionnaire »[9], façon hardie d’étendre à toute l’Europe les effets du coup d’État du 2 décembre 1851 ? En l’espèce, ce fonctionnaire ne fait ici que reprendre la substance des termes de la proclamation du Prince-Président aux lendemains du plébiscite du 21 décembre suivant le coup d’État : « Plus de sept millions de suffrages viennent de m’absoudre [verbe issu du vocabulaire religieux, pénitentiel] en justifiant un acte qui n’avait d’autre but que d’épargner à la France, et à l’Europe peut-être, des années de trouble et de malheur… »[10]

 Vient ensuite la description des jeux, dont le « mât de beaupré », mât de cocagne planté en oblique (depuis le quai) au dessus de l’Yonne (premier prix, une montre en argent, mais on tombe facilement dans l’Yonne avant d’atteindre le but), la course à dos d’âne (cinq baudets rétifs), la course à la tinette (un baquet rempli d’eau à ne pas laisser déborder), les courses en sac, etc., puis « un brillant feu d’artifice, et la foule se dirigeait ensuite sur les promenades pour admirer les innovations féeriques de Roville » [avec son associé Violet, il est l’organisateur du bal, car la fête nationale s’achève, sauf exception, par un bal populaire gratuit…]. Le journal termine par un éloge appuyé de l’administration municipale, ordonnatrice de fêtes, et du progrès qu’apporte l’Empire : « Nous ne terminerons pas sans remercier l’administration municipale. Nous avions raison de dire qu’on marchait dans une voie nouvelle, ou, si l’on aime mieux, dans une voie de progrès. Le public augure bien de cette journée et la baptisa, nous aimons à le dire, de : Journée de la Renaissance »[11]. Ajoutons que, le lendemain de la fête, le Journal de Joigny publie les noms des lauréats des divers jeux d’adresse, lauréats ravis d’« être dans le journal ».

Certes, certaines années la fête est moins joyeuse, comme en 1854 à cause de l’épidémie de choléra qui frappe la ville et son arrondissement. « La fête de l’Empereur a été célébrée hier à Joigny avec autant de solennité que pouvaient en comporter les tristes circonstances au milieu desquelles je trouve la population de cette ville ». Il reste que, au moins selon le sous-préfet, « tout le monde s’est empressé de répondre à [son] appel : fonctionnaires de tous ordres et population », que la musique du 9e régiment de  Dragons, de passage, a pris part à la cérémonie et « n’a pas peu contribué à en augmenter l’éclat » et que « le défilé a eu bien lieu ensuite aux cris de  Vive l’Empereur ! »[12]

A Joigny, comme partout ailleurs, le maire et son conseil municipal (maire nommé par le ministre de l’Intérieur, au besoin hors du conseil, conseillers élus au suffrage universel depuis juillet 1848) sont jugés par leurs administrés et par la presse en fonction du plus ou moins grand succès de la fête nationale, ou patronale, qu’ils ont organisée. Ce jugement est certes sans effet immédiat, puisque c’est le ministre qui nomme le maire du chef-lieu d’arrondissement qu’est alors Joigny. Le maire Pierre Couturat, qui a été nommé par décret impérial du 7 mars 1858, restera en fonctions jusqu’à la chute de l’Empire malgré les critiques que lui vaut cette fête nationale manquée de 1866 et certains investissements contestés.

Des critiques internes

En 1866 le Journal de Joigny, sous la plume acérée du journaliste Roy, est  très critique à l’encontre de la municipalité qui a réduit les dépenses des fêtes publiques :

« Il paraît qu’à Joigny il nous faut dire adieu aux fêtes et réjouissances municipales. Ainsi la Saint-Jean [la fête votive] venue et s’est passée sans que la moindre démonstration indiquât que ce fût la fête patronale de la cité. Toutes les pensées, toutes les aspirations de notre administration, toutes ses réserves, toutes ses économies sont en apparence au moins tournées et concentrées vers un seul objet : les eaux [l’adduction des eaux d’une source de Volgré jusqu’à Joigny, Volgré source fréquente de critiques[13]].

Il semble pourtant qu’il eût été convenable de faire un instant trêve à ces exclusives préoccupations en faveur du 15 Août et de la solennité qui, à cette date, se célèbre avec entrain, avec éclat par toute la France, à Paris comme dans la plus modeste bourgade. […] la fête de l’Empereur, à Joigny, a manqué d’animation, par suite des économies trop sévères ou des dispositions incomplètes adoptées par l’autorité municipale. Ce n’est pourtant pas ce qu’a entendu M. le Ministre de l’intérieur dans la circulaire qu’il a adressée le 4 août aux préfets. Oui c’est une excellente et charitable pensée que de consacrer une large part à des œuvres de bienfaisance ; oui, la fête du 15 Août doit être aussi la fête pour les pauvres.

Mais cela ne voulait pas dire que les réjouissances publiques et les dépenses à faire pour y donner cours étaient interdites et devaient être remplacées entièrement par des distributions aux profits des classes nécessiteuses.

Il n’y avait pas de musique à la messe du Te Deum, à laquelle assistent les autorités ; cependant il y a deux fanfares que le public aime à entendre, et toutes les deux, si on les y avait conviées, n’auraient pas mieux demandé que de jouer à la cérémonie et même à marcher à la tête de la compagnie des pompiers, qui aurait pu, à son choix, en désigner et adopter une.

D’ordinaire, tous les ans, il y avait bal gratis ; c’était l’amusement de nos troupiers qui, avec leur modeste paye, ne peuvent pas toujours avoir le gousset bien garni et payer le prix d’une contredanse […] La suppression du bal gratis a été une résolution qui a eu plus d’un inconvénient.

Donc il y avait deux cercles de danse payants où les militaires n’étaient pas admis, ce qui était pour eux le supplice de Tantale. Aussi, sur les minuit, quand les têtes ont été un peu montées, il est arrivé ce qu’on devait prévoir : ils ont essayé de forcer la consigne et d’entrer sans payer. De là des troubles, des rixes, quelques propos malsonnants s’adressant aux gendarmes de service… »[14] Le journal, le même jour, donne une description joyeuse de la Saint-Napoléon à Paris « qui s’est pavoisé des pieds à la tête », ceci comme pour mieux souligner la lourde erreur de la municipalité de Joigny.

L’absence de la Fanfare de la Ville de Joigny (future Lyre Jovinienne) est encore une faute dans la politique locale, une faute du maire. En effet l’année précédente, en juillet 1865, cette fanfare jovinienne avait participé au concours de la Fête des Arts et des Industries sous la présidence du baron Taylor, au Pré Catelan à Paris, et là, elle avait obtenu un des (nombreux mais glorieux) premiers prix, matérialisé par un « trombone à pistons à tubes indépendants offert par M. A. Sax » (Adolphe Sax, ce facteur d’instruments belge installé à Paris et inventeur, vers 1840, du saxophone et fournisseur officiel et unique d’instruments de musique pour les fanfares régimentaires françaises depuis 1845)[15]. On comprend mieux ainsi les critiques portant sur son absence pour le Te Deum du 15 août 1866. Les fanfares de Joigny étaient alors très appréciées dans tout le département. Ainsi le maire progouvernemental de Vergigny, près de Saint-Florentin (arrondissement d’Auxerre, mais circonscription électorale de Joigny), avait-il pour la première Saint-Napoléon restaurée, celle de 1852, engagé « les meilleurs musiciens  de Joigny » pour donner à la célébration « une importance accrue »[16]. Créée en 1849 à l’initiative d’Eugène Delaporte, grand propagandiste des orphéons et fanfares dans l’Yonne, l’Aube et la Seine-et-Marne de 1848 à 1850 puis dans toute la France, la Fanfare de la Ville de Joigny avait en outre bénéficié en 1861 des actions de Félix Richert, un Tonnerrois nommé et rémunéré pendant un an par le conseil général à la demande du préfet comme inspecteur de l’enseignement de la musique dans les écoles et chargé du développement des Sociétés d’Orphéons et d’Harmonie. Richert, en un an, organise deux festivals, à Sens puis Tonnerre en juillet et septembre 1861, crée une association mutuelle des orphéons de l’Yonne, dite L’Orphéon départemental, qui regroupe en 1862 vingt-cinq orphéons (musique chorale) ou harmonies (musique instrumentale), dont une dizaine de créations. L’Yonne reçoit ainsi une impulsion toute particulière dans le secteur de ces groupements musicaux populaires et,  comme le souligne dès 1852 Davesiès de Pontès, sous-préfet de Joigny, dans son compte-rendu au préfet à propos d’un concours organisé en août à Villeneuve-sur-Yonne, « il y a un excellent parti à tirer des  corps musicaux et orphéons ». Il ajoute : « Propager ces institutions dans les campagnes serait un moyen d’adoucir les mœurs, d’éloigner les cultivateurs du cabaret et de les soustraire à la propagande du socialisme »[17]. La musique adoucit les mœurs, elle éloigne du vin et du socialisme, quels beaux aphorismes de sous-préfecture !

On connaît aussi l’importance revêtue par les garnisons militaires dans la vie économique à Joigny, et donc la nécessité pour la municipalité de veiller à « l’amusement de [ses] troupiers » en leur offrant le « bal gratis » de la fête nationale. Quelques années plus tôt, en 1853, la commission du budget de la municipalité (municipalité dirigée alors par Simon Moreau) demandait « qu’il soit fait une adresse à Sa Majesté l’Empereur Napoléon III afin de la supplier d’accorder à la Ville de Joigny un surcroît de garnison », proposition adoptée à l’unanimité par le conseil municipal et d’ailleurs suivie d’effet un peu plus tard, avec l’installation de quelques centaines de soldats supplémentaires[18].

Tout ceci mérite des éclaircissements. Roy, le journaliste si critique, attaque depuis 1865 le maire de Joigny à propos du projet, qui sera réalisé, d’adduction à Joigny des eaux d’une source de Volgré (il n’y a pas que le baron Haussmann pour multiplier les travaux d’édilité, à Joigny il y a Pierre Couturat)[19]. Il est donc de parti pris, mais l’angle d’attaque de sa critique, la faiblesse de la fête nationale de 1866, illustre bien l’importance acquise par cette fête, célébration officielle de l’État bonapartiste, mais qui a réussi à devenir une fête  joyeuse, exubérante, à la fois politique et populaire. La critique concernant l’insuffisance de la fête nationale peut donc obtenir l’assentiment d’un vaste public à Joigny. Roy, ancien avoué comme le maire, se fait en réalité l’interprète d’un groupe que le sous-préfet Gasc appelait « les coteries des marchands de bois ». L’attaque est menée d’après lui en sous-main par Étienne Bouron, marchand de bois (comme le fut déjà son père), président du Tribunal de commerce et maire de 1855 à 1858[20]. C’est lui qui avait procédé en août 1857 et janvier 1858 à la remise, « avec toute la solennité possible » demandait la circulaire du préfet, des premières médailles de Sainte-Hélène (environ 170 pour Joigny, sur 646 pour l’arrondissement pour les deux premières grandes vagues de distribution[21]). Les médaillés étaient intégrés à la fête nationale (remise solennelle avant le Te Deum) comme le seront plus tard les anciens combattants de la Grande Guerre.

Après un court intermède, Bouron est remplacé comme maire à la demande du sous-préfet par Pierre Couturat qui le restera jusqu’en 1870. Les critiques lancées par le Journal de Joigny contre Couturat ne proviennent pas d’une vraie opposition politique, mais d’une rivalité pour le pouvoir local (querelle de clocher) entre les deux équipes possibles soutenant toutes les deux le régime bonapartiste. Dans les papiers Bouron, selon l’abbé Pierre Leboeuf, on trouve la tentative de formation d’une liste d’opposition à la municipalité en place en 1865 : opposition à Couturat, mais encore fidélité au régime bonapartiste[22]. Vers la fin des années 1860, Étienne Bouron semble s’éloigner du régime impérial et jouer une autre carte : on le trouve à la tête d’une liste dite « indépendante de l’administration » (aux côtés d’Alphonse Zanote, « ancien libraire » et du chef des républicains « irréconciliables » de Joigny, Henri Bonnerot) aux élections municipales des 6 et 7 août 1870, en pleine guerre, face à la liste Couturat qui l’emporte toujours[23].

Mais une réelle opposition politique, républicaine, ne se manifeste vraiment, publiquement et ouvertement, qu’à partir de 1869, grâce à la Société pour la propagation de l’instruction populaire du département de l’Yonne, dont l’animateur à Joigny est Henri Bonnerot, futur maire républicain de 1871 (la loge maçonnique de Joigny, interdite en octobre 1850 pour républicanisme et rétablie en 1860 est, quant à elle, sous étroit contrôle du sous-préfet jusqu’en septembre 1870)[24]. Démissionnant en 1874, sur pression du gouvernement d’Ordre moral (pour être à nouveau maire de 1876 à sa mort en 1886), H. Bonnerot est remplacé successivement (et momentanément) en 1874 par Étienne Bouron puis par Pierre Couturat, deux anciens maires bonapartistes. Ceux-ci sont nommés, et non pas élus, par le gouvernement Mac-Mahon en application de la nouvelle loi municipale du 20 janvier 1874 (les maires et les adjoints au maire sont nommés par le président de la République ou par le préfet, et sont choisis au besoin en dehors des conseillers municipaux), qui revient sur la loi plus libérale du 14 avril 1871. Cette loi de janvier 1874  permet de nommer des maires et adjoints choisis parmi les monarchistes ou les anciens notables du Second Empire. Devenu vraiment républicain à partir, semble-t-il, de 1875 ou 76, Étienne Bouron sera conseiller municipal auprès d’Henri Bonnerot et nous le retrouverons à l’occasion du premier 14 Juillet fête nationale.

Soulignons que Le Journal de Joigny est, depuis le coup d’Etat du 2 décembre, un journal  progouvernemental, un des seuls restant autorisés dans le département après ce coup d’État ; héritier du Journal judiciaire de Joigny, qui publiait depuis sa création en 1823 essentiellement les annonces de ventes judiciaires, il est dit par le préfet d’Ornano, en décembre 1851, « hostile aux démagogues ») ; d’ailleurs, selon Jacques Copin, l’historien de la presse de l’Yonne dans la période étudiée, c’est un journal qui reçoit des subsides du gouvernement, tout comme L’Yonne d’Auxerre, le principal journal du département ; il soutient pour les élections législatives le candidat officiel, par exemple en 1869 le baron Brincard contre Léopold Javal (ce dernier, libéral et bientôt républicain modéré, est néanmoins élu en 1857, 1863 et 1869 avant de préconiser le vote « non » au plébiscite de 1870)[25].

Napoléon Ier et la Saint-Napoléon

D’où vient l’institution de ce saint Napoléon et  la célébration annuelle de la Saint-Napoléon au 15 août ? Bien entendu, l’inventeur en est Napoléon Bonaparte, né à Ajaccio le 15 août 1769. Tout comme plus tard son neveu, il est très habile dans l’instrumentalisation de la religion : il sait faire de celle-ci un des instruments de son  pouvoir.

Certes encore le 14 juillet 1804, le Premier Consul, déjà proposé comme Empereur aux Français par sénatus-consulte du 18 mai (28 floréal An XII) mais pas encore sacré, organise une fête (le dernier 14 Juillet fête civique officielle avant le futur et lointain rétablissement de 1880). Rappelons que sous la Révolution, avaient été créées de nombreuses occasions de fêtes civiques, dont le 14 Juillet, anniversaire de la liberté, mais sans que cette date ne s’impose vraiment chaque année comme la fête principale. Le Premier Consul étale d’ailleurs son dernier 14 Juillet sur les 14 et 15  juillet ; il s’agit moins de commémorer la prise de la Bastille que de présenter solennellement la future couronne impériale, de recevoir le serment du grand chambellan, Talleyrand, et de remettre les premières croix de la Légion d’honneur, dans une cérémonie organisée à Saint-Louis des Invalides, en quelque sorte une cérémonie préparatoire au sacre du 2 décembre 1804 à Notre-Dame. En fait, le passage de la fête du 14 Juillet révolutionnaire à celle du 15 Août -anniversaire de la naissance du futur empereur- a déjà été pris dès 1802, à Paris comme dans le reste de la France. C’est en effet en 1802, un an après le Concordat, que le Premier Consul institue pour la première fois la fête officielle de son anniversaire, qui tout de suite, avec Te Deum à Notre-Dame et feux d’artifice, prend plus d’ampleur que les trois grandes fêtes civiques commémoratives des 14 Juillet, 22 Septembre (la République) et 21 Janvier (l’exécution du roi) ; la France va suivre[26].

Par exemple à Joigny, le 15 août 1803, on célèbre, « au son de la cloche et du canon », avec illuminations en ville et Te Deum dans l’église Saint-Jean, l’anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte, qui est encore Premier Consul. Les autorités municipales, en ce jour anniversaire, ferment les bureaux, libèrent généreusement plusieurs prisonniers (c’est déjà comme une préfiguration de l’amnistie dont bénéficient des prisonniers lors de chaque fête nationale). Depuis le 31 mai 1800, le culte catholique a été rétabli à l’église Saint-Jean, tout comme quelques mois plus tôt à Saint-Thibault (le 15 février) et Saint-André (le 23 février)[27]. Avec le Concordat de 1801 de pacification religieuse (concordat qui restera en vigueur jusqu’à la loi de Séparation de 1905, dénoncée et refusée par le pape Pie X, comme prise dans des formes qui n’ont pas été négociées et comme ne respectant pas la hiérarchie ecclésiastique), la religion catholique est reconnue par la République française comme étant la religion professée par « la majorité des citoyens »[28] . Ce 15 août, la municipalité réunit dans la soirée une soixantaine de personnes dans un banquet au cours duquel « chacun se félicite de tenir quelque lien à ce magnifique char que le Premier Consul conduit avec tant de sagesse ». Parmi ces liens, à Joigny même, il y a bien sûr la présence du jeune Louis Bonaparte, colonel du 5e Dragons (et qui sera le père du futur Napoléon III). Chaque dragon reçoit pour l’occasion une bouteille de vin (peut-être du vin gris de la Côte Saint-Jacques), ce qui est une bonne manière à l’égard du régiment, de son colonel, et du frère aîné de celui-ci…[29]

Ultérieurement, l’Église reconnaît saint Napoléon, martyr, et le célèbre le 15 août, en même temps que la Vierge Marie : à partir d’un incertain Neopolis, mort en martyr à Alexandrie au IIIe siècle, et qui serait devenu en latin Neopolus, puis au Moyen Âge Napoleo « encore nommé  vulgairement en italien  Napoleone » indique complaisamment le rapport constitué par les hommes de l’Empereur : pieux mensonge ou résurrection d’un saint martyr tombé dans l’oubli ? Toujours est-il que ce rapport est avalisé par la bénédiction du cardinal Caprara et du pape Pie VII qui n’a rien à refuser à l’Empereur. Un décret du 19 février 1806 sanctionne cette nouvelle fête civique et religieuse. Certes, le prénom Napoléon, ou Napoleone, fut parfois donné depuis le Moyen Âge, en Italie comme en Corse, et c’est bien ainsi que fut baptisé le futur Empereur à Ajaccio en 1769 ; l’invention vient plutôt de cette transformation de saint Napoléon en « patron des guerriers », œuvre de 1806.

Ainsi, à partir de 1806, célèbre-t-on avec solennité à Joigny comme ailleurs, toujours « à son de la cloche et du canon », « la Saint Napoléon et le rétablissement de la religion en France ». La date est judicieusement choisie : elle lie, par sa date, saint Napoléon à la Vierge Marie et ainsi la nouvelle dynastie à l’ancienne qui, par la Déclaration de Louis XIII  du 10 février 1638, avait consacré le Royaume de France à la Vierge Marie. Cette célébration du « vœu de Louis XIII », avec Te Deum solennel, avait déjà été utilisée par les rois Bourbons pour renforcer leur pouvoir politique, sacraliser celui-ci et ainsi le rendre plus indépendant de l’Église romaine ; disons qu’elle valait aux Bourbons (le « Royaume des lys ») le respect religieux dont  Napoléon Ier (l’« Empire de l’Aigle » ou « des Abeilles ») bénéficiera grâce aux Articles organiques au Concordat et au « catéchisme impérial ». La célébration du vœu de Louis XIII avait été révoquée le 14 août 1792 par la Législative, mais la voilà donc tacitement reprise -et récupérée- par Napoléon Ier, dont le saint patron est ainsi désormais solennisé en même temps que l’Assomption de la Vierge, chaque 15 août[30].

Ce jour à Joigny, de 1806 à 1813, on élit souvent une rosière, pauvre et honnête, que l’on marie à un vétéran de la Grande Armée, brave et honnête, et un rituel est esquissé : défilé de la garde nationale et de la garnison, illuminations, banquet, mariage religieux de la rosière et de son vétéran à Saint-Jean avec Te Deum (en 1812,  pour remercier « l’Éternel du don précieux [qu’il a fait] en mettant sur le trône de France le meilleur et le plus grand des souverains »), danses et jeux d’adresse, parfois même joutes nautiques sur la rivière[31]. La Saint-Napoléon, sous le Premier Empire, n’est cependant qu’une fête parmi d’autres ; on célèbre encore le 2 décembre le sacre de l’Empereur puis Austerlitz, le mariage de l’Empereur, la naissance d’un héritier et bien des victoires militaires (en l’occurrence  les occasions ne manquent guère).

Certes, tout cela s’est effondré en 1814 et à nouveau en 1815 avec la fin de l’Empire (Waterloo, triste 18 juin). Les rois vont faire célébrer chacun le jour de leur saint patron, 25 Août pour Louis XVIII, 4 Novembre pour Charles X et 1er Mai, jour de la Saint-Philippe, pour Louis-Philippe ; ce dernier crée en outre la notion et l’appellation de « fête nationale » pour la célébration, pendant quelques années seulement, des premiers anniversaires des Journées de Juillet.

La Seconde République n’aura guère le temps de se célébrer elle-même, les 25 Février (proclamation de la République à l’hôtel de ville de Paris) et les 4 Mai (confirmation de la proclamation par l’Assemblée constituante élue en avril 1848).

Cependant, depuis 1815, la légende napoléonienne circule par capillarité dans tout le corps de la nation (« On parlera de sa gloire, Sous le chaume bien longtemps », Béranger, Les souvenirs du peuple) : ici et là, la Saint-Napoléon continue d’être célébrée clandestinement par divers fidèles qui manifestent ainsi leur fervent attachement à la mémoire de l’Empereur et leur hostilité au pouvoir en place, rois Bourbons puis Orléans. De la même façon, des républicains célèbrent clandestinement l’anniversaire de la prise de la Bastille ou celui de la naissance de la Première République (22 septembre), et d’ailleurs les deux ferveurs se recoupent parfois dans leur commune détestation des rois, surtout depuis les Cent-Jours puis le Mémorial de Sainte-Hélène (1823) qui déploie l’image de l’Empereur héritier des principes de 89 et porteur de gloire nationale, « Messie de la Révolution » (dans le Mémorial), « Robespierre à cheval ». Ces deux ferveurs, la républicaine et la bonapartiste ainsi unies, ne se sépareront, brutalement et définitivement, qu’à cause de la violence du coup d’État du 2 décembre 1851, de la violence et aussi de la répression qui suivit et ternit pour longtemps l’image de Napoléon III.

Dans les premières années de la Restauration, soit pour fêter la Saint-Napoléon, soit pour détourner les fêtes royales, les manifestations napoléoniennes sont fréquentes dans un département assez marqué par le culte de l’Empereur.

 Ainsi à Joigny, le 21 janvier 1816, à l’occasion du jour de deuil décrété par Louis XVIII pour l’anniversaire de l’exécution de Louis XVI, le maire s’habille ostensiblement en vêtements ordinaires, et pas de deuil, et il aurait même été complice d’une mascarade au cours de laquelle des hommes ont défilé en « habits impériaux ». Le 8 mars 1816, un rapport du sous-préfet de Joigny rapporte que deux bergers viennent d’être arrêtés pour avoir défié sur les bords de l’Yonne un fonctionnaire en criant « Vive Napoléon », parce que ce fonctionnaire était, selon eux, trop bien mis, habillé en  « bourgeois »[32]. On ne semble guère apprécier les cérémonies de la monarchie restaurée.

Napoléon III et sa fête nationale

Et voilà la Saint-Napoléon rétablie par le neveu, Louis-Napoléon Bonaparte, Président de la République depuis décembre 1848. Le Prince-Président fait donc célébrer à nouveau officiellement cette fête, par décret du 16 février 1852, comme fête nationale unique et annuelle. Il en enrichit la signification et en fixe le rituel pendant tout son règne impérial, à partir du 15 août 1853, jusqu’à en faire une anticipation du futur 14 Juillet républicain. En effet le Président, puis Empereur, va bénéficier de la durée, presque vingt ans, pour enraciner définitivement en France l’idée de « fête nationale » se répétant chaque année à la même date unique ainsi solennisée, chaque 15 août.

 Nous avons vu ce rituel, les salves d’artillerie ou la sonnerie des cloches pour lancer la journée, la ville pavoisée, le portrait de l’Empereur (en attendant Marianne et les « grands hommes » célébrés par la Troisième République…), l’amnistie de prisonniers, déportés et proscrits, la distribution de secours aux indigents, l’exaltation de la gloire militaire (effacer le traité de Vienne, de 1815, en attendant d’effacer celui de 1871), la revue, le défilé des pompiers ou des troupes, les aubades de la fanfare ou association musicale locale, les jeux d’adresse qui attirent la foule, les illuminations, le feu d’artifice, le « bal gratis », avec une forte implication de la municipalité et surtout du maire : du pain et des jeux, mais aussi, en fait, un vrai 14 Juillet avant l’heure, célébration de la gloire nationale et locale et occasion de se divertir.

La Saint-Napoléon des années 1852-1869 (car en août 1870, c’est déjà la guerre) apparaît bien comme une anticipation de la fête nationale du 14 Juillet. Tout comme le 15 Août impérial, le 14 Juillet républicain, dès 1880, donnera une place de choix à l’armée, à la revue des troupes, au défilé militaire. A l’enthousiasme des spectateurs, qui auraient été quatre cents à cinq cents mille à acclamer le défilé des troupes du jardin des Tuileries à l’Arc de triomphe (première union de l’Arc de triomphe et de la fête nationale) devant l’Empereur le 15 août 1868, selon le Journal de Joigny du 22 août 1868, répond celui des spectateurs présents à Longchamp le 14 juillet 1880, pour la cérémonie de remise des drapeaux par le président Grévy aux régiments reconstitués depuis la défaite de 1871.

La seule différence vraiment notable dans l’ordonnancement de ces deux fêtes, c’est d’abord la présence ou l’absence de la cérémonie religieuse, la messe solennelle avec Te Deum solennel à Saint-Jean, à Notre-Dame, et le salut à l’Empereur pour souligner les liens de celui-ci avec l’Église et même avec Dieu (ses décrets commencent par la formule  « Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français »). Le Te Deum pour une occasion politique importante est un classique, une habitude bien ancrée : ainsi la promulgation de la Constitution de novembre 1848 avait-elle été suivie d’un Te Deum à Notre-Dame, avec cortège et lecture du texte. Il reste que si l’Église s’implique dans la fête, ne serait-ce que pour répondre à la demande du gouvernement, du Ministre des cultes,  en période concordataire, le but de cette cérémonie religieuse est bien laïc : il s’agit de célébrer l’Empereur, le chef de l’État. En outre, en dehors de personnes crédules, qui était dupe, qui croyait vraiment que l’Empereur était sincèrement uni à la foi catholique comme à sa pratique ? Chacun savait qu’il agissait ainsi par opportunisme politique : le soutien financier, social et politique de l’État à l’Église contre le soutien électoral de celle-ci, en régime de suffrage universel. D’ailleurs la politique de Napoléon III en faveur de l’unité italienne, à partir de 1859, distend ses liens avec Rome (le pouvoir temporel du pape est désormais menacé) et, par voie de conséquence, avec l’Église de France, sans interrompre pour autant l’échange de services ni le rite du Te Deum et du Salvum fac Imperatorem Napoleonem à chaque fête nationale du 15 Août.

Grâce à Napoléon Ier, et au pape Pie VII, saint Napoléon est bien ressuscité en France, et le voilà qui orne des églises, comme l’église Saint-Germain du Chesnay près de Versailles qui, démolie sous la Révolution, est rebâtie en 1805 et qui, surtout, est ornée, grâce à une nouvelle restauration de 1857, d’un glorieux vitrail représentant saint Napoléon en saint militaire, patron des soldats, coiffé d’un cimier de soldat grec, vêtu de tricolore et d’or, armé d’une lance et d’un bouclier à croix d’or plutôt médiéval[33]. La donatrice du vitrail du Chesnay est la duchesse d’Elchingen, veuve du second fils du maréchal Ney et proche de la Cour impériale. Le maréchal ne fut réhabilité qu’avec la Seconde République dont l’Assemblée constituante vota le 18 mars 1848 l’érection d’un monument commémoratif à sa gloire. Louis-Philippe, quant à lui, n’avait pas souhaité, par une telle réhabilitation, se heurter à ceux des Pairs encore en exercice qui, en décembre 1815, avaient jugé le « brave des braves » et l’avaient condamné à mort[34].

Vitrail à saint Napoléon dans une chapelle du Chesnay © M. F. Saintigny, du Chesnay

Vitrail à saint Napoléon dans une chapelle du Chesnay © M. F. Saintigny, du Chesnay

 Dans les vitraux du chœur de l’église Saint-Louis de Vichy, église offerte par l’Empereur à cette ville d’eau, on retrouve le même saint Napoléon, bien entouré par  saint Eugène et sainte Hortense (de Beauharnais),  saint Louis (Bonaparte), sainte Eugénie (de Montijo), saint Charles et saint Joseph (Bonaparte)[35]. Rien de tel, certes, à Joigny où un tel ornement aurait sans doute risqué d’être la cible de jets de  pierres, diurnes ou nocturnes.

Pour qui connaît l’avenir, celui des dernières décennies du XIXe siècle, la fête nationale du 15 Août telle que célébrée depuis 1852 apparaît bien comme une préfiguration, une anticipation réussie du 14 Juillet. On comprend mieux comment la France souffrit entre 1871 et 1879 de ne plus avoir, un temps, de fête nationale à célébrer, de réjouissances à organiser, et surtout comment la première fête nationale du 14 Juillet de la Troisième République, celle de 1880, trouva immédiatement, à Paris comme en-dehors, son rituel  accompli et définitif, tant dans sa partie officielle que dans sa partie ludique, jeux, bal, feu d’artifice, retraite aux flambeaux, bal populaire gratuit, etc. : simple rétablissement, dès le 14 juillet 1880, des festivités ayant existé pour la Saint-Napoléon depuis 1852…

Comme déjà sous Napoléon Ier, pour divers épisodes glorieux concernant l’Empereur Napoléon III tels que son mariage (1853), la naissance du Prince impérial (1856), les victoires en Crimée (1855), en Italie (1859), le rattachement du comté de Nice et de la Savoie à la France (1860), des célébrations ponctuelles, non renouvelables, sont organisées. Ces fêtes occasionnelles existaient déjà sous la Restauration (naissance du duc de Bordeaux futur comte de Chambord, prise d’Alger) ou sous la Monarchie de Juillet (naissance du comte de Paris fils du duc d’Orléans en 1840…). Elles restent moins solennisées sous le Second Empire que ne l’est le 15 Août, fête nationale, fête de l’Empereur.

 Par exemple à Joigny, le conseil municipal engage une dépense de 300 francs pour la fête qu’il organise à l’occasion de la promulgation de l’Empire en décembre 1852, et de 185 francs 05 pour la fête publique organisée en décembre 1855 pour célébrer la prise de Sébastopol (septembre 1855), en Crimée. Ce ne sont que des fêtes au financement à trois chiffres, quand la Saint-Napoléon en mérite et obtient quatre ![36]

Chacun sait que Napoléon III avait le sens de la fête, de l’instrumentalisation de la fête ; on parle d’ailleurs de la « fête impériale », en particulier pour désigner les cérémonies somptueuses organisées aux Tuileries avec grands bals et banquets ouverts à des milliers d’invités ainsi conquis par l’accueil de l’Empereur et de l’Impératrice[37]. Ces banquets (des Tuileries, plutôt que les plus intimes « séries » de Compiègne) étaient ouverts à tant de convives que, pour les couverts, l’argent massif était remplacé par le plaqué récemment inventé par Christofle, dont cette « fête impériale » fit la réputation et la fortune.

Si l’on peut dire, avec des historiens républicains hostiles au Second Empire, que les réjouissances parisiennes du 15 Août fête nationale étaient purement officielles comme offertes par leurs Majestés Impériales au peuple parisien, en revanche hors capitale, on avait bien plus souvent la participation spontanée, enthousiaste de la population, le volontarisme populaire, ainsi que l’ambition qu’avait chaque maire de faire plus et mieux que ses collègues des communes environnantes, donc un esprit municipal, « localiste », d’émulation que l’on retrouvera avec les premiers 14 Juillet, à partir de 1880.

Ajoutons encore qu’au XIXe siècle, le 15 août est une date bien plus consensuelle, bien moins conflictuelle que le 14 juillet, une date qui commémore, dans l’esprit de chacun, la prise de la Bastille, donc un symbole de la liberté nouvelle, mais d’une liberté acquise par une émeute populaire, un soulèvement violent contre l’autorité en place. Comme l’a écrit Jean-Pierre Bois, récent historien de la fête nationale, « de la prise de la Bastille au défilé de la Victoire [1919], cent trente années ont été nécessaires pour accorder la France avec la date du 14 Juillet [] Lorsqu’en 1880, les Républicains vainqueurs décrètent la fête nationale du 14 Juillet, il leur faut ruser et contourner [prise de la Bastille ou fête de la Fédération ? Le texte de la loi du 6 juillet 1880 n’en dit rien]. L’incarnation de la République dans la rupture insurrectionnelle entre l’ancienne et la nouvelle France divise… »[38]

Doit-on voir dans le succès populaire de la Saint-Napoléon, dans cet enracinement local de la fête, une réhabilitation historienne de Napoléon III, réhabilitation certes posthume car les historiens ne travaillent bien que sur les défunts ? Pas vraiment car alors que le 14 Juillet s’est de plus en plus imposé dans la population, jusqu’à devenir consensuel, accepté par tous, droite et gauche, au moins à partir du grand défilé de la Victoire, le 14 juillet 1919, la Saint-Napoléon, pour populaire qu’elle fût, s’est toujours heurtée à des oppositions, des refus qui n’ont fait que croître avec le temps, donc à l’inverse de ce qu’il advint pour le 14 Juillet, une fois rétabli par la Troisième République.

Les refus de la Saint-Napoléon 

Précisons que nous n’avons pas rencontré de heurts à Joigny même entre l’Église (l’archiprêtre) et le pouvoir laïque (le maire et le sous-préfet) autour du déroulement de la Saint-Napoléon : les églises doivent sonner les cloches, mais cela va de soi le jour de l’Assomption ; la messe et le Te Deum pour l’Empereur n’ont pas été l’occasion de manifester des réticences à Joigny de la part du clergé, même quand les rapports se tendent entre Napoléon III et l’Église ; les heurts sont fréquents ailleurs à propos du bal qui choque souvent le curé (quel scandale que faire danser le jour d’une fête religieuse, de la Sainte-Marie, quel sacrilège que donner plus d’importance à saint Napoléon qu’à la Vierge Marie !), mais à Joigny nous n’avons rien décelé. Simplement, les relations se tendent depuis 1859, quand le pouvoir temporel du pape est fragilisé par les avancées  d’une unité italienne voulue par l’Empereur. Le préfet, en mars 1859, écrivait au ministre de l’intérieur : « son [celui du clergé] concours nous est entièrement acquis » mais dans un nouveau rapport, en date du 11 juillet 1859, donne un avis tout différent : « J’aurais pu, monsieur le ministre, signaler à Votre Excellence tout le clergé du département, car il s’est constamment montré disposé à blâmer la guerre d’Italie, à mettre l’autorité du pape au-dessus de celle de l’empereur, à affecter d’employer en parlant de son gouvernement un langage témoignant de peu de sympathie »[39]. Les critiques contre le régime se multiplient d’ailleurs dans la Semaine religieuse du diocèse de Sens et Auxerre, organe de presse de l’archevêché créé en août 1864 par Mgr Jolly, de même que dans Le Sénonais, créé en janvier 1845 (« journal du parti clérical […], il ne néglige aucune occasion de se montrer hostile au gouvernement » rapporte le préfet en 1860) ; le sous-préfet de Sens ajoute en 1865 : « clérical, lu par le clergé, la bourgeoisie et les campagnes pieuses. Il s’inspire aux sources de l’archevêché »[40].

 Les refus républicains sont bien plus vifs, à Joigny et dans son arrondissement[41].

 La présence républicaine n’a pas cessé d’exister à Joigny après le coup d’État du 2 décembre 1851, malgré la violence d’une épuration engagée dès 1850 par le préfet Georges Haussmann avec l’aide d’un très énergique procureur, Augustin  Benoît (que le préfet, très satisfait, fera muter à  Auxerre), qui préparait les listes des hommes à éliminer, dont bien sûr Dominique Grenet, le maire de 1848, qui ne fut pas la seule victime. Louis-Napoléon Bonaparte avait obtenu environ 80 % des voix en décembre 1848, pour les élections présidentielles, mais alors il avait bénéficié d’une partie des voix de la gauche ; en revanche, aux élections législatives de mars 1849 les démocrates socialistes étaient remontés à 36 % face aux 42 % des partis de l’ordre. Georges Haussmann, nouveau préfet arrivé du Var en mai 1850, s’emploie à briser « Joigny la rouge » ;  avec son peuple de vignerons-tâcherons et de mariniers, la ville avait en effet accueilli le président Louis-Napoléon Bonaparte en visite officielle le 12 août 1850 aux cris de « Vive la République ! » et même de « Vive la République démocratique et sociale ! » ; Haussmann (mai 1850-novembre 1851) veille et agit ; il procède à un nouveau découpage (« charcutage » dirait-on aujourd’hui) des sections de vote, si bien que les élections municipales d’avril 1851 offrent bientôt une majorité conservatrice. Sans cette sévère reprise en main, la ville aurait peut-être donné une majorité de voix aux « rouges ».

 En juin 1853, une foule nombreuse participe courageusement aux funérailles de Dominique Grenet. Cet ancien maire de 1848 avait été emprisonné en décembre 1851,  banni en Belgique en avril 1852 ; il avait été autorisé à revenir à Joigny en janvier 53, après avoir du signer une promesse de soutien au régime, et y était mort en juin à 59 ans, en partie à cause des mauvais traitements subis en prison : 800 personnes défilent derrière son cercueil (le commissaire de police Girault relève tous les noms), 3 000 se pressent sur son passage, la moitié de Joigny ![42] C’est la marque éloquente d’une vitalité républicaine qui inquiète le maire et le sous-préfet[43].

Au printemps 1853 à Joigny, la police arrête deux sœurs originaires de Valenciennes qui se rendaient souvent à Bruxelles (Bruxelles et Londres, depuis décembre 1851, sont les deux principaux centres de refuge et de propagande des républicains français en exil) auprès de parents exilés : on découvre  des pamphlets républicains cousus dans leurs robes[44. Au même moment, un réseau d’une vingtaine de comploteurs républicains est démantelé, toujours  par la police locale, et il apparaît que ces hommes préparaient une insurrection de la ville pour la fête nationale du 15 Août, avec barricades et jets de projectiles sur les forces de l’ordre, ceci dans une ville de garnison d’où était venue une partie des soldats qui, en décembre 1851, avaient écrasé le soulèvement républicain autour de Toucy. Projet bien aventureux, qui démontre au moins la vigueur du rêve républicain à Joigny[45].

Un rapport du sous-préfet de Joigny, du 16 décembre 1862, décrit un réseau clandestin de républicains agissant depuis plusieurs années dans le canton, au prétexte de « banquets civiques », organisés à des dates symboliques. Ces banquets se déroulent notamment à la Saint-Napoléon  (par dérision et pour profiter de la foule animée et des autorités trop occupées) et à des dates anniversaires spécifiquement républicaines : 22 septembre, avènement de la Première République, 24 et 25 février, avènement de la Seconde. Le sous-préfet souligne que plusieurs des convives sont soit des conseillers municipaux en exercice de certaines communes du canton, soit d’anciens prisonniers ou déportés politiques amnistiés ou ayant purgé leur peine, mais tous francs républicains[46]. D’ailleurs à la fin du Second Empire, le préfet de l’Yonne s’indigne de ce que l’habitude parmi les fonctionnaires en poste à Joigny de ne plus pavoiser pour la Saint-Napoléon soit devenue si répandue et le sous-préfet s’en émeut, dans un rapport du 16 août 1869, disant qu’il conviendrait « pour l’avenir, de faire à ce sujet des drapeaux et des illuminations, quelques observations aux fonctionnaires qui s’abstiennent par trop dans ces sortes de manifestations »[47].

 Au même 15 août 1869, c’est le maire de Chassy qui dénonce au sous-préfet d’une part un rassemblement des républicains de sa commune pour (contre) la fête de l’Empereur, d’autre part qu’aucun conseiller municipal n’ait répondu à son invitation et que tous aient refusé d’illuminer leurs maisons[48].

L’Empire est en fait fragilisé et lancera deux opérations l’année suivante pour tenter de retrouver la faveur de l’opinion : un plébiscite, réussi, demandant l’approbation de ses réformes libérales, puis la guerre contre la Prusse, échec dramatique. La guerre fut sans doute voulue par l’Impératrice et les « mamelouks » de la droite bonapartiste, pour rétablir l’empire autoritaire après la victoire extérieure, mais pas par l’Empereur qui, certes, finit par accepter de déclarer la guerre mais connaissait bien les faiblesses de l’armée et s’en inquiétait depuis 1866[49].

Le poste de sous-préfet de Joigny n’est pas de tout repos, à cause du chef-lieu d’arrondissement, avec ses vignerons, ses hommes de l’eau ou de la forêt, ses médecins, avocats ou avoués, et même bientôt ses fonctionnaires ! À cause aussi d’une partie de la Puisaye englobée dans l’arrondissement, avec les cantons de Bléneau et de Saint-Fargeau, toujours en résistance larvée, malgré les purges de novembre 1851 menées par le sous-préfet Davesiès de Pontès avec l’aval  du préfet Haussmann, purges qui ont désorganisé les républicains dans ce canton avant le coup d’État.

Par exemple les républicains restent nombreux à Bléneau. Le 1er avril 1853, le sous-préfet de Joigny rapporte qu’un militant originaire de cette commune, surnommé Patriarche (il s’agit d’un Louis Bonnerot, alors cultivateur aisé à Villemer), a été arrêté, qu’il distribuait depuis 1852 des « pamphlets socialistes » venant de Londres et intitulés « Société de la Révolution : anniversaire de la République », dans lesquels on rappelait aux paysans les acquis de 1789 et on les appelait à travailler au renversement du régime impérial. Plus tard, le 27 janvier 1858, un rapport du sous-préfet au préfet dénonce cette fois « la femme Patriarche [donc l’épouse du précédent], qui joue un rôle actif dans le parti socialiste, portant les nouvelles et les correspondances et voyageant jusqu’en Belgique pour le compte de DethouIl y aurait lieu de faire expulser Dethou [l’ancien maire quarante-huitard, proscrit en 1852, amnistié en 55, expulsé à nouveau en 58…] »[50]. Les nouvelles alarmantes ou alarmistes sont constantes. Déjà le 22 juillet 1852, donc quelques semaines avant la première fête de Saint-Napoléon rétablie, Cassemiche, juge de paix qui dispose d’un informateur ancien membre de la société secrète, annonce qu’une femme appelée (ou surnommée) la Rouge a parlé d’un mouvement insurrectionnel qui se déclanchera à Paris le 15 août[51]. En 1854, le maire de Bléneau avertit le sous-préfet d’une nouvelle rumeur qui annonce une « insurrection socialiste » en préparation pour la fête nationale, pour le 15 août, dans l’Yonne et le Loiret. Simple rumeur sans fondement ou réalité ? Le sous-préfet l’ignore mais il alerte ses autorités de tutelle, la nouvelle monte jusqu’au ministre de l’Intérieur qui demande aux préfets des deux départements d’enquêter d’urgence et d’être en tout état de cause très vigilants. La rumeur avait sans doute été volontairement diffusée par des républicains (« politique de la rumeur ») pour inquiéter le pouvoir et lui démontrer que l’opposition, bien que pourchassée, existait toujours : c’était là  une façon de perturber la fête[52]. Le canton de Bléneau est un des trois cantons de l’Yonne (avec ceux de Saint-Fargeau et de Villeneuve-sur-Yonne) où le vote « non » l’emporte au plébiscite de 1870 ; la commune avait déjà voté non au plébiscite du 21 décembre 1851 et continue à manifester son attachement à la République ; selon les autorités, y existe toujours la société secrète « la Marianne » ou « la Marie-Anne »[53]. Dans le canton voisin de Saint-Fargeau, également « rouge », la Saint-Napoléon n’est pas mieux célébrée. Voici ce qu’écrit le maire au préfet  le 16 août 1854 : « la fête n’a été ici que religieuse […] une partie des maisons a été illuminée, aucun Rouge ne l’a fait. » En outre, en janvier 1858 un médaillé de Sainte-Hélène y a refusé sa médaille[54].

Il apparaît bien que, du début à la fin du Second Empire, la Saint-Napoléon, tout en étant le plus souvent une vraie fête populaire, une fête joyeuse très courue par le public, est en même temps une occasion de tension, de heurts entre le régime et ses opposants, une date symbolique que l’opposition choisit volontiers pour manifester son hostilité au régime et lancer de fausses rumeurs. Maire et sous-préfet sont donc sur le qui-vive à l’approche de ce jour.

Osons quitter Joigny pour le camp de Châlons (grand terrain de manœuvres créé par Napoléon III en 1857, après la guerre de Crimée, près de Châlons-sur-Marne (en Champagne aujourd’hui) et découvrir le rejet le plus tardif, le plus sonore et le plus…détonnant de la fête nationale,  le 15 août 1870, en pleine guerre, tout près de la débâcle de l’armée impériale, quand les soldats ne font plus confiance à l’Empereur pour les diriger. On a amené là une partie de la Garde mobile parisienne, pour l’éloigner de la capitale où le gouvernement craignait un soulèvement « rouge » auquel elle aurait pu apporter  son appui. Mais c’est aussi là, au camp de Châlons, qu’on a préparé un pavillon de gala pour y héberger l’Empereur qui, venant de Metz où il a confié le commandement de l’armée du Rhin à Bazaine, arrive le 15 au soir.

 Un officier, dans son journal de campagne, rapporte que ce 15 Août, pour la Saint-Napoléon jour de la fête de l’Empereur, chaque fois qu’un groupe de corvée passait devant ce pavillon, « un loustic criait sur un ton suraigu :  » Vive l’Empereur !  » et le détachement entier, avec ensemble, comptait :  » Une ! deux ! trois !  » et répondait :  » M… ! « . Et les officiers n’osaient rien dire »[55]. Quelle étonnante « bravade » dans cet Empire en déroute !

Les Souvenirs de la Princesse Pauline de Metternich donnent une autre description de cette Saint-Napoléon du 15 août 1870 que cette épouse de l’ambassadeur d’Autriche en France, et grande amie du couple impérial (l’Impératrice lui avait confié la veille tous ses bijoux, à mettre en sûreté à la Banque d’Angleterre), a vécu à Calais, lors de son départ pour l’Angleterre : « Nous allâmes assister le 15 à la grand’messe qui se célébrait à la cathédrale pour la fête de l’empereur ! Les  autorités civiles et militaires y assistaient, mais jamais je n’oublierai l’impression douloureuse que j’éprouvai à cette cérémonie et qui fut partagée par la vieille institutrice de mes filles, si bien qu’en sortant de l’église nous nous confiâmes avoir eu le sentiment d’avoir comme assisté à l’enterrement de l’Empire. »[56]

Evidemment la scène ne se passe pas à Joigny, mais la proclamation de la République est proche. Au même moment à Joigny, pas de fête nationale en 1870, en raison de l’état de siège proclamé le 8 août dans tout le département, comme dans tous les autres départements de la 1ère division militaire. Dans les numéros du Journal de Joigny qui précèdent ou suivent immédiatement ce 15 août, on ne parle que des souscriptions volontaires pour les blessés de l’armée du Rhin, des lits militaires offerts par des notabilités ou par la loge maçonnique, des (fausses) victoires et des (vraies) défaites, et l’on y annonce, comme si de rien n’était, que l’ouverture de la chasse dans le département est fixée au 28 août prochain…[57]

 Vive la Saint-Napoléon ? 

Il resterait à expliquer pourquoi cette Saint-Napoléon fête nationale n’est que très peu évoquée comme jalon préparatoire du rituel du 14 Juillet fête nationale. Car c’est bien dans toute la France que cette fête nationale est ainsi célébrée chaque 15 août de 1852 à 1869 et cela a bien laissé des traces dans les mémoires et les écrits. Certes, la Troisième République exécrait Napoléon III le « parjure », le « despote », l’homme qui avait laissé engager la France « d’un cœur léger » dans une guerre désastreuse. On comprend qu’elle ait fait d’un tel précédent un objet tabou et présenté les rites du 14 Juillet comme une innovation spontanée du peuple républicain des années 1880, avec éventuellement pour seuls précédents des fêtes de la Révolution française. Mais chez la plupart des historiens universitaires d’aujourd’hui, historiens de la fête nationale, le même silence sur la Saint-Napoléon et son succès populaire a été maintenu : pratiquement rien chez Rosemonde Sanson, Les 14 Juillet, fête et conscience nationale, 1789-1975, Flammarion, coll. La tradition et le quotidien, Paris, 1976 (nous verrons que cet auteur réparera en partie son omission en 1994) ; chez Christian Amalvi, « Le 14-Juillet, du Dies irae à Jour de fête », dans Les lieux de mémoire, sous la direction de Pierre Nora, I, la République, pp. 421-472, Gallimard,  coll. Bibliothèque des histoires,  Paris, 1984 ; chez Jean-Pierre Bois, Histoire des 14 Juillet, 1789-1919, éd. Ouest-France, coll. De mémoire d’homme : l’histoire, Rennes, 1991 ; chez Olivier Ihl, La Fête républicaine, Gallimard, coll. Bibliothèque des histoires, Paris, 1996[58]. Quel étrange silence !

Ce n’est que lentement et récemment que des chercheurs universitaires ont commencé à « réhabiliter », à faire revivre cette Saint-Napoléon comme inspiratrice, initiatrice de notre fête nationale du 14 Juillet. Il s’agit d’abord d’un ouvrage collectif d’Alain Corbin, Noëlle Gérôme et Danièle Tartakowsky (dir.), Les Usages politiques des fêtes aux XIXe-XXe siècles, avec surtout un article de Rosemonde Sanson, « Le 15 août, fête nationale du Second Empire » (Publications de la Sorbonne, Paris, 1994) ; cependant ces auteurs, peut-être parce qu’ils ne font guère de plongées dans la France profonde des villes et villages hors Paris par les archives départementales ou municipales, qualifient la Saint-Napoléon de fête « césarienne ». Ce sont vraiment des travaux plus récents de deux universitaires ayant pratiqué la « plongée provinciale » qui redécouvrent la force locale, localiste, de cette fête. L’un est français et le second anglais d’origine mauricienne : Rémi Dalisson, Les Trois Couleurs, Marianne et l’Empereur. Fêtes libérales et politiques symboliques en France, 1815-1870, Ed. La Boutique de l’Histoire, Paris, 2004 (il publie en 2009 une Histoire [générale] de la fête nationale) et surtout, plus centré sur le sujet, Sudhir  Hazareesingh, La Saint-Napoléon, quand le 14 Juillet se fêtait le 15 Août, éd. Tallandier, Paris, 2007 (en anglais dès 2004). Nous avions déjà utilisé des travaux de ce dernier chercheur, portant sur une association de propagande républicaine aux débuts de la Troisième République[59], mais sa Saint-Napoléon a été pour nous, comme sans doute pour nombre de ses lecteurs, une révélation, révélation qui nous a incité à rechercher confirmation des mêmes rituels dans le Joigny du Second Empire : on l’y trouve aisément dans la presse de l’époque et dans les archives locales, municipales et départementales.

Les signes ne manquent pas pour marquer le rapport de filiation qui unit une fête nationale à l’autre. Ils ne manquent pas non plus pour masquer ces liens dès les premiers 14 Juillet républicains, car alors personne n’évoque plus la Saint-Napoléon, fête d’un empereur honni depuis au moins Sedan, sinon depuis son péché originel du 2 décembre 1851.

 Le Journal de Joigny est devenu républicain dès septembre 1870. Acquis momentanément par le banquier républicain modéré Emile Javal en 1872, repris par Zanote, républicain modéré lui aussi, et bientôt maire de Joigny de 1888 à 1896, enfin par son gendre le radical Henri Hamelin, vénérable de la loge de Joigny et bientôt sénateur, le Journal de Joigny, ensuite appelé le Républicain de Joigny, est ainsi toujours dans la ligne politique majoritaire du pays : bonapartiste sous le Second Empire, républicain modéré jusqu’aux années 1890 où il glisse vers le radicalisme.

Le journal rend compte le 3 juillet 1880 de la réunion municipale du 29 juin qui prépare la fête nationale ; cette réunion à laquelle sont conviés « les commerçants et la jeunesse » est animée en particulier par Étienne Bouron, conseiller municipal, le même qui présida une municipalité bonapartiste de 1855 à 1858 et fut nommé maire un temps, en 1874, par le gouvernement anti-républicain d’ordre moral comme nous l’avons vu : seuls les intransigeants, les « irréconciliables », ne changent pas d’avis ; lui a su, de bonapartiste devenir républicain « opportuniste » et puisqu’il a su organiser en son temps la Saint-Napoléon-fête nationale, son expérience a pu jouer pour que le maire Henri Bonnerot, républicain de bien plus longue date, lui confie l’organisation du premier 14 Juillet-fête nationale ; un autre conseiller municipal, Bertin, intervient dans la même réunion « en émettant le vœu que la ville de Joigny ne reste pas pour cette solennité en dessous des villages et villes des alentours » : on retrouve pour ce premier 14 Juillet l’émulation avec son côté un peu « intervilles » qui caractérisait déjà la Saint-Napoléon ; on retrouve aussi bien sûr les mêmes réjouissances, annoncées dans le Journal de Joigny du 10 juillet 1880 : « A six heures du matin, salve d’artillerie ; à huit heures à l’Hôtel de ville, distribution supplémentaire de secours aux indigents » … défilé des enfants des écoles, discours du maire, concerts de la fanfare municipale sur la promenade du Midi, pavoisement des édifices publics et des quais dès le matin, illuminations à neuf heures du soir, bal public organisé par MM. Roville et Violet (déjà responsables du bal gratuit de la fête nationale en 1856 et 1859, pour la Saint-Napoléon…) à partir de dix heures du soir (il s’achèvera très tard, à quatre heures du matin, à cause d’un orage) ; le journal ajoute que « la municipalité, comptant sur le patriotisme républicain [nous soulignons] de Joigny, invite les habitants à pavoiser et à illuminer leurs maisons en l’honneur de la fête nationale du 14 Juillet » : c’est l’annonce d’une fête républicaine, et d’ailleurs dans son compte rendu des festivités, daté du 17 juillet, le même journal amnésique ou paré d’un pieux mensonge, parle de « cette fête sans précédentes » : occultation républicaine du précédent impérial… Le journal, comme pour la Saint-Napoléon, souligne tant le caractère « féerique » des décorations des rues et places de la ville (drapeaux tricolores, feuillages, lampions et guirlandes), que la participation joyeuse du public, manifestée par exemple dès la veille de la fête par l’abondance des « boîtes » (on écrit aussi, et prononce, « boëtes »), c’est-à-dire des pétards de fête[60], et par les nombreuses décorations[61]. On peut dire que la Saint-Napoléon était déjà, avec son pavoisement tricolore sur les édifices publics et les façades privées, la fête bleu blanc rouge que sera le 14 Juillet.

Ajoutons que le 14 Juillet en 1880 s’accompagne, au plan national, de l’amnistie des communards tout comme, à l’occasion d’une Saint-Napoléon, plusieurs fournées de proscrits ou déportés de décembre 1851 avaient bénéficié d’une amnistie (certes moins large et souvent avec obligation de prêter préalablement serment de respecter le régime impérial).

Nous avons dit que le principal changement, certes pas indifférent, était la suppression pour 1880 de la grand-messe officielle, avec Te Deum, réunissant à l’église Saint-Jean les autorités religieuses, civiles et militaires ;  disons que, pour ce premier 14 Juillet fête nationale, la messe est remplacée à Joigny par une autre cérémonie, purement laïque mais tout aussi solennelle, celle de la plantation d’un arbre de la liberté qui réunit les seules autorités civiles et militaires place Saint-André rebaptisée à cette occasion, et définitivement, place de la République. Autre changement, c’est le rôle nouveau et presque central dévolu à la Marseillaise, rétablie hymne national par une loi du 14 février 1879 et qui est omniprésente, interprétée par les enfants des écoles, par les fanfares et reprise en chœur par le public. Cet hymne était chargé de souvenirs autrement glorieux que l’hymne antérieur, du Second Empire, le Partons pour la Syrie, romance « troubadour » qui évoquait un départ pour la croisade et qui avait été composée, disait-on, par la reine Hortense, mère de Napoléon III[62].

Comme nous venons de le voir pour Joigny, avec en particulier tout le rituel déployé et le rôle confié à Étienne Bouron, la Saint-Napoléon a beaucoup apporté au rituel de la nouvelle fête nationale annuelle du 14 Juillet instituée par la République en 1880, sans que cela se sache ni surtout se dise, donc par une filiation qui reste clandestine, illégitime (le père, pas le fils).

Nuançons tout de même à propos des origines et influences. Il est évident que la Saint-Napoléon du Second Empire est un jalon, le dernier chaînon dans la construction du futur 14 Juillet. Il est essentiel car il a eu le temps de s’affirmer sur près de deux décennies. Cependant les fêtes civiques, depuis la Révolution jusqu’à la Troisième République, se transmettent des rites festifs que chaque régime enrichit et modifie (« invention de la tradition »). Ces rites sont eux-mêmes en partie hérités de l’Ancien Régime et d’un fond de folklore, ce que, par exemple, Maurice Agulhon a bien décrit pour le Var dans sa République au village[63].


 Liste des abréviations en notes : 
Annales de Bourgogne : AB ; 
Archives départementales de l’Yonne : ADY ; 
Archives municipales de Joigny : AMJ ; 
Bibliothèque municipale de Joigny : BMJ ; 
Bulletin de l’Association d’études, de recherches et de protection du Vieux Toucy : BAVT ; 
Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne : BSSY ; 
Echo de Joigny : EJ ; Journal de Joigny : JJ.

[1] Registre des actes du conseil municipal de Joigny, 4 août 1859 (AMJ). Sur le Second Empire, voir la synthèse d’Alain PLESSIS, De la Fête impériale au mur des fédérés, 1852-1871, éd. Seuil, coll. Points-Histoire n° 109, Paris, 1976, et la biographie récente de l’empereur par Éric ANCEAU, Napoléon III. Un Saint-Simon à cheval, Tallandier, 2008.

[2]Bernard FLEURY, « Mémoire des rues du vieux Joigny », EJ n° 65, 2007, p. 27-28, rubrique 41b pour l’emplacement de l’actuelle Librairie Berger, qui a succédé en 1937 à deux successeurs des Zanote, Hamelin puis Devaux (article permettant de localiser avec précision les activités anciennes dans Joigny, en attendant une nouvelle édition de l’ouvrage épuisé de Madeleine BOISSY et Eliane ROBINEAU, Flâneries dans les rues de Joigny). Les Zanote sont des libraires-imprimeurs installés à Joigny depuis le XVIIIe siècle ; leurs ancêtres étaient venus d’Italie (Zanotte puis Zanote, dérivé de « Zanotti », diminutif affectif de Giovanni, tout comme en français « Jeannot » vient de Jean). Le libraire Marcel Berger, avant son récent décès (juin 2008), avait eu la grande amabilité de nous ouvrir sa collection de journaux XIXe-XXe provenant du fond Zanote-Hamelin, ouverture poursuivie ensuite par sa famille, ici sincèrement remerciée.

 [3]  JJ du 6 août 1859 (BMJ ou Librairie Berger pour cet exemplaire du journal comme pour les suivants).Couturat est maire de Joigny de 1858 à 1870, puis à nouveau en 1875, nommé par le gouvernement d’ordre moral. A propos des « bateaux de fantaisie » de la Saint-Napoléon, soulignons que fin XIXe-début XXe existent à Joigny sur l’Yonne, tous les cinq ans, à l’occasion de la fête votive de la Saint-Jean, des « Fêtes vénitiennes », concours de « bateaux de fantaisie ». En  juin 1901 parmi ces embarcations, le Courrier de Joigny signale, à côté d’une « Grande Roue », d’une « Galerie de XVIIIème siècle » et d’un « Pavillon Chinois »,  un « Triomphe de la République », sans doute une représentation de la statue du même nom, de Jules Dalou, inaugurée à Paris place de la Nation (ex place du Trône) en 1899. Et le journal rapporte que « la République [y] était personnifiée par une jolie Jovinienne » (Eliane Robineau, « Trois jours de liesse à Joigny ou la Saint-Jean du 24 juin 1901 », EJ, n° 53, 1996) : celle-ci n’avait évidemment pas poussé la ressemblance jusqu’à figurer les seins dénudés, comme son modèle parisien de bronze. Comme pour l’Empereur et son drapeau en 1859, ces figures, lorsqu’elles ne sont pas des personnages vivants, sont tracées par des « transparents » ou par des feux de Bengale fixés sur des armatures en fils de fer ou en bois (osier et roseau), qui dessinent l’image souhaitée, Napoléon III, Marianne, Bastille ou autre figure, au gré des besoins.
[4]JJ du 12 août 1865.

[5]ADY 3-M3-33, lettre du 9 août 1852.

[6] Id., ib.
[7]JJ du 21 août 1869.

 [8]AMJ, Registre des actes du conseil municipal de Joigny, août 1859 et 1861.

[9] JJ du 8 mai 1858.

[10] En fait les républicains n’accorderont jamais leur absolution à ce « péché originel » que fut pour eux le violent coup d’État du 2 décembre 1851, comme la dure répression qui suivit.

[11] JJ du 16 août 1856.

[12] 3-M3-33, lettre du sous-préfet au préfet le 16 août 1854.

[13] Bernard FLEURY, La Vie publique à Joigny de la Révolution à la Belle Époque, éd. ACEJ, coll. Mémoire et Patrimoine, Joigny, 2005, p. 222-225, et surtout l’abbé Pierre LEBOEUF, dans sa riche communication sur « Le conseil municipal de Joigny de 1850 à 1870 », Actes du colloque de l’ABSS de 1996 à Joigny, p. 147 à 164, éd. ABSS, Dijon, 1997.

[14] JJ du 18 août 1866.

[15] JJ du 18 août 1866. 

[16] ADY 3-M3-33, lettre du maire de Vergigny au préfet, le 17 août 1852.

[17] Bernard MAMERON, « La Musique populaire dans l’Yonne de 1850 à 1870 », BAVT n° 27, déc. 1970, bon article qui, malheureusement, ne donne pas d’indications sur les sources de sa documentation et ADY 3-M3-33, compte rendu du 23 août 1852 du sous-préfet qui indique en outre, que « Monseigneur le Prince-Président avait fait remettre à M. le Maire de Villeneuve une médaille d’or du prix de 500 fr destinée à l’un des Orphéons du département de l’Yonne » et que « le nom de Napoléon a été salué par les acclamations les plus chaleureuses ». L’à-propos du Prince-Président semble avisé.

[18] AMJ, Registre des actes du conseil municipal de Joigny, 22 mai 1853. 

[19] Dans les années suivantes, le journaliste Roy poursuivra vigoureusement ses attaques contre la réalisation de cette adduction des eaux de Volgré, selon lui à la fois trop onéreuse pour les finances de la ville (500 000 francs quand le budget municipal annuel tourne autour de 70 000 francs) et inefficace, le débit d’eau devant être, selon lui, insuffisant, surtout dans les mois d’été… En revanche, le maire Pierre Couturat se verra proposer que son nom soit donné - dès 1868, du vivant de l’intéressé - à l’avenue de la Gare (aujourd’hui avenue du Général de Gaulle !), proposition finalement non retenue mais qui marque la volonté de flatter de certains conseillers municipaux. 

[20] Georges RIBEILL, « L’économie forestière en Pays d’Othe aux XIXe et XXe siècles », à paraître en 2009 dans les Actes du colloque tenu à Villeneuve-sur-Yonne et Sens les 18-19 octobre 2008 par l’Association bourguignonne des sociétés savantes : selon les données chiffrées relatives aux coupes de bois dans le Pays d’Othe, au nord de Joigny, pour l’année 1845, Étienne Bouron et son père avaient acquis cette année 44,50 % des coupes acquises par des marchands de bois de Joigny. Ils représentent donc une puissance financière certaine dans une ville dominée par le commerce des bois et des vins.

[21] ADY 4-M4-1. Après les deux grandes distributions d’août 1857 et de janvier 1858 (3 479 médailles remises dans l’Yonne) en application rapide par les préfets (qui ont préparé les listes des bénéficiaires potentiels pour le Grand Chancelier de la Légion d’honneur) du décret du 12 août 1857 créant cette décoration, la distribution se poursuit, à rythme plus lent, la dernière remise dans le département datant du 23 août 1870 (à Saint-Père-lès-Vézelay).

[22] Toute cette affaire est présentée par l’abbé Pierre LEBOEUF dans sa communication sur le conseil municipal de Joigny (« Le conseil municipal de Joigny de 1850 à 1870 », Actes du colloque de l’ABSS de 1996 à Joigny, p. 147 à 164, éd. ABSS, Dijon, 1997), sans indication sur la localisation des « Papiers Bouron ».

[23] JJ d’août 1870.

[24] Cette Société pour la propagation de l’instruction populaire est un instrument de propagande républicaine et culturelle fondé en avril 1869 par Hippolyte Ribière et Charles Lepère (alors avocats auxerrois) et, pour Joigny, par Henri Bonnerot, avoué. Sur la loge, Historique du Premier Siècle de la L. Française Le Phénix à l’O. de Joigny, 1777-1879, par le F. Edgar Bérillon, étudiant en Médecine, Joigny, Imprimerie Hamelin-Zanote, Grande Rue 27, 1880 (disponible à la Bibliothèque municipale de Joigny).

[25] Jacques COPIN, La presse et la vie politique dans l’Yonne de 1848 à 1914, chez l’auteur à Auxerre, 1992, et « La presse de l’Yonne sous le Second Empire », dans Les républicains sous le Second Empire, dir. Léo HAMON, Entretiens d’Auxerre 9, de 1992, éd. de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 1993. Le Journal de Joigny devient républicain modéré dès septembre 1870, tandis que L’Yonne s’oriente à partir de 1874 vers un radicalisme très anticlérical, sous la direction nouvelle d’Albert Gallot, fils du fondateur Charles Gallot.

[26] Jean-Pierre BOIS, Histoire des 14 Juillet, 1789-1919, p. 90-91, éd. Ouest-France, collection Université, Rennes, 1991.

[27] Bernard RICHARD, « La cloche, le maire et le curé », première partie, EJ n° 63, 2006, p. 53.

[28] Jacques-Olivier BOUDON, Napoléon et les cultes, éd. Fayard, Paris, 2002. Du même mais pour Napoléon III, Paris capitale religieuse de la France, éd. Cerf, Paris, 1998.

[29] Bernard FLEURY, op. cit. note 13, p. 98-99.

[30] René LAURENTIN, Le vœu de Louis XIII, Paris, éd. O.E.I.L, 1988 (un abbé spécialiste du culte et des apparitions de la Vierge Marie).

[31] Bernard FLEURY, op. cit., note 13, p. 109 à 112. Nous avons vu, en note 3, que les jeux nautiques, sur l’Yonne, furent repris sous le Second Empire, puis à la Belle Époque : continuité des rituels festifs par delà les changements politiques.

[32] Sudhir HAZAREESINGH, La légende de Napoléon, éd. Tallandier, 2005 et Seuil, coll. Points-histoire, 2008, d’après ADY 3-M1-88 et 3-M1-87. L’auteur donne encore bien d’autres exemples, car il a mené des recherches dans les archives de douze départements, dont celui de l’Yonne ; le 14 août 1815, veille de la Saint-Napoléon, des paysans emprisonnés à Avallon pour avoir entonné des chants « révolutionnaires » à la gloire de l’Empereur ; à Joigny, en mai 1816, des inscriptions « Vive l’Empereur » sont tracées sur des maisons de riches notables ralliés aux Bourbons ; à Béon, on arrête un garçon d’écurie qui a appelé son chien « Louis XVIII » et qui le promène solennellement le 25 août, pour la Saint-Louis, saint patron du roi ; à Villeneuve-le-Roi (sur-Yonne), presqu’aucune maison n’est pavoisée pour la même Saint-Louis, en 1822. 

[33] Vitrail signalé et photographié par M. F. Saintigny, du Chesnay. 

[34] Georges D’HEYLLI, Le Maréchal Ney d’après les documents authentiques, éd. Armand Le Chevalier, coll. Les grands procès politiques, Paris, 1869. L’érection d’un monument à la mémoire de Ney est votée par l’Assemblée constituante le 18 mars 1848, monument dont la réalisation est confiée en février 1850 au sculpteur François Rude, auteur de l’emblématique Marseillaise de l’Arc de triomphe : le monument est « le signe d’une réhabilitation proclamée déjà par le cri de la conscience publique » dit le rapport du ministre du 20 février 1850. La statue, de bronze, est érigée sur le lieu même de l’exécution du « brave des braves », près de l’Observatoire de Paris, le 7 décembre 1853, trente-huitième anniversaire de sa mort, avec une grandiose cérémonie officielle présidée par le prince Napoléon, cousin de l’Empereur. Le maréchal Michel Ney avait eu quatre fils. Le premier, Joseph-Napoléon Prince de la Moscowa, se consacra surtout à obtenir la révision du procès de son père et sa réhabilitation, refusée par Louis-Philippe, acquise sous la Seconde République. Le second, Michel-Louis duc d’Elchingen, mourut comme général dans la guerre de Crimée en 1854 (sa veuve offrit le vitrail du Chesnay). Le troisième, Eugène, était diplomate et mourut en 1845 consul de France au Brésil. Le quatrième, Napoléon-Henri, devint général et aide de camp de Napoléon III.

[35] Les vitraux bonapartistes de l’église Saint-Louis de Vichy sont bien connus et cette ville héberge une active association des Amis de Napoléon III. 

[36] AMJ, Registre des actes du conseil municipal de Joigny, 1er décembre 1852 et 10 décembre 1855.
[37] Frédéric Loliée, La fête impériale, éd. Tallandier, Paris, 1907, nombreuses rééditions.
[38] Jean-Pierre Bois, Histoire des 14 Juillet, op. cit., note 26.
[39] Henri Forestier, « Chronique des archives », BSSY  vol. 100, p. 463-64 et 468-69, 1963-1964, Auxerre, 1965. Cependant, les exemples de sermons donnés par les rapports du préfet, portant sur juillet 1859 puis sur février 1860, concernent plutôt des paroisses touchées par l’opposition légitimiste et ultramontaine, dans les arrondissements d’Avallon et de Tonnerre pour l’essentiel. Ainsi à Saint-André-en-Terre-Plaine : « En 1809, un tyran a voulu déposséder le pape. Il en a été puni et a été mourir à Sainte-Hélène ; que ceux qui suivent son exemple craignent de finir comme lui ».
[40] Jacques Copin, op. cit., note 25, p. 34, et Etienne Dodet, Sens à l’heure de la Séparation des Églises et de l’État des origines à nos jours (1789-1905-2006), p. 89-90, éd. Société archéologique de Sens, Sens, 2007, d’après ADY 3-M-1. En 1859 ou plus tard [dans un brouillon de lettre, non daté], le cabinet du préfet, s’adressant au juge de paix d’Auxerre, dénonce le desservant de Fontenoy, l’abbé Noël Louis Cazes, pour un sermon attaquant l’Empereur sur sa politique dans la question romaine : « Monsieur le juge de Paix d’Auxerre, D’après les renseignements qui me sont parvenus, M. Cazes, curé de Fontenoy, au prône de dimanche dernier, aurait en chaire parlé de la puissance temporelle du pape et à cette occasion aurait [sic] exprimé de la manière la plus fâcheuse sur la conduite du chef de l’État dans les affaires d’Italie et [informé] l’assemblée des intentions graves qui seraient arrêtées par le clergé... Je vous prie de vous rendre immédiatement sur les lieux vous renseigner confidentiellement [mot souligné dans le texte] des faits et de m’adresser dans les plus brefs délais un rapport sur ce qu’il y a de vrai ou non dans les renseignements qui m’ont été donnés  » (cité par J.-M. Davoise, Supplément au Cerclier, 1800-1900, La vie à Merry-la-Vallée, le charivari de 1883, Merry-la-Vallée, s. d., d’après ADY V-12). Il s’agit là de l’arrondissement d’Auxerre et non pas de celui de Joigny.
[41] Sudhir Hazareesingh, « L’opposition républicaine aux fêtes civiques du Second Empire : fête, anti-fête et souveraineté », Revue d’histoire du XIXe siècle n° 26-27, 2003, présente les résistances républicaines à la Saint-Napoléon dans une vingtaine de départements, dont celui de l’Yonne. Article repris dans l’ouvrage du même auteur indiqué  en note 43 infra.
[42] Abbé Pierre Leboeuf, op. cit., note 13, p. 153-154.
[43] Michel Cordillot, « Comment l’Yonne fut préparée au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte », Le coup d’État du 2 décembre 1851 dans l’Yonne, résistance et répression, Colloque ADIAMOS 89, éd. Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, 2001. Ce colloque apporte beaucoup de lumières sur Joigny et son arrondissement en 1851.
[44] ADY 3-M1-267 : Rapport du sous-préfet de Joigny, 1er avril 1853, cité par Sudhir Hazareesingh, La Saint-Napoléon, quand le 14 Juillet se fêtait le 15 Août, p. 219-22, éd. Tallandier, Paris, 2007. Tirés du même ouvrage, d’autres cas semblables, tournant autour de la Saint-Napoléon dans l’Yonne : Le sous-préfet de Sens, le 25 août 1855, rapporte que peu avant et après la célébration du 15 Août, se sont multipliés les graffiti charbonnés sur les murs et comportant les condamnations habituelles de l’Empire et aussi le rappel que « sous la République on payait le pain 2 sous ». Le commissaire de police d’Auxerre, le 22 août 1855, rapporte que le juge Charrier, du Tribunal civil de cette ville, a découvert placardée sur sa porte l’inscription terrible suivante : « Votons pour Robespierre et Cie, pour couper la tête à Napoléon le galérien, écumeur et assommeur qui a signé le pacte de famine et qui a volé 30 millions à la Banque de Paris le 2 décembre en 1852 » (allusion au passage de la liste civile du chef d’État en fait de 600 000 francs à 16 millions de francs en décembre 1851, puis à 30 millions quand le Prince-Président devient Empereur en décembre 1852). D’autres cas sont signalés, comme à Civry peu avant le 15 août 1868, celui d’un individu arrêté pour avoir outragé l’Empereur en disant « qu’il y avait vingt ans qu’il était sur le trône, qu’il fallait qu’il saute, qu’il sauterait le 15 août ! »
[45]  Ib., ib., 1er avril 1853, 3-M1-267.
[46] Id., ib., 16 décembre 1862, ADY 3-M1-272.
[47] Id., ib., 16 août 1869, ADY 3-M3-33.
[48] Id., ib., ADY 3-M3-33
[49] Alain Plessis, op. cit., note 1, p. 222.
[50] ADY, cité sans référence précise dans J. Lefièvre, « L’Ecole primaire supérieure de jeunes filles de Bléneau », BAVT n° 56, 1987, p. 5-6.
[51] Cette information et beaucoup d’autres concernant les cantons de Bléneau et de Saint-Fargeau sont données dans l’article de Robert Breuiller qui puise aux sources des archives départementales, « Républicains et socialistes en Puisaye (1848-1870) », BAVT n° 65, 1995, p. 14 à 27.
[52] Id., ib., 1er avril 1853, ADY 3-M1-267 (ainsi que la communication de Claude Levy sur « Les proscrits du 2 décembre 1851 », dans Les républicains sous le Second Empire, op. cit. note 25 et 31 juillet 1854, ADY 3-M1-278). Nombreux exemples de rumeurs dans d’autres départements grâce à François Ploux, « Imaginaire politique et représentations sociales : les rumeurs dans les campagnes sous le Second Empire, Ruralia n° 5, 1999 (repris dans De bouche à oreille. Naissance et propagation des rumeurs dans la France du XIXe siècle, chap. VII, éd. Aubier, collection historique, Paris, 2003).
[53] Jean-Pierre Rocher, « Les élections dans l’Yonne de 1848 à 1871 », dans Les républicains sous le Second Empire, op. cit. note 25, et Lucienne Masson, « Sur les élections municipales à Bléneau en 1852 », BSSY  vol. 85, 1931, p. 291-295 : compte rendu du maire (nommé par le pouvoir) au sous-préfet de Joigny : « … tous les élus appartiennent au parti du désordre » ; même chose aux élections municipales d’août 1860, selon le rapport du sous-préfet : « Le parti démagogique travaillant toujours dans l’ombre s’est mis à découvert ; aussi plusieurs de ses membres principaux ont eu le plus de voix […] Le parti démagogique qui paraissait calme a relevé la tête ; a dressé une liste de candidats en opposition et a présenté des hommes tous membres de la " Marie-Anne" ». Les rapports de police parlent plusieurs fois de la Marianne, par exemple dès 1849 mais encore en 1865 à propos d’Alexandre Dethou, l’ancien maire proscrit en 1852 puis amnistié en 1859 (ADY 3-M1-234).
[54] ADY 3- M3-33 et 4-M4-1.
[55] Comte Irisson d’Hérisson, Journal d’un officier d’ordonnance, t. I, p. 23, Paris, 1885, repris par Henri Guillemin, Cette curieuse guerre de 70, Thiers, Trochu, Bazaine, éd. NRF-Gallimard, coll. La suite du temps n° 26, Paris, 1956.
[56] Souvenirs de la Princesse Pauline de Metternich (1859-1871), préface et notes de Marcel Dunan, p. 208, Librairie Plon, Paris, 1922.
[57] JJ des 13 et 20 août 1870.
[58] Alain Corbin, dans Les cloches de la terre (éd. Flammarion, collection Champs n° 453, Paris, 2001) et surtout dans Le village des cannibales (sur le drame de Hautefaye, en Dordogne, août 1870, quand un aristocrate, pris à la fois pour un républicain, un prussien et un aristocrate…, est battu à mort, son corps brûlé et dépecé), éd. Aubier, collection historique, Paris, 1990. L’auteur y souligne le très fort attachement de certaines zones rurales (surtout dans le Sud-Ouest) à Napoléon III, « notre Empereur », vu comme le défenseur des acquis des paysans sous la Révolution face aux menaces que représenteraient d’une part les nobles et le clergé (fantasme d’un rétablissement prochain des droits féodaux et de la dîme), d’autre part les républicains « partageux » des villes. Cet épisode a fait l’objet d’un récent roman de Jean TeulÉ, Mangez-le si vous voulez, éd. Julliard, 2009.
[59] Sudhir Hazareesingh, « The Société d’Instruction Républicaine and the Propagation of Civic Republicanism in Provincial and Rural France, 1870-1877 », dans The Journal of Modern History, vol. 71, n° 2, p. 271-307, Chicago, juin 1999, concerne l’action d’une des associations républicaines qui étaient déjà brièvement énumérées par Daniel Halévy dans La Fin des notables, t. I, appendice 3, éditions Grasset, Paris, 1929, rééd. Le Livre de poche n° 3432, p. 274-276, Paris, 1972. Ajoutons que Sudhir Hazareesingh et Vincent Wright ont publié en français un intéressant ouvrage intitulé Francs-maçons sous le Second Empire (Rennes, éditions PUR, coll. Carnot, 2001) dans lequel on retrouve divers notables républicains du département, dont des membres actifs de la Société pour la propagation de l’instruction populaire du département de l’Yonne. Cette dernière association de propagande républicaine en même temps que de diffusion culturelle (conférences, cours pour adultes, bibliothèques de prêt, dons de livres ou de bustes de Marianne, etc.) jouera un grand rôle dans le département pour développer et renforcer le vote républicain à partir de sa création, en 1869. À ce propos, voir Bernard Richard, «  Mariannes et Poilus autour de Joigny »,  BSSY, volume 139, année 2007, p. 134-181, Auxerre, 2010.
[60] Bernard Fleury, op. cit. note 13, p. 73, signale déjà l’utilisation de ces « boëtes », gros pétards, dans les fêtes civiques de la Révolution ; on en tirait dans les réjouissances publiques, sans doute depuis le XVIe siècle, quand elles furent introduites par des artificiers venus d’Italie.
[61] JJ des 3, 10 et 17 juillet 1880.
[62] A. Morel, Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinions, 2e édition,  éd. Armand Le Chevalier, Paris, 1870. Cet historien républicain qualifiait Partons pour la Syrie de « composition douçâtre et fade, imprégnée des senteurs de la pommade du boudoir » et l’attribuait à Pierre d’Alvimare, harpiste de la reine Hortense de Beauharnais, peut-être aidé pour la musique par le compositeur Étienne Méhul (1763-1817), auteur du plus célèbre Chant du départ.
[63] Maurice Agulhon, La République au village, les populations du Var de la Révolution à la II e  République (issue de sa thèse de doctorat soutenue en 1969), réédition Seuil, coll. L’Univers historique, Paris, 1979 : voir en particulier le sous-chapitre « Les fêtes », p. 150 à 158.

La Marseillaise, française et universelle

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